jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2002689 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELAS ERNST & YOUNG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et mémoire, enregistrés les 20 août 2020 et le 11 juin 2021, la SAS E, représentée par Me Welter, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 3 octobre 2019 de l'inspectrice du travail de l'unité départementale de l'Aisne en tant qu'elle a refusé d'autoriser le licenciement de M. A B ;
2°) d'annuler la décision du 24 juin 2020 par laquelle la ministre du travail a confirmé la décision de l'inspectrice du travail du 3 octobre 2019 portant refus de procéder au licenciement de M. A B ;
3°) d'enjoindre à la ministre du travail d'autoriser le licenciement de M. A B ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) de mettre à la charge de M. B la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le directeur des ressources humaines de la société E justifie de sa qualité à ester en justice au nom de cette dernière dès lors qu'il est détenteur d'une délégation de pouvoirs du président de la société du 5 septembre 2019 qui a été prise sur le fondement de l'article 12.2 des statuts de la société ;
- la requête n'est pas tardive dès lors que le délai de réponse de quatre mois dont disposait l'administration pour prendre une décision n'a pas expiré le 19 mars 2020 mais le 24 juin suivant en application des dispositions des articles 1er et 7 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision du 3 octobre 2019 ;
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision du 24 juin 2020 ;
- la matérialité du grief de vol de trois cocottes en fonte et leur revente par M. B est établie ;
- la gravité de ce fait est établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2021, la ministre du travail conclut au rejet la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2021, M. B, représenté par Me Chalon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société E la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que le directeur des ressources humaines ne justifie pas de sa qualité à ester en justice et qu'elle est tardive ;
- le moyen tiré de l'absence de matérialité des faits de vol est inopérant ;
- le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de la gravité de la faute n'est pas fondé.
Par ordonnance du 15 juin 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Welter, représentant la société E.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été recruté, le 23 août 2011, par la société E et occupe, en dernier lieu, le poste de I située à F. Il exerçait un mandat de membre titulaire du comité social et économique. Le 21 août 2019, M. B a avoué au directeur des ressources humaines de la société avoir subtilisé trois cocottes en fonte, fonds et couvercles, de la série " G " non commercialisées et les avoir vendues à une tierce personne en juillet 2019. Le 26 août suivant, M. B a fait l'objet d'une mise à pied conservatoire. Par courrier reçu le 9 septembre 2019, la société E a sollicité l'autorisation de licencier M. B pour motif disciplinaire auprès de l'inspectrice du travail de l'unité départementale de l'Aisne. Par une décision du 3 octobre 2019, l'inspectrice du travail a refusé d'accorder cette autorisation et a ordonné la rémunération de la mise à pied de M. B. A la suite du recours hiérarchique formé par la société E le 14 novembre 2019, et reçu le 18 novembre suivant, la ministre du travail, par une décision du 24 juin 2020, a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 3 octobre 2019 qui a ordonné la rémunération de la mise à pied de M. B et a confirmé la décision qui a refusé d'autoriser son licenciement. Par la présente requête, la société E doit être regardée comme demandant l'annulation des décisions de l'inspectrice du travail du 3 octobre 2019 et de la ministre du travail du 24 juin 2020 qui refusent d'autoriser le licenciement de M. B.
Sur la légalité de la décision de l'inspectrice du travail du 3 octobre 2019 :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Aux termes de l'article L. 2421-3 du code du travail dans sa rédaction alors en vigueur : " () La demande d'autorisation de licenciement est adressée à l'inspecteur du travail dont dépend l'établissement dans lequel le salarié est employé. () ". Aux termes de l'article R. 2421-1 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " La demande d'autorisation de licenciement d'un délégué syndical, d'un salarié mandaté ou d'un conseiller du salarié est adressée à l'inspecteur du travail dont dépend l'établissement dans lequel est employé l'intéressé. () ".
3. La décision attaquée est signée par Mme C D, qui, par arrêté de la ministre du travail en date du 6 novembre 2017, a été titularisée dans le corps de l'inspection du travail à compter du 1er décembre 2017. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 1235-1 du code du travail : " En cas de litige (), le juge, à qui il appartient d'apprécier la régularité de la procédure suivie et le caractère réel et sérieux des motifs invoqués par l'employeur, forme sa conviction au vu des éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. / () Si un doute subsiste, il profite au salarié ".
5. D'autre part, dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
6. En premier lieu, la société E ne peut utilement contester le motif de la décision attaquée qui serait tiré de l'absence de matérialité des faits de vol des trois cocottes en fonte, fonds et couvercles, de la série " H " et leur revente, dès lors que l'inspectrice du travail a entendu admettre la matérialité de ces faits en fondant sa décision sur l'insuffisance de leur gravité.
7. En second lieu, pour refuser d'autoriser le licenciement de M. B, l'inspectrice du travail a estimé que les griefs portant sur le vol de trois cocottes en fonte et leur revente par l'intéressé n'étaient pas suffisamment graves pour justifier une mesure de licenciement, compte tenu des exigences de service, du comportement de l'employeur, du contexte social de l'entreprise, de la situation particulière de M. B, de l'absence d'antécédents disciplinaires, de l'absence d'un préjudice important pour l'entreprise, de l'existence de clauses conventionnelles ou de clauses d'un règlement intérieur.
8. Pour contester le motif de la décision attaquée tiré de l'insuffisante gravité des griefs portant sur le vol de trois cocottes en fonte et leur revente par M B, la société E fait valoir que cette gravité est inhérente à la nature de la faute. Toutefois, pour apprécier si les faits de vol reprochés à un salarié protégé sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, il convient de prendre en compte, notamment, le montant des articles dérobés, l'ancienneté de l'intéressé, l'existence éventuelle de reproches antérieurs de la part de l'employeur, mais aussi les circonstances dans lesquels la soustraction des objets dérobés a eu lieu. Si la société requérante conteste le montant de son préjudice financier qui a été évalué
à 200 euros par la décision attaquée et fait valoir que ce préjudice doit être estimé à un montant 657 euros toutes taxes comprises, elle n'établit la réalité de cette somme par aucune pièce versée au dossier, et en tout état de cause, la valeur des articles dérobés est minime. De plus, l'intéressé n'a fait antérieurement l'objet d'aucun reproche de la part de son employeur durant ses huit années d'activité au sein de la société. Enfin, si la société fait valoir que la revente de ces produits par M. B révèle l'existence de manœuvres de sa part, il ressort des termes de la décision attaquée, sans que cela soit contesté, que l'intéressé a pris l'initiative d'avouer les faits en litige, a fait état de l'aggravation de la précarité de la situation financière de son foyer et a regretté son acte tout au long de la procédure disciplinaire. Par suite, l'inspectrice du travail n'a pas inexactement qualifié les faits reprochés à M. B, en estimant que ceux-ci n'étaient pas d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
Sur la légalité de la décision de la ministre du travail du 24 juin 2020 :
9. En premier lieu, lorsque le ministre rejette le recours hiérarchique qui lui est présenté contre la décision de l'inspecteur du travail statuant sur la demande d'autorisation de licenciement formée par l'employeur, sa décision ne se substitue pas à celle de l'inspecteur. Par suite, s'il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre ces deux décisions, d'annuler, le cas échéant, celle du ministre par voie de conséquence de l'annulation de celle de l'inspecteur, des moyens critiquant les vices propres dont serait entachée la décision du ministre ne peuvent être utilement invoqués, au soutien des conclusions dirigées contre cette décision.
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée au regard des dispositions de l'article R. 2422-1 du code du travail est inopérant.
11. En second lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que la ministre du travail, saisi d'un recours hiérarchique déposé par la société E contre la décision du 3 octobre 2019, a confirmé la décision de l'inspectrice du travail, en en validant les motifs. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées contre cette décision par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation présentées contre la décision de l'inspectrice du travail du 3 octobre 2019.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par M. B, que la société E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 3 octobre 2019 et la décision de la ministre du travail du 24 juin 2020. Par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et M. B, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par la société E au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur ce même fondement, en mettant à la charge de la société E la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société E est rejetée.
Article 2 : La société E versera la somme de 1 500 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société E, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à M. A B.
Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pellerin, conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
C. Pellerin
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026