jeudi 19 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2003335 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 octobre 2020 et 3 décembre 2021, Mme B A, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur du centre hospitalier intercommunal Compiègne-Noyon a refusé de faire droit à sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner le centre hospitalier intercommunal Compiègne-Noyon à lui verser les sommes de 8 100 euros en réparation du préjudice matériel et de 7 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subis dans la gestion de sa carrière ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal Compiègne-Noyon la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier intercommunal Compiègne-Noyon a commis une faute tirée du caractère irrégulier de sa situation dès lors qu'elle a été affectée sur un emploi de formatrice au sein de l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI), ce qui ne correspond pas à son grade, sans bénéficier pour autant des avantages liés à l'appartenance au corps des cadres de santé ;
- elle a subi un préjudice matériel estimé à un montant de 8 100 euros dès lors qu'elle n'a pas pu bénéficier, de juillet 2012 à janvier 2020, de la prime de 91,22 euros par mois que perçoivent les membres du corps des cadres de santé ;
- elle a subi un préjudice moral estimé à un montant de 7 000 euros dès lors qu'elle a souffert de ne pas bénéficier du même traitement et du même statut que ses collègues.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2021, le centre hospitalier intercommunal Compiègne-Noyon, représenté par Me Maury, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la demande indemnitaire présentée par la requérante à compter du mois de juillet 2012 se heurte, au moins pour partie, à la prescription ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 11 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 92-4 du 2 janvier 1992 ;
- le décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 ;
- le décret n° 2012-1466 du 26 décembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Delort, substituant Me Tourbier, représentant Mme A.
Une note en délibéré, présentée par Mme A, a été enregistrée le 13 janvier 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, infirmière en soins généraux de deuxième grade, est agent titulaire de la fonction publique hospitalière depuis le 15 février 1981. Elle a d'abord été affectée au centre hospitalier intercommunal (CHI) Compiègne-Noyon du 1er juillet 1998 au 29 novembre 1998 en qualité de formatrice en soins infirmiers. Elle a obtenu le diplôme de cadre de santé en 2007. Elle a ensuite été détachée au sein du conseil général de l'Oise du 30 novembre 2010 au 31 mars 2014, tout en exerçant les fonctions de formatrice au sein de l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) rattaché au CHI Compiègne-Noyon. Le 1er avril 2014, elle a été réintégrée au CHI Compiègne-Noyon en qualité de formatrice en soins infirmiers. Estimant qu'elle avait été placée dans une situation irrégulière lorsqu'elle était en fonction à l'IFSI, elle a, par courrier du 7 avril 2020, reçu le 16 avril 2020, adressé au CHI Compiègne Noyon un recours indemnitaire préalable. Par la présente requête, Mme A demande à ce que le CHI Compiègne-Noyon soit condamné à lui verser les sommes de 8 100 euros en réparation du préjudice matériel et de 7 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subis dès novembre 2010 en ayant exercé les fonctions de cadre de santé sans posséder les avantages liés à l'appartenance à ce corps.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En formulant des conclusions indemnitaires, Mme A a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de la requérante à percevoir les sommes qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur du CHI Compiègne-Noyon a refusé de faire droit au recours indemnitaire préalable présenté par Mme A doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Aux termes de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le grade est distinct de l'emploi. / Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent. / Toute nomination ou toute promotion dans un grade qui n'intervient pas exclusivement en vue de pourvoir à un emploi vacant et de permettre à son bénéficiaire d'exercer les fonctions correspondantes est nulle () ". Aux termes de l'article 40 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction alors en vigueur : " l'activité est la position du fonctionnaire, qui, titulaire d'un grade, exerce effectivement les fonctions de l'un des emplois correspondant à ce grade. () ". En application de ces dispositions, au nombre des garanties fondamentales reconnues aux fonctionnaires figurent, d'une part, le droit d'être affecté à un emploi pour exercer les missions afférentes au grade, que le fonctionnaire détient dans son corps et, d'autre part, l'obligation, pour l'administration, de recueillir l'accord du fonctionnaire intéressé pour l'affecter à un emploi ne correspondant pas à de telles missions, y compris sur des fonctions supérieures.
4. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un fonctionnaire qui a été irrégulièrement maintenu dans une affectation ne correspondant pas à son cadre d'emplois a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de son maintien illégal dans cette affectation. Pour déterminer l'étendue de la responsabilité de la personne publique, il est tenu compte des démarches que l'intéressé a entrepris auprès de son administration et de la durée de la période pendant laquelle il a été maintenu, contre son gré, dans un tel poste ou cadre d'emplois, au-delà d'un délai raisonnable.
5. Aux termes de l'article 3 du décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 portant statut particulier du corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés de la fonction publique hospitalière : " Les infirmiers en soins généraux accomplissent les actes professionnels et dispensent les soins infirmiers définis aux articles R. 4311-1 à R. 4311-10 et à l'article R 4311-14 du code de la santé publique. Ils exercent leurs fonctions dans les domaines prévus à l'article R. 4311-15 de ce code. () ". Aux termes de l'article R. 4311-15 du code de la santé publique : " Selon le secteur d'activité où il exerce, y compris dans le cadre des réseaux de soins, et en fonction des besoins de santé identifiés, l'infirmier ou l'infirmière propose des actions, les organise ou y participe dans les domaines suivants : / 1° Formation initiale et formation continue du personnel infirmier, des personnels qui l'assistent et éventuellement d'autres personnels de santé ; / 2° Encadrement des stagiaires en formation ; / 3° Formation, éducation, prévention et dépistage, notamment dans le domaine des soins de santé primaires et communautaires ; () ".
6. Aux termes de l'article 3 du décret n° 2012-1466 du 26 décembre 2012 portant statut particulier du corps des cadres de santé paramédicaux de la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires du grade de cadre de santé paramédical exercent : / 1° Des fonctions correspondant à leur qualification et consistant à encadrer des équipes dans les pôles d'activité clinique et médico-technique des établissements et leurs structures internes ; / 2° Des missions communes à plusieurs structures internes de pôles d'activité clinique ou pôles d'activité médico-technique ou de chargé de projet au sein de l'établissement ; / 3° Des fonctions d'encadrement correspondant à leur qualification, dans les instituts de formation et écoles relevant d'établissements publics de santé qui préparent aux différentes branches des professions infirmières, de rééducation et médico-techniques. Dans ce cas, ils prennent part en qualité de formateur à l'enseignement théorique et pratique et à la formation des élèves et étudiants. Ils prennent part, le cas échéant, aux jurys constitués dans le cadre du fonctionnement des instituts ou écoles ; / 4° Le cas échéant, des fonctions de collaborateur de chef de pôle, prévues au huitième alinéa de l'article L. 6146-1 du code de la santé publique, lorsque celles-ci ne peuvent être assurées par un cadre supérieur de santé paramédical. ". Aux termes de l'article 6 du même décret, dans sa version applicable au litige : " I.- Les cadres de santé paramédicaux de la fonction publique hospitalière sont recrutés par voie de concours interne sur titres ouvert, dans chaque établissement, aux fonctionnaires hospitaliers titulaires du diplôme de cadre de santé, relevant des corps régis par les décrets du 30 novembre 1988, du 29 septembre 2010 et du 27 juin 2011 susvisés, comptant au 1er janvier de l'année du concours au moins cinq ans de services effectifs accomplis dans un ou plusieurs des corps précités ( ) ".
7. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que Mme A, appartenant au corps des infirmiers en soins généraux, a exercé les fonctions de formatrice en soins infirmiers d'abord lorsqu'elle était affectée au sein du CHI entre le 1er juillet et le 29 novembre 1998, puis, tout en étant détachée dans la fonction publique territoriale, au sein de l'IFSI du 30 novembre 2010 au 31 mars 2014 et, enfin, lorsqu'elle a été réintégrée au CHI à partir du 1er avril 2014 toujours au sein de l'IFSI en qualité de formatrice en soins infirmiers.
8. En premier lieu, Mme A fait valoir que cette affectation comportait des responsabilités plus importantes que celles de son grade, notamment celle d'encadrement, et que cet emploi de " faisant fonction de formateur " ne devait pas dépasser le délai de deux ans maximum, temps accordé pour passer le concours de cadre de santé. Toutefois, d'une part, il est constant que la candidature de Mme A aux différents concours sur titres organisés dans l'établissement pour l'accès au corps des cadres de santé paramédicaux n'a pas été retenue. La réussite à ce concours étant l'unique voie d'accès aux corps des cadres de santé, la seule circonstance que Mme A a obtenu le diplôme de cadre de santé en 2007 ne lui ouvrait ainsi pas un droit à être nommée dans le corps des cadres de sante, de sorte que le CHI n'a commis aucune faute en ne la nommant pas dans ce corps. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article R. 4311-15 du code de la santé publique, citées au point 5, auquel renvoie l'article 3 du décret du 29 septembre 2010, que les infirmiers peuvent participer à la formation initiale et à la formation continue du personnel infirmier, des personnels qui l'assistent et éventuellement d'autres personnels de santé, ainsi qu'à l'encadrement des stagiaires en formation. Par ailleurs, en application des dispositions de la loi du 13 juillet 1983, citées au point 3, selon lesquelles le grade est distinct de l'emploi, il est loisible à un employeur public d'affecter un agent sur un emploi normalement occupé par un agent de grade supérieur avec l'accord de ce dernier. Or Mme A n'établit, ni même n'allègue, que le CHI lui aurait imposé cette affectation au sein de l'IFSI ou qu'elle aurait refusé d'être affectée sur un tel emploi, pour lequel elle a présenté de multiples candidatures. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le CHI Compiègne-Noyon aurait commis une faute tirée du caractère irrégulier de sa situation.
9. En second lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 92-4 du 2 janvier 1992 portant attribution d'une prime d'encadrement à certains agents de la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable aux litige : " Les personnels énumérés ci-après, () perçoivent, à raison des fonctions qu'ils exercent, une prime d'encadrement () : " () / 8° Cadres supérieurs de santé ; / () ".
10. Il ne résulte d'aucun texte, ni d'aucun principe que la circonstance que Mme A occupe les fonctions correspondant à celles des cadres de santé lui ouvre le droit à percevoir le traitement ou les primes afférents à un corps dont elle ne relevait pas, notamment la prime d'encadrement qui, en application des dispositions précitées de l'article 1er du décret du 2 janvier 1992, dans leur version applicable au litige, n'est pas versée aux infirmiers de soins généraux de deuxième grade. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le CHI Compiègne-Noyon aurait commis une faute à ce titre.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'exception de prescription quadriennale opposée par le CHI Compiègne-Noyon, que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier intercommunal Compiègne-Noyon.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
L. Bazin
La présidente,
signé
C. Galle La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026