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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2001502

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2001502

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2001502
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP GUILLAUME & ANTOINE DELVOLVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 17 mai, 21 juin, 4 août 2020, 13 janvier et 30 août 2021, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 mars 2020 par laquelle le président-directeur général de la société Orange a refusé de faire droit à sa demande de report de limite d'âge en vue de faire valoir ses droits à la retraite ;

2°) d'annuler la décision du 17 juin 2020 par laquelle le président-directeur général de la société Orange a procédé à sa radiation des cadres ;

3°) d'annuler la décision du 1er décembre 2013 le classant au 6ème échelon, indice 395, du grade de conducteur de travaux du service des lignes ;

4°) d'enjoindre à la société Orange de reconstituer sa carrière irrégulière sur le grade de reclassement inspecteur ou sur un niveau de classification équivalent et de procéder à un rappel des salaires, à compter du 1er décembre 2011 et jusqu'au 31 août 2020, pour un montant de 30 479, 27 euros ;

5°) de condamner la société Orange à lui verser une somme de 26 984, 53 euros au titre du solde de l'indemnité due pour la période de la retraite d'office irrégulière du

1er septembre 2014 au 28 février 2018 ;

6°) de condamner la société Orange à lui verser une somme de 20 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de sa carrière irrégulière depuis le 1er décembre 2011 ;

7°) de condamner la société Orange à lui verser la somme de 10 000 euros en en réparation du préjudice économique et moral subi ;

8°) de mettre à la charge de la société Orange la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision du 20 mars 2020 :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation de l'intérêt du service pour refuser sa prolongation d'activité ;

- elle est entachée d'illégalité en ce qu'il peut prétendre à une prolongation d'activité, dès lors que la durée de son service est inférieure à celle prévue à l'article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- il n'a pas fait l'objet d'une radiation des cadres dans un délai de quatre mois avant le prononcé de son admission à la retraite.

S'agissant de la décision du 17 juin 2020 :

- la décision attaquée est entachée d'illégalité, dès lors qu'elle aurait dû intervenir dans un délai de quatre mois avant la date à laquelle elle prend effet.

S'agissant de la décision du 1er décembre 2013 :

- la décision attaquée l'a promu sur le grade de conducteur de travaux de catégorie B alors qu'il pouvait prétendre, en application de l'article 30 de la loi du 20 avril 2016 et en raison de ses acquis professionnels pendant sa période de disponibilité, à une promotion interne sur la catégorie A dès le 1er décembre 2011.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2020, la société Orange, représentée par la SCP Delvolvé et Trichet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 20 mars 2020 sont irrecevables en l'absence de moyens ;

- pour les mêmes raisons, les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 mai 2022.

Par un courrier du 21 octobre 2022, M. B a été invité, sur le fondement des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, à confirmer expressément dans le délai d'un mois le maintien de ses conclusions.

M. B a produit un mémoire le 15 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 ;

- la loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " les présidents de tribunal administratif () peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () / 7° rejeter, après l'expiration du délai de recours () Les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondée, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé ()".

Sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions des 20 mars et 17 juin 2020 refusant de faire droit à sa demande de report de limite d'âge en vue de faire valoir ses droits à la retraite et le radiant des cadres :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 13 septembre 1984, dans sa version applicable au litige : " Sous réserve des reculs de limite d'âge pouvant résulter des textes applicables à l'ensemble des agents de l'Etat, la limite d'âge des fonctionnaires civils de l'Etat est fixée à soixante-sept ans lorsqu'elle était, avant l'intervention de la loi n°2010-1330 du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites, fixée à soixante-cinq ans ".

3. Il ressort des pièces du dossier et n'est au demeurant pas contredit que M. B atteignait le 19 août 2020 l'âge au-delà duquel une prolongation d'activité ne pouvait plus légalement lui être accordée. Dans ces conditions, alors même qu'il n'a pas accompli une durée de service lui permettant de prétendre à une pension de retraite à taux plein, et sans qu'ait d'incidence la circonstance que son employeur se soit abstenu de prendre une décision de radiation des cadres et de motiver l'intérêt du service pour refuser cette prolongation, la société Orange était tenue de refuser une nouvelle demande de prolongation de limite d'âge à compter du 20 août 2020 et de prononcer l'admission à la retraite de l'intéressé à cette même date et, en conséquence, de le radier des cadres par la décision du 17 juin 2020. Dans ces conditions, les moyens invoqués tendant à l'annulation de ces décisions sont inopérants et doivent être écartés sur le fondement du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

4. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir que la société Orange leur oppose.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 1er décembre 2013 :

5. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

6. Il ne ressort pas de la décision du 1er décembre 2013 reclassant M. B dans le grade de conducteur de travaux du service des lignes au 6ème échelon de ce grade (indice brut 395), alors que celui-ci était antérieurement agent d'exploitation du service des lignes, que celle-ci comportait la mention des voies et délais de recours ouverts à son encontre. Il ressort cependant des pièces du dossier, et notamment de la mention systématique du grade et de l'indice brut du requérant sur ses différents bulletins de salaire, dont d'ailleurs celui de janvier 2014 produit par le requérant à l'instance, que M. B a nécessairement eu connaissance de cette décision à compter de cette dernière période. Dans ces conditions, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de cette décision du 1er décembre 2013 introduites le 17 mai 2020 ont été présentées au-delà du délai raisonnable d'un an. Par suite, alors que M. B ne se prévaut d'aucune circonstance particulière, ces conclusions sont tardives et doivent, en conséquence, être rejetées sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative comme manifestement irrecevables.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaqué / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Aux termes de l'article R. 412-1 du même code : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation () ". Enfin, aux termes de l'article R. 612-1 de ce code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. / () La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ".

8. M. B présente, aux termes de la requête et des mémoires complémentaires, des conclusions indemnitaires tendant à la condamnation de la société Orange à lui verser la somme de 26 984, 53 euros au titre du solde de l'indemnité due pour la période de la retraite d'office irrégulière du 1er septembre 2014 au 28 février 2018, la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de sa carrière irrégulière depuis le 1er décembre 2011, ainsi que la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice économique et moral subi. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, en dépit d'une demande de régularisation notifiée le 16 juin 2020, que le requérant aurait adressé une demande indemnitaire préalable en application des dispositions de l'article R. 421-1 précité. Dans ces conditions, ces conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées comme manifestement irrecevable sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'indemnisation présentées par le requérant doivent être rejetées sur le fondement des 4° ou 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction de la requête doivent, par conséquent, être également rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Orange, qui n'est pas la partie perdante, la somme que M. B demande sur leur fondement. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société Orange.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la société Orange une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à la société Orange.

Fait à Amiens, le 22 novembre 2022.

La présidente,

signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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