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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2603952

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2603952

mercredi 8 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2603952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a suspendu la décision du préfet de l'Essonne clôturant la demande de titre de séjour "vie privée et familiale" d'une ressortissante brésilienne, épouse d'un Français. Le juge des référés a estimé que l'urgence était caractérisée par la situation de précarité administrative et sanitaire de la requérante, et qu'un doute sérieux existait sur la légalité de la décision préfectorale, celle-ci étant fondée sur l'existence erronée d'une autre demande en cours. La suspension a été ordonnée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans l'attente d'un jugement au fond sur la légalité du refus.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2026, Mme A... B... C..., représentée par Me Lemos, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 26 janvier 2026 du préfet de l’Essonne clôturant sa demande de délivrance de titre de séjour « vie privée et familiale » en qualité de conjoint de français ;

2°) d’enjoindre au préfet de l’Essonne d’instruire sa demande de titre de séjour, de lui délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale », et de lui délivrer un récépissé lui permettant de travailler, dans un délai de dix jours à compter de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, dans l’attente du jugement au fond ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la condition d’urgence :
-la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle se trouve dans une situation de précarité administrative, ne peut ni voyager ni organiser normalement sa vie conjugale ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d’une erreur de fait, aucune autre demande de titre de séjour n’étant en cours d’instruction ;

- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH) ;




La requête a été communiquée au préfet de l’Essonne, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête, enregistrée sous le numéro 2601166 par laquelle Mme B... C... demande l’annulation des décisions attaquées.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mathou pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 7 avril 2026 à 10h00, en présence de Mme Garot, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Mathou, juge des référés ;
- les observations de Me Lemos, représentant la requérante, présente, qui reprend les conclusions et moyens figurant dans ses écritures et les développe ;
- le préfet de l’Essonne n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l’instruction que Mme B... C..., ressortissante brésilienne, née en 1985, entrée régulièrement sur le territoire, a épousé, le 27 juin 2022, un ressortissant français. Le 4 septembre 2023, elle a déposé, sur le site de l’administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), une demande de titre de séjour « vie privée et familiale » en qualité de conjoint de français. Cette première demande ayant été clôturée, elle a déposé, le 11 septembre 2024, une seconde demande de titre de séjour, sur le même fondement. Par une décision du 26 janvier 2026, le préfet de l’Essonne a clôturé cette demande, au motif qu’une autre demande serait en cours d’instruction.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».



En ce qui concerne la condition d’urgence :

3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement ou d’un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l’espèce, si Mme B... C..., qui est entrée en France sans visa, non pour un court séjour, mais pour s’y installer durablement, se maintient depuis son arrivée en France en situation irrégulière, elle a tenté de régulariser sa situation dès septembre 2023 et se trouve empêchée de voir instruire sa demande en raison de la « clôture » successive des deux demandes de titre de séjour qu’elle a déposées en qualité de conjoint de français. Par ailleurs, elle se trouve dans une situation particulièrement difficile du fait de ses problèmes de santé, de l’impossibilité de bénéficier d’une couverture sociale et de travailler. Dans les circonstances de l’espèce, la condition d’urgence prévue par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit ainsi être regardée comme étant remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. En l’espèce, et alors qu’il ne résulte pas de l’instruction que le dossier déposé par l’intéressée était incomplet, la décision de clôture du 26 janvier 2026 doit être regardée comme une décision de rejet de la demande de titre de séjour formée par Mme B... C....

6. En l’état de l’instruction, les moyens tirés de l’erreur de fait, de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH), sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Les deux conditions fixées par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision de rejet du préfet de l’Essonne sur la demande de titre de séjour présentée par Mme B... C....

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

8. En l’espèce, il y a lieu d’enjoindre au préfet l’Essonne de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme B... C... dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a pas lieu, en revanche, d’assortir cette injonction d’une astreinte.



Sur les frais de l’instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme B... C... et non compris dans les dépens.


O R D O N N E :

Article 1er : L’exécution de la décision du préfet de l’Essonne clôturant la demande de titre de séjour de Mme B... C..., est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur les conclusions tendant à son annulation.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l’Essonne de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme B... C... dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L’État versera à Mme B... C... une somme de 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... C..., au ministre de l’intérieur et au préfet de l’Essonne.


Fait à Versailles, le 8 avril 2026.


La juge des référés,




C. Mathou


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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