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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2001860

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2001860

mercredi 24 août 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2001860
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE PRESIDENT
Avocat requérantVERFAILLIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.- Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 juillet 2020 et le 27 juin 2022 sous le n° 2001860, Mme A D, représentée par Me Verfaillie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Oise a rejeté son recours administratif contre la décision du 18 juillet 2019 en tant que la caisse d'allocations familiales de l'Oise lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 675,72 euros pour la période de mai 2016 à juillet 2019 ;

2°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental de l'Oise de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active à compter du mois de mai 2016 et de lui verser les sommes correspondant dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Oise la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision de la caisse d'allocations familiales n'est pas motivée ;

- sa vie maritale avec M. C avait cessé dès 2015 et n'a jamais repris.

Par un mémoire en défense, enregistré 26 avril 2022, la présidente du conseil départemental de l'Oise conclut à ce qu'il n'y ait lieu de statuer sur la requête en tant qu'elle porte sur la période postérieure à mai 2018 et au rejet du surplus de la requête.

Elle soutient que :

- la période de récupération de l'indu a été réduite à la période allant de mai 2016 à mai 2018 et le montant de l'indu a été ramené à 1 242,35 euros ;

- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2019.

II.- Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 janvier 2021 et le 27 juin 2022 sous le n° 2100363, Mme A D, représentée par Me Verfaillie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er décembre 2020 par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Oise a partiellement rejeté son recours administratif dirigé contre la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 18 juillet 2019 et a fixé le montant de l'indu de revenu de solidarité active à la somme de 1 242,35 euros pour la période de mai 2016 à mai 2018 ;

2°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental de l'Oise de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active à compter mai 2016 et de lui verser les sommes correspondant dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Oise la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision de la caisse d'allocations familiales n'est pas motivée ;

- sa vie maritale avec M. C avait cessé dès 2015 et n'a jamais repris.

Par un mémoire en défense, enregistré 26 avril 2022, la présidente du conseil départementale de l'Oise conclut à ce qu'il n'y ait lieu de statuer sur la requête en tant qu'elle porte sur la période postérieure à mai 2018 et au rejet du surplus de la requête.

Elle soutient que :

- la période de récupération de l'indu a été réduite à la période allant de mai 2016 à mai 2018 et le montant de l'indu a été ramené à 1 242,35 euros ;

- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dhiver, présidente ;

- et les observations du représentant du département de l'Oise.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2001860 et 2100363 de Mme D sont dirigées contre la même décision et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme D a fait l'objet d'une enquête à l'issue de laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise a estimé que l'intéressée avait, contrairement à ses déclarations, poursuivi une vie de couple après le mois de mai 2015 et lui a notifié, par une décision du 18 juillet 2019, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 675,72 euros pour la période de mai 2016 à juillet 2019. Postérieurement à cette décision, la caisse d'allocations familiales de l'Oise a admis la rupture de la vie conjugale à compter du mois de juin 2018 et, par une décision du 8 octobre 2019, a fixé le montant de l'indu de revenu de solidarité active à la somme de 1 242,35 euros pour la période de mai 2016 à mai 2018. Mme D a formé un recours administratif auprès de la présidente du conseil départemental de l'Oise. Après avoir dans un premier temps gardé le silence sur ce recours, la présidente du conseil départemental de l'Oise a, par une décision expresse du 1er décembre 2020, a confirmé l'existence d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 242,35 euros portant sur la période de mai 2016 à mai 2018. Cette décision expresse s'étant substituée à la décision implicite de rejet, Mme D doit être regardée comme demandant l'annulation de la seule décision de la présidente du conseil départemental de l'Oise du 1er décembre 2020.

Sur l'étendue du litige :

3. Il résulte de l'instruction que, par la décision attaquée du 1er décembre 2020, la présidente du conseil départemental de l'Oise, reconnaissant l'existence d'une situation de personne isolée à compter du mois de juin 2018, a limité la période de l'indu de revenu de solidarité active aux mois de mai 2016 à mai 2018 et a fixé le montant de l'indu à la somme de 1 242,35 euros. En outre, ainsi qu'il ressort de la décision du 8 octobre 2019, la caisse d'allocations familiales de l'Oise avait, avant l'introduction des présentes requêtes, révisé le montant de l'indu et procédé à un remboursement partiel. Par suite, les conclusions de Mme D relatives à la période de juin 2018 à juillet 2019 sont sans objet et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'indu de revenu de solidarité active pour la période de mai 2016 à mai 2018 :

4. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles qui organise un recours administratif préalable obligatoire contre toute décision relative au revenu de solidarité active que la décision prise sur recours se substitue à la décision initiale et est seule susceptible de recours. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 18 juillet 2019 est inopérant.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un niveau garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Selon l'article L. 262-9 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : / 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; / () / Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges () ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. " Le premier alinéa de l'article R. 262-1 du code de l'action sociale et des familles détermine le niveau du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 selon la composition du foyer, en mentionnant, outre le bénéficiaire de l'allocation, son conjoint, son partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou son concubin et les personnes présentes au foyer et à la charge de l'intéressé. L'article R. 262-3 du même code précise enfin que : " Pour le bénéfice du revenu de solidarité active, sont considérés comme à charge : / 1° Les enfants ouvrant droit aux prestations familiales ; / 2° Les autres enfants et personnes de moins de vingt-cinq ans qui sont à la charge effective et permanente du bénéficiaire à condition, lorsqu'ils sont arrivés au foyer après leur dix-septième anniversaire, d'avoir avec le bénéficiaire ou son conjoint, son concubin ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité un lien de parenté jusqu'au quatrième degré inclus. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

7. Mme D soutient que sa relation conjugale avec M. C a pris fin bien avant le mois de mai 2016 et non, comme l'a retenu la décision de la présidente du conseil départemental de l'Oise du 1er décembre 2020, en juin 2018. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 15 mai 2019 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de l'Oise, que M. C était connu à cette époque par les services de Pôle Emploi, les services bancaires, son agence d'intérim et les écoles où étaient scolarisés leurs enfants comme résidant à l'adresse du domicile de Mme D. En outre, Mme D a donné naissance à un troisième enfant le 16 janvier 2018, qui a été reconnu par M. C. Enfin, ce n'est que le 11 juin 2018 que Mme D a saisi le juge aux affaires familiales d'une demande relative aux trois enfants. Si Mme D soutient qu'elle s'est séparée de M. C en 2015 en raison de son comportement violent, elle ne produit aucune pièce permettant d'établir qu'elle aurait été victime de violences conjugales avant les faits intervenus le 11 octobre 2018. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, Mme D doit être regardée comme ayant mené une vie de couple stable et continue jusqu'en mai 2018. Par suite, c'est par une exacte application des dispositions citées au point 5 ci-dessus que la présidente du conseil départemental de l'Oise a estimé que Mme D ne pouvait pas être regardée comme une personne isolée avant le mois de juin 2018 et a, au regard de la situation de son foyer, confirmé le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active pour la période allant de mai 2016 à mai 2018.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la présidente du conseil départemental de l'Oise du 1er décembre 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sont rejetées. Le département de l'Oise n'étant pas la partie perdante dans les présentes instances, les conclusions de Mme D présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées. Enfin, ces instances n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au département de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2022.

La présidente,

Signé

M. B La greffière,

Signé

V. Martinval

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2001860 et 2100363

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