jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2002959 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | AARPI MIEL MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 septembre 2020, Mme C H, représentée par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Soissons l'a radiée des cadres pour abandon de poste à compter du 3 août 2020 ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Soissons de la réintégrer dans les effectifs à son ancienneté et à son grade, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner le centre hospitalier de Soissons de lui verser les traitements qu'elle aurait dû percevoir depuis la date de son licenciement, soit le 3 août 2020 ;
4°) de condamner le centre hospitalier de Soissons à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi, assortie des intérêts au taux légal ;
5°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Soissons la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le signataire de la décision attaquée est incompétent ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle est dépourvue de la signature du directeur du centre hospitalier de Soissons ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation, ainsi que d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et des circonstances de l'espèce ;
- elle doit être annulée en raison de l'absence de procédure disciplinaire préalable ;
- elle est entachée d'inexactitudes matérielles des faits et d'erreurs de qualification juridique des faits en ce qui concerne ses absences à son poste de travail ;
- elle est disproportionnée eu égard aux faits et à l'objectif qu'elle entend poursuivre.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2020, le centre hospitalier de Soissons, représenté par Me Bacquet-Brehant, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme H la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires présentées par la requérante sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C H, agent de service hospitalier qualifié titulaire, était affectée au I du centre hospitalier de Soissons depuis le 4 août 2003. Par une décision du 30 juillet 2020, le directeur du centre hospitalier de Soissons l'a radiée des cadres du centre hospitalier à compter du 3 août 2020 pour abandon de poste. Par la présente requête, Mme H demande l'annulation de cette décision et la condamnation du centre hospitalier à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi, ainsi que d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Soissons de lui verser les traitements qu'elle aurait dû percevoir depuis la date de son licenciement et de la réintégrer dans les effectifs à son ancienneté et à son grade.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation de cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est ni présenté ni n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée, pour le directeur et par délégation, par M. F D, directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Soissons. Par décision n° 19-54 du 3 octobre 2019, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Aisne du mois d'octobre 2019, M. A G, directeur du centre hospitalier de Soissons, a donné délégation à M. F D aux fins de signer, tous actes, décisions, attestations ou conventions relevant du directeur général. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Il ressort de la décision attaquée que celle-ci comporte les nom et prénom de son auteur, à savoir M. F D, ainsi que sa qualité et sa signature manuscrite. Aucun texte ou aucun principe ne pose l'obligation pour le directeur de l'établissement de signer lui-même la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de forme doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. La décision de radiation des cadres du 30 juillet 2020 vise les textes applicables, en particulier la loi du 13 juillet 1983 et la loi du 9 janvier 1986. La décision indique notamment que Mme H, qui n'a pas signalé son changement d'adresse par écrit malgré le message téléphonique laissé par l'administration en ce sens, a abandonné son service le 27 juillet 2020 et qu'elle n'a, depuis cette date, pas repris ses fonctions au sein de l'établissement. La décision ajoute également que l'intéressée, mise en demeure de reprendre son service par lettre recommandée avec accusé de réception du 16 juillet 2020 notifiée le 22 juillet 2020 avec l'information de la Poste " destinataire inconnu à l'adresse ", n'a ni répondu à ladite mise en demeure, ni fourni de justificatifs d'ordre matériel ou médical susceptible d'expliquer son absence ou sa situation. La décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement au sens des dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'absence d'examen particulier de la situation personnelle de la requérante et des circonstances particulières de l'espèce doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme H a été placée en arrêt de travail à partir du 19 mars 2020 jusqu'au 19 avril 2020 inclus et renouvelé jusqu'au 11 mai 2020. Il ressort des termes de la décision attaquée, et il n'est pas contesté que, par un courrier du 17 mars 2020, adressé à sa dernière adresse connue par l'administration, le centre hospitalier lui a demandé de compléter une autorisation spéciale d'absence au motif du confinement à domicile nécessaire durant l'épidémie de covid-19. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 8 juin 2020, adressé à sa dernière adresse connue, Mme H a été informée que le certificat établi par le docteur E le 11 mai 2020, selon lequel l'intéressée devait respecter les consignes d'isolement, n'indiquait pas de date de fin de l'isolement et qu'elle devait alors régulariser sa situation administrative en fournissant avant le 19 juin 2020 un justificatif pour la période du 12 mai au 5 juin 2020 inclus. Par courrier du 16 juillet 2020, adressé à sa dernière adresse connue, Mme H a été mise en demeure de justifier ses absences à partir du 12 mai 2020, ainsi que de reprendre ses fonctions d'agent des services hospitaliers le 27 juillet 2020, à défaut de quoi, elle serait regardée en situation d'abandon de poste rompant de sa propre initiative le lien qui l'unit à l'administration et, par conséquent, radiée des cadres en dehors du champ d'application des garanties disciplinaires. Enfin, il est constant que Mme H n'a pas repris ses fonctions le 27 juillet 2020.
8. D'une part, pour demander l'annulation de la décision attaquée, Mme H soutient que dès le 19 mars 2020, sa nouvelle adresse était connue de la direction des ressources humaines du centre hospitalier. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée n'a transmis son changement d'adresse par écrit à la direction des ressources humaines que le 29 juillet 2020, alors qu'elle a été informée dès le 10 mars 2020, lors d'un entretien individuel, des difficultés de l'administration à lui adresser des courriers faute d'adresse valide et que l'administration lui a laissé un message téléphonique en ce sens. La seule circonstance selon laquelle sa nouvelle adresse était mentionnée sur son arrêt de travail est sans incidence à cet égard. En tout état de cause, l'absence de changement d'adresse par Mme H n'est pas un motif de la décision attaquée, et la requérante ne conteste pas la régularité de la procédure préalable de mise en demeure.
9. D'autre part, Mme H soutient que le centre hospitalier était en possession du certificat d'isolement du docteur E du 11 mai 2020, ainsi que de l'attestation de présence indispensable auprès de sa fille malade établie le 13 mars 2020 par le professeur B du CHU de Reims. Toutefois, elle n'établit, ni même n'allègue, avoir transmis au centre hospitalier la demande d'autorisation spéciale d'absence au motif du confinement à domicile nécessaire durant l'épidémie de covid-19 qui lui a été demandée par courrier du 17 mars 2020 ou les justificatifs d'absences qui lui ont été demandés par courriers des 8 juin et 16 juillet 2020. La circonstance que sa situation familiale et l'état de santé de sa fille auraient été connues par la direction des ressources humaines ou d'autres services du centre hospitalier avec lesquels elle échangeait régulièrement au téléphone, à la supposer établie, est sans incidence sur la carence de Mme H à transmettre de tels justificatifs. Enfin, si la requérante se prévaut de l'avis du Haut Conseil de la Santé publique du 20 avril 2020 relatif aux personnes à risque de forme grave du Covid-19 et du protocole national de déconfinement du 24 juin 2020, ces textes ne dispensaient pas l'intéressée de justifier ses absences auprès de l'administration et de présenter une demande d'autorisation spéciale d'absence. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient Mme H, son comportement était constitutif d'un abandon de poste justifiant sa radiation des cadres.
10. En dernier lieu, la radiation des cadres d'un agent qui, de sa propre initiative, a rompu le lien qui l'unissait au service ne présente pas le caractère d'une mesure disciplinaire et peut être légalement prononcée par l'autorité investie du pouvoir de nomination, sans qu'il y ait lieu, pour cette autorité, d'observer les formalités prescrites en matière disciplinaire. Ainsi, Mme H n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait intervenue à la suite d'une procédure irrégulière en l'absence de procédure disciplinaire ni qu'elle représente une sanction disproportionnée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme H n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 juillet 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Soissons l'a radiée des cadres du centre hospitalier pour abandon de poste à compter du 3 août 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme H, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction doivent, par conséquent, être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
13. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 30 juillet 2020 n'est entachée d'aucune illégalité, de sorte que Mme H n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation du préjudice qui en aurait résulté. Les conclusions indemnitaires de la requête ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur les frais liés au litige :
14. L'instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions en ce sens présentées par le centre hospitalier de Soissons ne peuvent qu'être rejetées.
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la requérante soit mise à la charge du centre hospitalier de Soissons qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la requérante la somme réclamée par le centre hospitalier de Soissons sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Soissons sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que celles relatives aux entiers dépens, sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C H et au centre hospitalier de Soissons.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
La rapporteure,
signé
L. Bazin
La présidente,
signé
C. Galle La greffière,
signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026