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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2003841

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2003841

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2003841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLLC ET ASSOCIES - BUREAU BOULOGNE SUR MER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2008515 du 27 novembre 2020, enregistrée au greffe le même jour, le président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal administratif d'Amiens le dossier de la requête de Mme D F en application de l'article R. 761-5 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2020, Mme D F, représentée par Me Dewattine, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de réformer l'ordonnance n° 1701733-9 du 27 octobre 2020 par laquelle le président du tribunal administratif de Lille a taxé les frais et honoraires de l'expertise portant sur les nuisances sonores générées par la salle " Le Chaudron " à la somme de 20 191, 19 euros toutes taxes comprises et les a mis à sa charge ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Portel les frais et honoraires de cette expertise ;

3°) de diminuer le montant des frais et honoraires liés à cette expertise.

Elle soutient que :

- les frais et honoraires liés à l'expertise auraient dû être mis à la charge de la commune du Portel dès lors que l'expert a reconnu que les nuisances sonores générées par la salle " Le Chaudron " étaient dues au défaut d'adoption de mesures de police administrative adaptées par son maire ;

- les frais de reprographie accordés à l'expert sont trop élevés ;

- le montant des honoraires doit être diminué dès lors que le nombre d'heures de travail de l'expert n'est pas précisément établi et est excessif et que l'expert n'a produit le rapport qu'au terme d'un délai de plus de trois ans.

Par des mémoires, enregistrés les 14 décembre 2020 et 31 mai 2021, M. G C, représenté par Me Gruosso, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la réforme du montant des frais et honoraires pour le porter à une somme de 23 163, 59 euros toutes taxes comprises et d'en fixer le solde à 18 163, 59 euros toutes taxes comprises ;

3°) à ce que soit mise à la charge de Mme F une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est tardive est par suite irrecevable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- le montant total de ses frais et honoraires s'élève à la somme de 23 163, 59 euros toutes taxes comprises ;

- l'ordonnance attaquée n'a pas pris en compte l'allocation provisionnelle de

5 000 euros toutes taxes comprises déjà versée.

Par un mémoire, enregistré le 6 juillet 2021, le président du tribunal administratif de Lille conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 30 mars 2022, la commune du Portel, représentée par

Me Leroy, conclut :

1°) au rejet de la requête en tant qu'elle demande de mettre à sa charge les frais et honoraires de cette expertise portant sur les nuisances sonores générées par la salle " Le Chaudron " ;

2°) de diminuer le montant des frais et honoraires liés à cette expertise.

Elle soutient que :

- le montant des frais et honoraires liés à l'expertise est excessif ;

- les frais et honoraires doivent être mis à la charge de Mme F dès lors que sa responsabilité dans les nuisances sonores générées par la salle " Le Chaudron " n'est pas établie.

Par ordonnance du 21 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 15 juillet 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance du 18 avril 2017, le président du tribunal administratif de Lille a désigné M. G C pour réaliser les opérations d'expertise portant sur les nuisances sonores générées par la salle " Le Chaudron " sise dans la commune du Portel comme suite à la requête de Mme D F et de M. E F, son fils. Ces opérations ont été étendues au contradictoire par des ordonnances des 27 juillet 2017 et 8 février 2018, d'une part, de la région Hauts-de-France, propriétaire et maître d'ouvrage de la salle, et, d'autre part, de

M. A B, architecte concepteur de la salle, et de la société Marc Mimram. Après le dépôt du rapport d'expertise le 21 juillet 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille, par une ordonnance du 27 octobre 2020 dont Mme F demande la réformation, a liquidé et taxé ses frais et honoraires à la somme de 20 191, 19 euros toutes taxes comprises et les a mis à la charge de Mme F.

Sur la fin de non-recevoir opposée par M. C :

2. Aux termes de l'article R. 761-5 du code de justice administrative : " Les parties, l'Etat lorsque les frais d'expertise sont avancés au titre de l'aide juridictionnelle ainsi que, le cas échéant, l'expert, peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4 devant la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance. / () Le recours mentionné au précédent alinéa est exercé dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance sans attendre l'intervention de la décision par laquelle la charge des frais est attribuée ".

3. La requête de Mme F tendant à la réformation de l'ordonnance du 27 octobre 2020 a été enregistrée le 26 novembre 2020. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'elle est tardive et par suite irrecevable.

Sur les conclusions tendant à la réformation de l'ordonnance du 27 octobre 2020 :

4. D'une part, aux termes de l'article R. 621-11 du code de justice administrative : " Les experts et sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 ont droit à des honoraires, sans préjudice du remboursement des frais et débours. / Chacun d'eux joint au rapport un état de ses vacations, frais et débours. Dans les honoraires sont comprises toutes sommes allouées pour étude du dossier, frais de mise au net du rapport, dépôt du rapport et, d'une manière générale, tout travail personnellement fourni par l'expert ou le sapiteur et toute démarche faite par lui en vue de l'accomplissement de sa mission. / Le président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement () fixe par ordonnance, conformément aux dispositions de l'article R. 761-4, les honoraires en tenant compte des difficultés de l'opération, de l'importance, de l'utilité et de la nature du travail fourni par l'expert () et des diligences mises en œuvre pour respecter le délai mentionné à l'article R. 621-2. Il arrête sur justificatifs le montant des frais et débours qui seront remboursés à l'expert () ". Aux termes de l'article R. 621-13 du même code : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du Tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5 ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 761-5 du même code : " Les parties, ainsi que, le cas échéant, l'expert, peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4 devant la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance. / Sauf lorsque l'ordonnance émane du président de la section du contentieux du Conseil d'État, la requête est transmise sans délai par le président de la juridiction à un tribunal administratif conformément à un tableau d'attribution arrêté par le président de la section du contentieux. / Le président de la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance ou, au Conseil d'État, le président de la section du contentieux est appelé à présenter des observations écrites sur les mérites du recours. / Le recours mentionné au précédent alinéa est exercé dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance sans attendre l'intervention de la décision par laquelle la charge des frais est attribuée ".

6. L'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquide et taxe les frais et honoraires d'expertise revêt un caractère administratif et non juridictionnel. Le recours dont elle peut faire l'objet en application des dispositions précitées de l'article R. 761-5 du code de justice administrative est un recours de plein contentieux par lequel le juge détermine les droits à rémunération de l'expert ainsi que les parties devant supporter la charge de cette rémunération. Il appartient à la juridiction saisie de réduire le montant des honoraires, frais et débours qui lui paraissent excessifs. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur la régularité des opérations de l'expertise. La taxation des honoraires prend en compte les difficultés des opérations, l'importance, l'utilité et la nature du travail fourni par l'expert.

En ce qui concerne le montant des frais et des honoraires de l'expert :

7. En premier lieu, il résulte des termes mêmes de l'article 1er de l'ordonnance attaquée que le magistrat désigné a pris en compte l'allocation provisionnelle de 5 000 euros qui avait été accordée à M. C par une ordonnance du 26 mai 2020 et a, par suite, fixé le solde à verser à ce dernier à la somme de 15 191, 19 euros toutes taxes comprises. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que cette allocation n'aurait pas été prise en compte dans le calcul du solde.

8. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que l'expert n'a pas accompli les diligences nécessaires pour réaliser ses missions alors que l'expertise a été étendue à trois reprises dont la dernière en juin 2019. Dans ces conditions, Mme F n'est pas fondée à soutenir que le montant des frais et des honoraires devrait être diminué pour cette raison, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que les opérations d'expertise aient duré trois ans.

9. En troisième lieu, si le prix des photocopies en couleurs tel que fixé par l'ordonnance attaquée est justifié, le cout unitaire des copies en noir et blanc fixée à 30 centimes est excessif et l'expert n'établit pas avoir dû imprimer plus de 4 000 pages alors qu'il n'est pas contesté qu'il n'a adressé aux parties qu'environ 70 pages pour les notes et la synthèse, tandis que le rapport d'expertise et ses annexes leur ont été adressés sur support numérique. Il y a dès lors lieu de réduire le cout unitaire des copies noir et blanc de 10 centimes et de réduire de moitié le nombre total de copies. Par ailleurs, si M. C soutient avoir dû louer un appareil pour réaliser les mesures acoustiques fondant son rapport d'expertise et acheter un ouvrage explicitant les normes en matière d'isolation phonique, ces éléments font partie de ceux qu'un spécialiste est censé détenir pour exercer et dont le coût est réputé inclus dans le montant horaire de ses honoraires. Dans ces conditions, et alors que ses frais de déplacements et postaux ne sont pas utilement contestés, il convient de ramener le montant des frais de l'expert à la somme de 2 908, 77 euros hors taxes soit 3 401, 39 euros toutes taxes comprises.

10. En quatrième lieu, il est constant que les opérations d'expertises ont consisté principalement en six réunions contradictoires, deux opérations de mesures acoustiques lors d'une rencontre sportive et d'un concert au sein de la salle " Le Chaudron ", une analyse de l'insonorisation de cette salle et du pavillon de Mme F ainsi que des échanges avec les parties d'une ampleur raisonnable. Par ailleurs, le tarif horaire de la vacation de l'expert a été fixé à 135 euros hors taxes et le tarif horaire des déplacements et du secrétariat fixé à

67, 50 euros de l'heure.

11. Il résulte de l'instruction que les 15, 5 heures de secrétariat qui ont été facturées par l'expert sont, ainsi que le soutient Mme F, redondantes avec les 15, 1 heures de rédaction de correspondances administratives qu'il convient dès lors de supprimer du décompte. Par ailleurs, les 14, 6 heures de travail déclarées par l'expert pour ses déplacements ainsi que les 13, 5 heures de réunion ne sont pas utilement remises en cause. En outre, il sera fait une juste appréciation du volume horaire nécessaire pour collecter et analyser les données nécessaires à l'expertise en dehors des réunions et de celui nécessaire pour rédiger le rapport, ses annexes et les notes aux parties, en les fixant respectivement à 10 heures et 18 heures. Dans ces conditions, il convient de ramener le montant des honoraires de l'expert à la somme de 7 634, 25 euros hors taxes soit 9 161, 10 euros toutes taxes comprises.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme F et la commune du Portel sont fondées à demander au tribunal de réformer l'ordonnance du 27 octobre 2020 en tant qu'elle a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expert à hauteur de 20 191, 19 euros toutes taxes comprises pour être ramenés à la somme de 12 562, 49 euros toutes taxes comprises.

En ce qui concerne la prise en charge des frais et des honoraires de l'expert :

13. Si, en vertu des règles générales de procédure, c'est aux demandeurs qu'il appartient d'avancer les frais des mesures d'instruction réclamées par eux ou ordonnées d'office par le juge, l'article R. 621-13 du code de justice administrative permet au président du tribunal, statuant sur la charge des frais et honoraires d'une expertise ordonnée par le juge des référés, de déroger à ces règles générales en disposant que son ordonnance désigne la ou les parties devant en assumer la charge.

14. Aux termes de son rapport, l'expert conclut que les troubles qui affectent la résidence de Mme F ont pour origine l'insuffisance des mesures de police prises par la commune du Portel pour limiter les nuisances dues au public de la salle " le Chaudron ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire supporter par la commune du Portel 25 % des frais et honoraires de l'expertise ordonnée à la demande de Mme F dans l'attente, le cas échéant, de la fixation de leur charge définitive par le juge du fond, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que la responsabilité de cette commune ne soit pas établie à ce stade.

15. Il résulte de tout ce qui précède que, d'une part, Mme F et la commune du Portel sont uniquement fondées à demander au tribunal de ramener à la somme de

12 562, 49 euros toutes taxes comprises les frais et honoraires de l'expert et que, d'autre part, Mme F est uniquement fondée à demander au tribunal de mettre à la charge de la commune du Portel 25 % des frais et honoraires de l'expertise.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Mme F, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais engagés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le montant des frais et honoraires accordés à M. C par l'ordonnance de taxation du 27 octobre 2020 est ramené à la somme de 12 562, 49 euros toutes taxes comprises.

Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise sont mis à la charge de la commune du Portel à hauteur de 25 %.

Article 3 : L'ordonnance du 27 octobre 2020 est réformée en ce qu'elle a de contraire aux articles 1er et 2 du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F, à M. G C, au président du tribunal administratif de Lille et à la commune du Portel.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-France, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2003841

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