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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2002594

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2002594

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2002594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGILLET-HAUQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 août 2020 et le 20 novembre 2020, M. G F, représenté par SCP Frison et Associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2020 par laquelle le maire de Château-Thierry a refusé de constater la péremption du permis de construire délivré le 15 juillet 2013 à M. C E et a refusé de relever à l'encontre de celui-ci l'infraction de construction sans autorisation ;

2°) d'enjoindre à la commune de Château-Thierry de dresser un procès-verbal d'infraction concernant la construction en cours sans autorisation ;

3°) d'enjoindre à la commune de Château-Thierry de prendre un arrêté interruptif de travaux ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Château-Thierry la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;

- le permis de construire délivré le 15 juillet 2013 à M. C E est périmé en application des dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme en l'absence de commencement des travaux dans le délai de deux ans suivant sa délivrance ;

- le refus de constater la péremption du permis de construire méconnait les dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme ;

- au surplus, la construction de M. E n'est pas conforme au permis de construire car la construction qui ne devait pas dépasser la hauteur de 6,35 mètres atteint 10,20 mètres, la toiture a une pente supérieure à 7%, la hauteur des fenêtres ne respecte pas les dimensions indiquées sur le plan de masse et le raccordement électrique se fait côté I alors que le permis de construire le prévoyait côté H.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2020, M. E conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. F une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la commune de Château-Thierry et au préfet de l'Aisne qui n'ont pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code générale des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public,

- les observations de Me Abiven, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E a sollicité un permis de construire un immeuble de huit logements emportant démolition d'un bâtiment, l'ensemble situé H sur les parcelles cadastrées à Château-Thierry. Ce permis de construire lui a été délivré le 15 juillet 2013. À la suite des travaux de construction entrepris en février 2020, M. G F, dont la parcelle jouxte le terrain d'assiette de la construction, a saisi le maire de Château-Thierry, par courrier reçu le 4 juin 2020, d'une demande de constatation de la péremption du permis de construire de M. E, et d'engagement de poursuites pénales pour construction irrégulière. Par un courrier du 23 juin 2020, dont M. F demande l'annulation, le maire de Château-Thierry a rejeté sa demande.

Sur les fins de non-recevoir opposées par M. E :

2. M. E fait valoir que M. F ne dispose pas d'intérêt à agir dès lors qu'il ne fait état d'aucun préjudice actuel, direct et certain causé par la construction de l'ouvrage et que la décision attaquée n'est pas décisoire dès lors qu'il s'agit d'un simple courrier d'information.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation.".

4. En l'espèce, M. F, voisin immédiat du projet de construction d'un immeuble de huit logements, fait état de désordres et de nuisance au droit de sa propriété affectant sa jouissance, qu'il impute aux travaux de construction et justifie ainsi d'un intérêt à agir. Il convient par suite d'écarter la fin de non-recevoir.

5. D'autre part, la décision du 23 juin 2020 par laquelle le maire de Château-Thierry a refusé de constater la péremption du permis de construire délivré le 15 juillet 2013 à M. E et a refusé de relever l'infraction de construction sans autorisation, fait grief à M. F qui, par suite, est recevable à la contester devant le juge de l'excès de pouvoir. La fin de non-recevoir opposée à ce titre doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-19 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut donner, sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature : / 1° Au directeur général des services et au directeur général adjoint des services de mairie ; / 2° Au directeur général et au directeur des services techniques ; / 3° Aux responsables de services communaux. ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, directeur de l'urbanisme, a reçu délégation du maire de Château-Thierry à l'effet de signer les actes relevant de la constatation de la péremption d'un permis de construire ou du refus de relever l'infraction de construction sans autorisation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être accueilli.

8. En second lieu, aux termes de l'alinéa 3 de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal ".

9. Il ressort des photographies du procès-verbal de constat d'huissier du 10 juillet 2020 que la pente de toiture de la construction en litige est supérieure à la pente de toiture de 7 % prévu dans le dossier du permis de construire délivré. Par suite, M. F est fondé à soutenir que la construction n'est pas conforme au permis de construire délivré au pétitionnaire et que la décision attaquée par laquelle le maire de Château-Thierry a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction est illégale.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. F est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 juin 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. D'une part, en raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, qu'un procès-verbal d'infraction soit dressé. Il y a lieu d'enjoindre au maire de Château-Thierry de dresser, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait qui y feraient obstacle, un procès-verbal d'infraction dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

13. D'autre part, dès lors que le permis de construire accordé à M. E n'a été ni annulé ni suspendu, il n'y a pas lieu, en application des dispositions des alinéas 3 et 10 de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, de faire droit à la demande présentée à fin d'injonction au maire de Château-Thierry d'édicter un arrêté interruptif de travaux.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. F qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. E demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Château-Thierry le versement à M. F d'une somme de 1 500 euros au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 23 juin 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Château-Thierry de dresser un procès-verbal d'infraction dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sous réserve qu'aucun changement de circonstances de droit ou de fait ne s'y oppose.

Article 3 : La commune de Château-Thierry versera à M. F une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G F, à M. C E et à la commune de Château-Thierry.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Binand, président,

Mme Lamlih, conseillère,

M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

D. D

Le président,

Signé

C. BINANDLe greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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