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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2003337

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2003337

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2003337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP ARENTS-TRENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 octobre 2020 et 21 avril 2021, M. B A et Mme C A, représentés par Me Trennec, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'Agence de services et de paiement à leur verser une somme de 10 000 euros, en réparation de leur préjudice financier et des troubles dans les conditions d'existence subis, assortie des intérêts et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- les refus opposés à leurs demandes d'attribution de l'aide à l'acquisition d'un véhicule peu polluant sont entachés d'illégalité ;

- aucune disposition relative aux conditions d'attribution de l'aide ne conditionne celle-ci à la propriété du véhicule ;

- l'attribution de l'aide n'est pas non plus conditionnée à l'établissement de l'attestation " gros rouleur " au nom du conducteur ;

- si Mme A a l'usage de leur véhicule, c'est M. A qui a " réalisé les kilomètres permettant d'être éligible au bonus écologique " ;

- ils ont subi un préjudice financier et des troubles dans leurs conditions d'existence estimés à un montant de 10 000 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 janvier et 26 mai 2021, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne contient aucun moyen ;

- les conclusions en annulation des décisions des 8 août 2019 et 9 janvier 2020 sont irrecevables dès lors qu'elles sont tardives ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'énergie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme C A ont sollicité l'octroi de l'aide dite " prime à la conversion " en qualité de " gros rouleur ", sur le fondement de l'article D. 251-3 du code de l'énergie, au titre de l'acquisition le 15 juin 2019 d'une voiture hybride. Par une décision du 8 août 2019, l'Agence de services et de paiement (ASP) a d'abord rejeté la demande effectuée au nom de M. A. Puis, par une décision du 9 janvier 2020, l'ASP a rejeté la demande effectuée au nom de Mme A. Par courrier du 29 janvier 2020, reçu le 3 février 2020, M. et Mme A ont introduit, à l'encontre des deux décisions de rejet, un recours gracieux qui a fait l'objet d'une décision de rejet. Par courrier reçu le 14 octobre 2020, M. et Mme A ont adressé à l'ASP une demande indemnitaire en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité fautive des décisions de refus d'octroi de l'aide sollicitée. Par la présente requête, M. et Mme A doivent être regardés comme demandant la condamnation de l'ASP au versement d'une somme de 10 000 euros, assortie des intérêts et de la capitalisation des intérêts, au titre des préjudices qu'ils estiment avoir subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article D. 251-3 du code de l'énergie, dans sa version en vigueur du 1er janvier 2019 au 1er août 2019, applicable au litige : " I.- Une aide dite prime à la conversion est attribuée, dans la limite d'une par personne jusqu'au 1er janvier 2023, à toute personne physique majeure justifiant d'un domicile en France ou à toute personne morale justifiant d'un établissement en France et à toute administration de l'Etat qui acquiert ou prend en location, dans le cadre d'un contrat d'une durée supérieure ou égale à deux ans, un véhicule automobile terrestre à moteur qui : / 1° Est mentionné au 1° de l'article D. 251-1 ; / 2° Est immatriculé en France avec un numéro définitif ; () / II.- Cette aide est attribuée lorsque cette acquisition ou cette location s'accompagne du retrait de la circulation, à des fins de destruction, d'un véhicule qui, à la date de facturation du véhicule acquis ou de versement du premier loyer : () / 3° Appartient au bénéficiaire de la prime à la conversion définie par le présent article ; () ". L'article D. 251-8 du même code, qui précise les modalités du calcul de cette prime, dispose que : " Le montant de l'aide prévue à l'article D. 251-3 est déterminé par l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Pour les véhicules mentionnés au premier alinéa de l'article D. 251-3 et correspondant au 5° du D. 251-1 : / () / b) Le montant de l'aide est fixé à 80 % du prix d'acquisition, dans la limite de 5 000 euros, si le véhicule est acquis ou loué soit par une personne physique dont la cotisation d'impôt sur le revenu du foyer fiscal de l'année précédant l'acquisition ou la location du véhicule est nulle et dont la distance entre son domicile et son lieu de travail est supérieure à 30 kilomètres ou effectuant plus de 12 000 kilomètres par an dans le cadre de son activité professionnelle avec son véhicule personnel, soit par une personne physique dont le revenu fiscal de référence par part est inférieur ou égal à 6 300 euros ; () ".

3. Les requérants se prévalent de l'illégalité fautive des décisions de l'ASP des 8 août 2019 et 9 janvier 2020 portant rejet de leur demande d'aide.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 8 août 2019 :

4. Il résulte de l'instruction que, pour refuser d'accorder à M. A l'aide dite " prime à la conversion " sollicitée, l'ASP s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'attestation de l'employeur visant la qualité de " gros rouleur " était établie au nom de Mme A alors que le véhicule nouvellement acquis était immatriculé au nom de M. A.

5. Il résulte des dispositions de l'article D. 251-8 du code de l'énergie que la personne qui sollicite l'aide dite " prime à la conversion " en qualité de " gros rouleur " doit effectuer un trajet entre son domicile et son lieu de travail dont la distance est supérieure à 30 kilomètres ou effectuant plus de 12 000 kilomètres par an dans le cadre de son activité professionnelle avec son véhicule personnel. Si les requérants soutiennent que M. A a " réalisé les kilomètres permettant d'être éligible au bonus écologique ", il est constant que l'attestation de l'employeur visant la qualité de " gros rouleur " fournie par M. A à l'appui de sa demande concerne son épouse et non lui-même en tant que demandeur de la prime à la conversion. M. A ne remplit donc pas la condition posée à l'article D. 251-8 du code de l'énergie. Ainsi, c'est à bon droit que l'ASP a rejeté la demande de M. A au motif que l'attestation de l'employeur visant la qualité de " gros rouleur " n'était pas établie à son nom. Par suite, l'illégalité fautive de la décision du 8 août 2019 n'est pas établie.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 9 janvier 2020 :

6. Il résulte de l'instruction que, pour refuser d'accorder à Mme A l'aide dite " prime à la conversion " sollicitée, l'ASP s'est fondée sur le motif tiré de ce que le certificat d'immatriculation du véhicule faisant l'objet de la demande d'aide n'était pas établi à son nom, mais à celui de son conjoint.

7. Il résulte des dispositions de l'article D. 251-1 du code de l'énergie que la prime à la conversion est attribuée à toute personne physique majeure justifiant d'un domicile en France qui acquiert ou qui prend en location, dans le cadre d'un contrat d'une durée supérieure ou égale à deux ans, un véhicule automobile terrestre à moteur. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le demandeur de la prime à la conversion doit être propriétaire, ou locataire, du véhicule faisant l'objet de la demande d'aide, la circonstance qu'il soit usager du véhicule au titre duquel la prime est accordée étant sans incidence. Or, il est constant que le certificat d'immatriculation du véhicule au titre duquel Mme A a sollicité l'octroi de la prime à la conversion n'est pas établi à son nom, mais à celui de M. A. Ainsi, l'ASP a pu légalement rejeter la demande de Mme A. Par suite, l'illégalité fautive de la décision du 9 janvier 2020 n'est pas établie.

8. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de l'illégalité des décisions des 8 août 2019 et 9 janvier 2020 de nature à engager la responsabilité de l'Agence de service et de paiement. Les conclusions indemnitaires présentées par M. et Mme A doivent, par suite, être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par l'ASP.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Agence de services et de paiement, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent M. et Mme A au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

10. La présente instance ne comporte pas de dépens. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C A et à l'Agence de services et de paiement.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

L. Bazin

La présidente,

Signé

C. Galle La greffière,

Signé

T. Petr

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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