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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2003786

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2003786

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2003786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN - TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 novembre 2020 et le 19 mai 2021, Mme B D demande au tribunal d'annuler la délibération en date du 25 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Nièvre et Somme a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal Val de Nièvre et environs, en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section B n°s 237, 238, 317 sur le territoire de la commune de Franqueville, en zone agricole.

Elle soutient que la délibération attaquée est entachée, dans cette mesure, d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2021, la communauté de communes Nièvre et Somme, représentée par Me Quennehen, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public,

- et les observations de Me Delort, substituant Me Quennehen représentant la communauté de communes Nièvre et Somme.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 25 février 2020 la communauté de communes Nièvre et Somme a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) Val de Nièvre et environs. Mme D, propriétaire des parcelles cadastrées section B 237, 238, 317 sur le territoire de la commune de Franqueville, a formé un recours gracieux le 29 juin 2020. Par la présente requête, elle doit être regardée comme demandant l'annulation de cette délibération en tant qu'elle classe ses parcelles en zone agricole ensemble la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige, : " le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit : 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Enfin, il résulte des dispositions du règlement du PLUi que " la zone A correspond aux espaces agricoles. Ces espaces aujourd'hui majoritaires sur le territoire correspondent aux espaces cultivés, aux sièges d'exploitation et aux bâtiments liés à l'agriculture ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

4. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à modifier le zonage ou les activités autorisées dans une zone déterminée, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

5. En l'espèce, les auteurs du PLUi ont constaté dans le dossier 1.3 " état initial de l'environnement " du rapport de présentation que le territoire du Val de Nièvre est composé à 94 % d'espaces agricoles et de boisements ainsi que dans le dossier 1.2 " consommation d'espaces et capacités de densification " que la consommation des espaces agro-naturels s'est élevée entre 2006 et 2016 à plus de 46 hectares. Il ressort des pièces du dossier, notamment, de l'orientation n° 2 intitulée " renouveler l'image du territoire : s'appuyer sur ses atouts pour développer son attractivité " du projet d'aménagement et de développement durables (PADD), que les auteurs du PLUi ont souhaité " renouveler la production de logements " en vue de développer l'attractivité résidentielle, d'une part, par la valorisation du cadre de vie et le renouvellement urbain en le cantonnant toutefois au sein du tissu constitué afin de limiter l'étalement urbain et, d'autre part, par une densification des secteurs centres-villes/centres-bourgs. Par ailleurs, l'orientation n° 1 intitulée " conforter l'identité du Val de Nièvre " du PADD assigne l'objectif de préservation des grands ensembles naturels structurant le paysage qui présentent des qualités environnementales majeures par la maîtrise de l'urbanisation et son impact sur les espaces naturels, agricoles et forestiers justifiant, au sein du règlement graphique, la définition de larges zones agricoles.

6. Il ressort également des pièces du dossier que les parcelles cadastrées n°s B 237, 238, 317 de Mme D, sont situées au sud du territoire de la commune de Franqueville dans la continuité du tissu urbain qui s'étire le long de la rue principale. Toutefois, le tissu urbain se délite quelque peu au niveau des parcelles de la requérante, non bâties, et qui s'ouvrent à l'est sur un vaste secteur agricole vierge de toute construction. Par suite, et alors même que les parcelles sont raccordées aux réseaux publics et que l'intéressée a antérieurement bénéficié d'un certificat d'urbanisme positif, leur classement en zone A n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il traduit les objectifs du PADD cités au point précédent.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération attaquée en tant qu'elle classe ses parcelles en zone agricole.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté de commune Nièvre et Somme et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Mme D versera à la communauté de commune Nièvre et Somme une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à la communauté de communes Nièvre et Somme et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Binand, président,

Mme A et Mme C, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

D. A

Le président,

signé

C. Binand

Le greffier,

signé

N. Verjot

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2003786

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