mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2002693 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 août 2020, M. C E A, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 juin 2020 par laquelle le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans un délai de quinze jours en méconnaissance des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il n'a jamais quitté son hébergement, ni sa région d'orientation et a toujours respecté les exigences des autorités chargées de l'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il doit être considéré comme en situation de vulnérabilité particulière du fait de graves séquelles à l'œil gauche.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il convient de substituer les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles de l'article L. 744-7 du même code, initialement retenues ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 avril 2022 à 12h00.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E A, ressortissant camerounais né le 6 avril 1982, déclare être entré sur le territoire français le 11 novembre 2019, dénué de tout visa régulièrement délivré. Le 24 juin 2020, l'intéressé a présenté une demande d'asile placée en procédure accélérée du fait de sa tardiveté. Par une décision du 24 juin 2020, dont M. A demande l'annulation, le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil.
2. Aux termes du préambule de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " () (25) Il convient de limiter les possibilités d'abus du système d'accueil en précisant les circonstances dans lesquelles le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour les demandeurs peut être limité ou retiré, tout en garantissant un niveau de vie digne à tous les demandeurs. () ". L'article 20 de cette directive dispose : " () 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".
3. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 723-2 de ce code, applicable à la date de la décision attaquée : " () III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". L'article L. 744-7 de ce code, dans sa rédaction applicable, dispose : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 () ; / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ". En outre, aux termes de l'article L. 744-8 dudit code, dans sa version applicable au litige : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. (). / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ".
4. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, développe le motif de suspension des conditions matérielles d'accueil tiré de la tardiveté de la demande d'asile et souligne que la situation personnelle et familiale de l'intéressé ne fait apparaître aucun facteur de vulnérabilité. Elle comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et ce alors même qu'elle ne comporte ni la date d'entrée en France de M. A, ni celle à laquelle il a présenté sa demande d'asile, éléments que l'intéressé ne pouvait sérieusement ignorer. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté une demande d'asile le 24 juin 2020. Ce même jour, l'office français de l'immigration et de l'intégration lui a proposé les conditions matérielles d'accueil pour les suspendre, le jour même, sur le fondement de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Or, il résulte des dispositions citées aux points précédents que la décision attaquée consiste non en une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil mais en une décision de refus d'octroi de telles conditions. Par suite, la décision attaquée ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
7. M. A, qui déclare être entré sur le territoire français le 11 novembre 2019, a présenté une demande d'asile, le 24 juin 2020, soit après l'expiration du délai de quatre-vingt-dix jours prescrit par les dispositions de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point 3. Dans ces conditions, et ainsi que le fait valoir l'office français de l'immigration et de l'intégration en défense, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 744-7 du même code, initialement retenues, dès lors que M. A, ainsi que cela vient d'être dit, se trouvait dans la situation où le directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration pouvait lui refuser l'octroi des conditions matérielles d'accueil, que cette substitution n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, enfin, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.
8. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne trouvent à s'appliquer que lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil est prise sur le fondement du 1° et non du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il n'a jamais quitté son hébergement, ni sa région d'orientation et a toujours respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, un tel moyen, eu égard à ce qui vient d'être dit au point 7, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
10. En quatrième et dernier lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version applicable au litige, tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa demande d'asile, afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'asile. Si M. A soutient présenter " de graves séquelles à l'œil gauche ", l'attestation de prise en charge au titre de l'aide médicale d'Etat versée au dossier ne suffit pas à caractériser une situation de vulnérabilité faisant obstacle à ce que l'office français de l'immigration lui refuse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction de la requête ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E A, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Tourbier.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Beaucourt, conseillère,
- M. B, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
P. DLe président,
signé
C. BINAND
Le greffier,
signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026