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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2003620

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2003620

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2003620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPORCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2020, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 octobre 2020 par laquelle le maire de Thiescourt l'a mis en demeure de régulariser, avant le 18 novembre 2020, les travaux non conformes au permis de construire PC n° 060 632 14 C 0002 délivré le 16 juin 2014 ;

2°) d'enjoindre au maire de Thiescourt de lui accorder un délai supplémentaire pour procéder à cette mise en conformité .

Il soutient que :

- il n'a pas été informé du contrôle ni des erreurs avant la réception de la décision attaquée ;

- l'implantation des portes et fenêtres côté rue et côté cour ainsi que leur installation ont été réalisées sur la base d'un plan différent de celui qui a été joint au dossier de permis de construire et qui n'était pas définitif ;

- l'annonce sur la plateforme Airbnb a été mal rédigée et modifiée ;

- il n'avait pas connaissance de son obligation d'informer la mairie de la présence d'un cabinet infirmier au sein de l'immeuble en raison de l'impact sur la destination de celui-ci ;

- il résulte de la vérification opérée par les services du service public de l'assainissement non collectif du Pays des Sources, que le dispositif d'assainissement individuel installé est conforme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2020, la commune de Thiescourt, représentée par Me Porcher, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit statué sur le caractère abusif de celle-ci et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de M. B dès lors qu'un procès-verbal d'infraction a été dressé et notifié à l'intéressé le 8 décembre 2020 et fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public ;

- les observations de M. B ;

- et les observations de Me Homehr, substituant Me Pocher représentant la commune de Thiescourt.

Considérant ce qui suit :

1. M. B s'est vu délivrer le 16 juin 2014 un permis de construire PC n° 060 632 14 C 0002 pour la construction d'un logement situé (ANO)167B rue de la Croix Blanche(ANO) sur le territoire de la commune de Thiescourt. Le 4 août 2020, il a déposé une déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux (DAACT) qui a été complétée le 10 août 2020. Par courrier du 14 août 2020 reçu le 18 août 2020, le maire de Thiescourt l'a mis en demeure de régulariser les travaux non conformes au permis délivré dans un délai de trois mois à compter de sa réception et l'a informé qu'une nouvelle DAACT devait lui être adressée. Le 26 octobre 2020, M. B a déposé une nouvelle DAACT et par courrier du 30 octobre 2020 reçu le 2 novembre 2020, le maire de Thiescourt l'a à nouveau mis en demeure de conformer les travaux réalisés au permis de construire délivré, et ce avant le 18 novembre 2020. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision du 30 octobre 2020 et à ce qu'il soit enjoint au maire de Thiescourt de lui accorder un délai supplémentaire pour mettre en conformité les travaux qu'il a réalisés sur sa propriété au permis de construire délivré.

Sur l'exception de non-lieu opposée par la commune :

2. La commune de Thiescourt soutient qu'il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions de M. B dès lors qu'un procès-verbal d'infraction lui a été notifié le 8 décembre 2020. Toutefois, cette circonstance n'a pas eu pour effet de faire perdre au présent litige son objet. Par suite, et dès lors que, en l'état du dossier, aucune décision de conformité n'est intervenue postérieurement à l'introduction de la requête, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune de Thiescourt doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il n'était ni présent lors des opérations de contrôle effectuées le 11 août 2020 par les services de la mairie de Thiescourt, ni même n'en avait été informé, dès lors qu'il est constant que les opérations de contrôle ont été réalisées depuis la voie publique sans pénétrer dans sa propriété et ne peuvent donc être regardées comme l'exercice par le maire de la commune du droit de visite dont il dispose pour vérifier la conformité des travaux réalisés et soumis comme tel aux formalités prévues par les articles L. 461-1 et suivants du code de l'urbanisme et par les dispositions de l'article R. 462-8 de ce code prises pour leur application. Par ailleurs, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été informé des erreurs relevées dans ses déclarations avant la réception de la mise en demeure de se conformer aux travaux attaquée, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a été informé par courrier du 14 août 2020 reçu le 18 août 2020 des non conformités relevées lors de ce contrôle.

4. En deuxième lieu, il est constant que l'implantation et l'installation des portes et des fenêtres côté rue et côté cour de l'immeuble diffèrent des indications figurant au plan qui a été joint au dossier de permis de construire. La circonstance, avancée par le requérant que ce plan n'était pas définitif, est sans incidence sur l'existence des non-conformités relevées à ce titre par le maire de la commune de Thiescourt et donc sur la légalité de la décision attaquée.

5. En troisième lieu, pour contester le motif de non-conformité tenant à ce que l'immeuble comporte, après travaux, sept pièces principales alors que le permis de construire a été délivré pour la construction d'un immeuble de quatre pièces principales dont trois chambres M. B se borne à soutenir que l'annonce de mise en location qu'il a fait paraître en ce sens sur le site " AirBnB ", mentionnant 5 chambres et des espaces de vie avec couchages pouvant accueillir un total de dix occupants a été mal rédigée, ce bien ne comportant, selon ses écritures, qu'une seule chambre. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier du maire de Thiescourt en date du 4 janvier 2021, que le requérant produit, sans aucunement en contester la teneur, que cette description est corroborée par des prospectus publicitaires distribués par l'intéressé et par le témoignage de locataires, que cette annonce, modifiée après la décision attaquée, fait état de trois chambres, et non d'une seule, que M. B a déclaré en 2017 que ce bien comportait six pièces principales pouvant accueillir dix occupants destinées à une activité de location touristique et qu'une pièce supplémentaire est utilisée par un professionnel de santé pour son activité de soins. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, la circonstance que M. B a porté à la connaissance de l'administration fiscale l'activité de soins exercée dans l'immeuble en vertu d'un bail conclu à effet du 26 octobre 2019 est sans incidence sur le bien-fondé du motif de non-conformité tiré de ce que cet immeuble, déclaré à usage d'habitation, a fait l'objet d'un changement de destination au regard du permis de construire accordé, et dont il n'est fait état sans aucune des DAACT déposées successivement.

7. En cinquième et dernier lieu, M. B n'établit pas, par les pièces qu'il produit, que le contrôle, du 10 février 2020, par le service public d'assainissement non collectif de la communauté de communes du Pays des Sources sur son immeuble a été réalisé sur la base des informations issues de son annonce " AirBnB " et que dès lors le dispositif d'assainissement non collectif de son immeuble est conforme à son usage. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée, à ce titre, d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les conclusions accessoires présentées par la commune de Thiescourt tendant à ce qu'il soit statué sur le caractère abusif de la requête de M. B :

9. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros. ".

10. La reconnaissance du caractère abusif d'une requête est un pouvoir propre du juge administratif. Par suite, les conclusions de la commune de Thiescourt présentées à cette fin, et alors que, en tout état de cause la requête de M. B ne présente pas ce caractère, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Thiescourt et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Thiescourt une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Thiescourt est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Thiescourt.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Binand, président,

Mme A et Mme D, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

D. A

Le président,

Signé

C. BINANDLe greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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