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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2002634

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2002634

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2002634
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantQUENNEHEN - TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 août 2020, et un mémoire complémentaire enregistré le 17 juin 2022, Mme D C épouse A B, représentée par Me Quennehen, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) A titre principal : d'annuler la décision du 23 avril 2020 par laquelle la directrice de l'hôpital local de Grandvilliers a renouvelé son congé de longue maladie pour une durée de six mois à compter du 8 novembre 2019 et a décidé qu'elle percevra un demi-traitement à compter du 8 février 2020 ;

2°) d'annuler " par voie de conséquence " les décisions " antérieures en lien avec [la] décision " du 23 avril 2020 soit :

- le refus implicite et explicite de reconnaissance de sa maladie professionnelle ;

- la décision de placement en congé de longue maladie à compter du 8 février 2019 ;

- les avis émis par le comité médical et la commission de réforme auxquels les experts l'ayant examiné auraient participé ;

3°) d'enjoindre à l'hôpital de Grandvilliers de reconnaitre l'imputabilité au service de sa maladie et de " reconstituer sa carrière salaire inclus ", ou à défaut, d'enjoindre à l'hôpital local de Grandvilliers de la placer dans une situation administrative conforme à l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 " avec reconstitution de carrière salaire inclus " ;

4°) à titre subsidiaire : d'ordonner une expertise médicale avant-dire droit ;

5°) dans tous les cas, de mettre à la charge de l'hôpital de Grandvilliers une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense enregistrés les 14 mai 2021 et 30 juin 2022, l'hôpital de Grandvilliers, représenté par Me Brazier, conclut au rejet de la requête, et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, et à titre subsidiaire que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, aide-soignante affectée à l'hôpital local de Grandvilliers, demande au tribunal d'annuler la décision du 23 avril 2020 par laquelle la directrice de l'établissement a renouvelé son congé de longue maladie pour six mois à compter du 8 novembre 2019 et l'a placée en mi-traitement à compter du 8 février 2020. Elle demande également l'annulation de diverses décisions administratives antérieures la concernant, " par voie de conséquence " de l'annulation de la décision du 23 avril 2020.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " (), les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours () peuvent, par ordonnance: () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens; ()5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens (). ".

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 23 avril 2020 :

3. L'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose que : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

4. Aux termes l'article 4 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 3131-13 du code de la santé publique, l'état d'urgence sanitaire est déclaré pour une durée de deux mois à compter de l'entrée en vigueur de la présente loi. () La prorogation de l'état d'urgence sanitaire au-delà de la durée prévue au premier alinéa du présent article ne peut être autorisée que par la loi. Il peut être mis fin à l'état d'urgence sanitaire par décret en conseil des ministres avant l'expiration du délai fixé au même premier alinéa. ". Aux termes de l'article 15 de l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l'ordre administratif : " I.- Les dispositions de l'article 2 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 susvisée relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période sont applicables aux procédures devant les juridictions de l'ordre administratif. () ".

5. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, dans sa rédaction applicable à la date d'enregistrement de la requête : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus. () ". Aux termes de l'article 2 de la même ordonnance : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée du 23 avril 2020 portant renouvellement du congé de longue maladie de Mme A B et placement en mi-traitement à compter du 8 février 2020 a été notifiée à l'intéressée le 7 mai 2020 et comportait la mention des voies et délais de recours.

7. Il résulte des dispositions citées au point 4, combinées à celles de l'article 4 de la loi du 23 mars 2020, que la date d'expiration de la période permettant de bénéficier du report des délais échus était le 23 juin 2020, soit un mois après la cessation de l'état d'urgence sanitaire fixée par ladite loi au 23 mai 2020. Dans ces conditions, la notification précitée du 7 mai 2020 a fait courir le délai de recours de deux mois imparti par les dispositions ci-dessus rappelées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative pour contester cette décision, délai dont le terme expirait le 8 juillet 2020, soit après la date du 23 juin 2020 fixée par l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-306. Dès lors, contrairement à ce que soutient la requérante, les dispositions de l'article 2 de la même ordonnance sur le report des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire étaient inapplicables en l'espèce. Or, au cas particulier, la requête n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 14 août 2020, soit après l'expiration du délai de recours précité. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision du 23 avril 2020 étant tardives donc irrecevables, elles ne peuvent qu'être rejetées en application du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions antérieures à la décision du 23 avril 2020 :

8. Mme A B demande au tribunal d'annuler, " par voie de conséquence " de l'annulation de la décision du 23 avril 2020, " toutes les décisions antérieures en lien avec cette décision " et identifie à ce titre les trois décisions suivantes : le refus implicite et explicite de reconnaissance de la maladie professionnelle, la décision de placement en congé de longue maladie à compter du 8 février 2019, et les " avis émis par le comité médical et la commission de réforme auxquels auraient participé les experts l'ayant examiné ".

S'agissant des avis du comité médical et de la commission de réforme :

9. Les avis des comités médicaux et des commissions de réformes ne constituent pas des décisions administratives faisant grief mais sont de simples mesures préparatoires. Par suite, et alors, au demeurant, que les conclusions présentées par Mme A B tendant à l'annulation desdits avis sont dépourvues de toute précision - en particulier sur la date à laquelle ils sont intervenus - permettant au juge de les identifier, ces conclusions sont manifestement irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

S'agissant de la décision de refus de reconnaissance de la maladie professionnelle :

10. En second lieu, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières, dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

11. Mme A B demande au tribunal d'annuler " le refus implicite et explicite de reconnaissance de la maladie professionnelle " qui a précédé la décision du 23 avril 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que par une décision du 19 juin 2017, la directrice de l'hôpital local de Grandvilliers a, à la suite de l'avis émis par la commission de réforme le 14 juin 2017, accepté de reconnaître comme imputable au service l'accident de service du 10 août 2015 mais a refusé de reconnaître comme imputable au service la maladie professionnelle dont se prévalait l'intéressée. Seule l'existence d'une décision explicite de refus en date du 19 juin 2017 est donc établie, la requérante ne précisant pas à quelle date et à la suite de quelle demande une autre décision, implicite, ayant le même objet, serait intervenue.

12. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 19 juin 2017 portant refus de reconnaissance d'une maladie professionnelle ne comporte pas la mention des voies et délais de recours. Toutefois, il ressort des pièces fournies au dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté par la requérante, que Mme A B a nécessairement eu connaissance de cette décision, qu'elle produit d'ailleurs à l'appui de sa requête, au plus tard le 2 mai 2019 date à laquelle lui a été remis en mains propres un certificat médical établi à sa demande, et concluant qu'au vu de l'évolution clinique, elle remplit les conditions pour la reconnaissance du statut de maladie professionnelle, ce qui implique qu'elle était informée de ce que cette reconnaissance ne lui avait pas été accordée auparavant. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision, qui ont été présentées le 14 août 2020, soit au-delà du délai raisonnable d'un an, sont irrecevables.

S'agissant de la décision de placement en congé de longue maladie à compter du 8 février 2019 pour neuf mois :

13. Il ressort des pièces du dossier que la décision de placement de Mme A B en congé de longue maladie du 25 juillet 2019 pour neuf mois, que la requérante produit à l'appui de son recours, comporte la mention des voies et délais de recours. Si l'hôpital de Grandvilliers ne précise pas à quelle date cette décision a été notifiée à l'intéressée, il ressort des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté par la requérante, que Mme A B a nécessairement pris connaissance de cette décision au plus tard le 2 septembre 2019, date à laquelle elle a sollicité le renouvellement de son congé de longue maladie conformément aux termes de la décision du 25 juillet 2019 lui demandant de solliciter ce renouvellement avant le 8 septembre 2019, soit deux mois avant l'expiration de son congé. Par suite, les conclusions à fins d'annulation présentées par la requérante le 14 août 2020, soit au-delà de l'expiration du délai de deux mois à compter de la date à laquelle elle doit être regardée comme en ayant eu connaissance, sont irrecevables.

14. Il résulte de ce tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de faire procéder à une expertise médicale, que les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'hôpital de Grandvilliers, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par l'hôpital de Grandvilliers au même titre.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'hôpital de Grandvilliers sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C épouse A B, et à l'hôpital de Grandvilliers.

Fait à Rouen, le 27 octobre 2022.

La magistrate désignée

signé

C. Galle

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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