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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2004021

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2004021

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2004021
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2020, Mme A B C, représentée par Me Hassani, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 octobre 2020 par laquelle le directeur du groupe hospitalier public du Sud de l'Oise (GHPSO) a rompu son contrat de travail pour abandon de poste à compter du 15 octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre au GHPSO de prononcer sa réintégration à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le GHPSO à lui verser une somme de 50 000 euros en réparation des préjudices subis ;

4°) de mettre à la charge du GHPSO la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle ne prend pas en considération la prolongation de son arrêt de travail du 29 septembre 2020 ;

- elle justifie de préjudices qu'elle évalue à un montant de 50 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2021, le groupe hospitalier public du Sud de l'Oise (GHPSO), représenté par Me Chartrelle, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B C une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une réclamation indemnitaire préalable en méconnaissance des dispositions de l'alinéa 2 de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 8 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Chartrelle, représentant le GHPSO.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, a été recrutée, le 29 août 2016, par le groupe hospitalier public du Sud de l'Oise (GHPSO) en qualité d'agent des services hospitaliers contractuel, tout d'abord dans le cadre d'un contrat à durée déterminée, puis à durée indéterminée à compter du 4 janvier 2019 pour exercer ses fonctions au sein du service unité de soins longue durée (USLD) situé sur le site de Senlis. A la suite d'un accident de travail survenu le 28 mai 2019, Mme B C a été placée en congé maladie. Par courrier reçu le 3 octobre 2020, la directrice des ressources humaines de l'établissement l'a mise en demeure de reprendre ses fonctions dès le lendemain de la réception de ce courrier. Par décision du 8 octobre 2020, le directeur du GHPSO l'a placée en congé sans traitement pour absences injustifiées du 5 au 14 octobre 2020. Par décision du 9 octobre suivant, le directeur de l'établissement a mis un terme à son contrat de travail pour abandon de poste à compter du 15 octobre 2020. Mme B C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette dernière décision, d'enjoindre à l'établissement de la réintégrer dans ses fonctions et de le condamner à lui verser une indemnité de 50 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 octobre 2020:

2. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

3. Par courrier reçu le 3 octobre 2020, la directrice des ressources humaines de l'établissement a mis en demeure Mme B C de reprendre ses fonctions dès le lendemain de la réception de ce courrier, faute de quoi il sera mis un terme à son contrat de travail pour abandon de poste sans procédure disciplinaire préalable. Il ressort des pièces du dossier que le médecin généraliste de la requérante a prolongé à trois reprises l'arrêt de travail de celle-ci, pour les périodes du 26 juin au 7 septembre 2020, du 31 août 2020 au 2 octobre 2020 et du 29 septembre au 2 novembre 2020. Le GHPSO ne conteste pas avoir reçu ce dernier arrêt de travail et a, au demeurant, reconnu dans la décision attaquée avoir reçu l'avis du médecin traitant. Si le GHPSO se prévaut de l'expertise médicale du 24 août 2020 qui fait état de l'aptitude de l'intéressée à reprendre l'exercice de ses fonctions d'agent de service hospitalier en les aménageant pendant les trois premiers mois, il est constant que la prolongation de l'arrêt de travail précité est intervenue après cette expertise. Ainsi, en transmettant au GHPSO ses arrêts de travail du 31 août et du 2 octobre 2020, qui n'avaient pas à faire état d'éléments nouveaux par rapport à la simple expertise médicale précitée, expertise qui n'a au demeurant été suivi d'aucun avis du comité médical tel que prévu à l'article 16 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière, Mme B C a manifesté son intention de ne pas abandonner son poste de travail. Par suite, en l'absence d'une rupture du lien entre l'intéressée et le service, en mettant un terme au contrat de travail de Mme B C pour abandon de poste, le GHPSO a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du 9 octobre 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique nécessairement que Mme B C soit réintégrée à la date de prise d'effet de la décision de fin de son contrat pour abandon de poste, soit le 15 octobre 2020. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au GHPSO de réintégrer Mme B C, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par la requérante ou pour son compte, des conclusions tendant au versement d'une somme d'argent sont irrecevables.

7. Par un courrier qui lui a été adressé le 7 juin 2021 par le greffe du tribunal, notifié le 24 juin suivant, Mme B C a été invitée à produire la preuve du dépôt d'une demande indemnitaire préalable. Ce courrier l'informait qu'à défaut de production dans un délai de quinze jours, les conclusions indemnitaires de sa requête seraient considérées comme irrecevables. En dépit de ce courrier et de la fin de non-recevoir opposée à ce titre par le GHPSO, Mme B C n'a pas justifié avoir adressé au GHPSO une demande préalable de nature à faire naître une décision expresse ou implicite susceptible d'être déférée au tribunal. Par suite, ses conclusions indemnitaires sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GHPSO une somme de 1 500 euros à verser à Mme B C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 octobre 2020 par laquelle le directeur du groupe hospitalier public du Sud de l'Oise a mis fin à son contrat de travail pour abandon de poste est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du groupe hospitalier public du Sud de l'Oise de réintégrer Mme B C dans son emploi à la date du 15 octobre 2020 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le groupe hospitalier public du Sud de l'Oise versera à Mme B C une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme B C est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par le groupe hospitalier public du Sud de l'Oise sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C et au groupe hospitalier public du Sud de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

La présidente,

signé

C. Galle La greffière,

signé

T. Petr

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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