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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2004136

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2004136

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2004136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP DELARUE - VARELA - MARRAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2020 sous le n° 2004136, Mme C épouse D, représentée par Me Varela Fernandes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 novembre 2020 par laquelle le directeur des ressources humaines du centre hospitalier Philippe Pinel, devenu l'établissement public de santé mentale de la Somme, l'a placée en congé pour invalidité temporaire non imputable au service ;

2°) de mettre à la charge de l'EPSM de la Somme la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle n'a pas été précédée de l'avis de la commission de réforme en méconnaissance des dispositions de l'article 35-6 du décret n° 2020-566 du 13 mai 2020 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 35-5 du décret n° 2020-566 du 13 mai 2020 dès lors qu'elle retire la décision du 15 septembre 2020 qui la place en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre définitif et non à titre conservatoire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle justifie d'une rechute de son état de santé le 8 septembre 2020 en lien avec l'accident de service du 29 juin 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2021, l'établissement public de santé mentale de la Somme conclut au non-lieu à statuer sur la requête de Mme C épouse D.

Il soutient que la requête a perdu son objet, dès lors que la décision du 15 novembre 2020 a été retiré en cours d'instance par la décision du 15 février 2021.

Par ordonnance du 8 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2022.

II- Par une requête, enregistrée le 9 avril 2021 sous le n° 2101278, Mme C épouse D, représentée par Me Varela Fernandes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 février 2021 par laquelle le directeur des ressources humaines du centre hospitalier Philippe Pinel, devenu l'établissement public de santé mentale de la Somme, a retiré sa décision du 4 novembre 2020, a pris en charge l'arrêt de travail du 8 au 22 septembre 2020 au titre de l'accident de service et a pris en charge les arrêts de travail à compter du 23 septembre 2020 au titre de la maladie ordinaire ;

2°) mettre à la charge de l'EPSM de la Somme la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 CJA.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle justifie d'une rechute de son état de santé le 8 septembre 2020 en lien avec l'accident de service du 29 juin 2020 ;

- la décision attaquée retire une décision du " 15 " novembre 2020 qui n'existe pas.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2021, l'établissement public de santé mentale de la Somme conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme C épouse D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 6 août 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°2020-566 du 13 mai 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse D, qui exerce les fonctions d'infirmière psychiatrique au sein du service de de l'établissement public de santé mentale de la Somme, a été victime, le 29 juin 2020, d'une chute sur son lieu de travail qui lui a causé des douleurs au niveau de la cheville et du genou gauches. Par décision du 30 juin 2020, le directeur des ressources humaines de l'établissement a reconnu cet accident comme imputable au service ainsi que les soins du 30 juin 2020 au 10 juillet 2020 inclus. Par décisions des 8 juillet et 16 juillet 2020, l'arrêt de travail de l'intéressée du 3 au 9 juillet 2020 ainsi que les soins du 10 juillet au 10 septembre 2020 ont été reconnus comme imputables au service. Par décision du 15 septembre 2020, Mme C épouse D a été placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service et son arrêt de travail pour la période du 8 au 22 septembre 2020 inclus a été reconnu comme imputable au service. A la suite du rapport d'expertise médicale établi le 28 octobre 2020, le directeur de l'EPSM a, par une décision du 4 novembre 2020, retiré la décision du 15 septembre 2020, et a placé Mme C épouse D en congé maladie ordinaire à compter du 8 septembre 2020. Par la requête n° 2004136, Mme C épouse D demande au tribunal d'annuler cette dernière décision. Par une décision du 15 février 2021, le directeur de l'établissement a fixé la date de guérison au 11 juillet 2020, a retiré la décision du 4 novembre 2020, a reconnu l'arrêt de travail du 8 au 22 septembre 2020 comme imputable au service et a placé la requérante en congé de maladie ordinaire pour les périodes d'absence à partir du 23 septembre 2020. Par la requête n° 2101278, Mme C épouse D demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

2. Les requêtes n° s 2004136 et 2101278 présentent à juger la situation d'un même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

3. Lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 février 2021 :

4. En premier lieu, par arrêté du 27 janvier 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Somme du 29 janvier suivant, M. E, directeur de l'établissement public de santé mentale de la Somme, a donné délégation de signature à M. F B, directeur adjoint en charge des ressources humaines, à l'effet de signer, notamment les actes, décisions, notes d'information, pièces et correspondances relatifs au déroulement des carrières des fonctionnaires, à leur affectation et aux positions statutaires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. F B manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 dans sa rédaction applicable au litige : " I. Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () ".

6. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Le bénéfice de ces dispositions est soumis à la condition que la maladie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions.

7. Il ressort des pièces du dossier que le 29 juin 2020, Mme C épouse D, a chuté après avoir heurté le pied d'un fauteuil de prélèvement, ce qui lui a occasionné des douleurs au niveau de la cheville et du genou gauches. L'intéressée soutient que ces douleurs se sont aggravées lorsqu'elle a repris son activité le 25 juillet 2020 après qu'elle a été placée en arrêt de travail du 3 au 9 juillet 2020 puis en congés annuels du 10 au 24 juillet 2020 et estime que cette aggravation est imputable à l'accident de service qu'elle a subi le 29 juin 2020. Toutefois, l'expertise médicale du 28 octobre 2020 conclut que la nature des lésions actuelles constatées par radiographie n'est plus en lien direct, unique et certain avec l'accident, et que les examens réalisés attestent de l'existence d'une arthrose débutante, non significative et " surtout bilatérale " ainsi que de l'antériorité de ces lésions par rapport à l'accident, lesquelles ne constituent pas une rechute. Si Mme C épouse D soutient que les douleurs au niveau de la cheville et du genou gauches déclarées dans le rapport d'enquête administrative d'accident du travail du 30 juin 2020 ont été reprises par le certificat médical initial ainsi que par les certificats de prolongation, ces documents, qui se bornent à identifier une " chute mécanique " au titre de la cause de ces douleurs, sont très peu circonstanciés. De plus, si les autres documents produits par la requérante, à savoir les IRM du 22 septembre 2020, le certificat du rhumatologue du 16 octobre 2020, le bilan diagnostic khinésithérapeutique du 21 octobre 2020 et le certificat du médecin du sport du 16 décembre 2020, font état des douleurs présentées par la requérante au niveau de la cheville et du genou gauches, ils ne permettent pas d'établir l'existence d'un lien direct entre celles-ci et l'accident de service du 29 juin 2020. Dans ces conditions, Mme C épouse D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C épouse D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 15 février 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 novembre 2020 :

9. Il ressort des pièces du dossier que le directeur de l'EPSM de la Somme a, par une décision du 4 novembre 2020, retiré sa décision du 15 septembre 2020, et a placé Mme C épouse D en congé maladie ordinaire à compter du 8 septembre 2020. Par la décision du 15 février 2021, le directeur de l'EPSM de la Somme a procédé au retrait de sa décision du 4 novembre 2020, a placé Mme C épouse D en congé pour invalidité temporaire imputable au service et a reconnu comme imputable au service son arrêt de travail pour la période du 8 au 22 septembre 2020 inclus, puis a placé l'intéressée en congé maladie ordinaire à compter du 23 septembre 2020. A cet égard, si cette dernière décision mentionne dans son dispositif qu'elle procède au retrait de la décision du " 15 " novembre 2020 au lieu de celle du 4 novembre 2020 précitée, cette erreur, qui n'est pas présente dans les motifs de la décision, ne peut être que matérielle en ce qu'elle a pour objet de retirer la décision de congé pour invalidité temporaire non imputable au service et de reconnaître l'imputabilité au service de l'arrêt de travail de l'intéressé sur 8 au 22 septembre 2020 qui correspondent respectivement à l'objet et à la période mentionnés dans la décision du 4 novembre 2020. Par suite, compte tenu de ce qui a été dit au point 3 et du rejet des conclusions d'annulation dirigées contre la décision de retrait en date du 15 février 2021, les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C épouse D dans la requête n° 2004136 sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Pour les motifs exposés au point 9, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction présentées dans la requête n° 2004136. D'autre part, l'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées dans la requête n°2101278, n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés aux litiges :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'établissement public de santé mentale de la Somme la somme demandée par Mme C épouse D au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens dans la requête n° 2004136.

12. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'établissement public de santé mentale de la Somme, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme C épouse D au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens dans la requête n° 2101278. De plus, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative dès lors que l'EPSM de la Somme ne justifie pas avoir exposé des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par Mme C épouse D dans la requête n° 2004136.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2004136, et la requête n° 2101278 de Mme C épouse D, sont rejetés.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'établissement public de santé mentale de la Somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans la requête n° 2101278 sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C épouse D et à l'établissement public de santé mentale de la Somme.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

La présidente,

signé

C. Galle La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° s 2004136 et 2101278

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