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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100398

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100398

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 5 février 2021 et le 4 avril 2022, l'association Les Galiciens et Mme B D, représentées par Me Szymanski, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Rethondes ne s'est pas opposé à la réalisation des travaux déclarés par la société Hivory le 20 juillet 2020 pour la construction d'une station relais de radiotéléphonie mobile sur un terrain situé rue des Bois sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rethondes la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le pétitionnaire ne justifie pas sa qualité pour déposer la déclaration préalable en méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme dès lors que l'implantation du projet est située dans le périmètre de protection rapprochée instauré par la déclaration d'utilité publique du 12 octobre 2015 ;

- il méconnaît les articles N3, N6, N2 et N11, et N13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Rethondes.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 juillet 2021 et le 30 mai 2022, la société par action simplifiée (SAS) Hivory, représentée par Me Cloëz, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérantes la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que la requête est irrecevable dès lors que l'association Les Galiciens et Mme D ne justifient pas d'un intérêt à agir et que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 juillet 2021 et le 23 mai 2022, la commune de Rethondes, représentée par Me Tourbier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérantes la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne démontrent pas avoir procédé à une notification au bénéficiaire de la décision contestée et qu'ils ne justifient pas d'un intérêt à agir et que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, président ;

- les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public ;

- et les observations de Me Delort pour la commune de Rethondes.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Hivory a déposé, le 20 juillet 2020, une déclaration préalable en vue de l'installation d'une station relais de radiotéléphonie mobile sur un terrain situé rue des Bois sur le territoire de la commune de Rethondes couverte par un plan local d'urbanisme (PLU). Par un arrêté du 28 septembre 2020, le maire de Rethondes ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable de travaux. Par la présente requête, l'association Les Galiciens et Mme D demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'article 2 des statuts de l'association Les Galiciens, dont la création a été déclarée à la préfecture de l'Oise le 19 juin 2015, prévoit que cette association de particuliers a notamment pour objet " la protection et la défense de leurs espaces immobiliers pour le maintien de leur qualité de vie et la protection de leur environnement ". Eu égard à l'objet trop général et éloigné des considérations d'urbanisme de l'association Les Galiciens, et alors que le projet en cause consiste uniquement en l'installation d'une antenne-relais à l'extérieur de la trame urbaine, en secteur naturel du règlement graphique du PLU de la commune, dans une zone arborée, l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre l'arrêté de non-opposition à la déclaration préalable litigieux. Il convient par suite d'accueillir la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la commune de Rethondes et la SAS Hivory.

3. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les parcelles où se situent la propriété de Mme D, ne sont séparées de la parcelle d'assiette du projet que par la parcelle cadastrée section AA 137 vierge de toute construction et qui constitue une voie privée de quelques mètres de largeur seulement. Il ressort également des pièces du dossier que la parcelle d'assiette du projet ne comporte que quelques arbres ne masquant pas l'antenne-relais en litige qui serait rendue visible par sa hauteur depuis le jardin de Mme D qui se situe, selon le plan de masse produit, à une distance d'une cinquantaine de mètres. Eu égard à ces éléments, qui sont de nature à affecter directement les conditions de jouissance de son bien par Mme D, il convient d'écarter la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt à agir de cette dernière opposée par la commune de Retondes et la SAS Hivory.

4. Enfin, contrairement à ce que soutient la commune de Rethondes, il ressort des pièces du dossier que le recours contentieux a été notifié à la SAS Hivory le 8 février 2021. Par ailleurs, il ressort du constat d'huissier du 30 décembre 2021, non contesté, que l'arrêté attaqué n'a pas fait l'objet d'un affichage satisfaisant, compte tenu de l'endroit où il a été effectué, aux prescriptions de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Rethondes tirée de l'absence de l'accomplissement des formalités de notification au déclarant prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. / Le permis de démolir peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les travaux envisagés sont de nature à compromettre la protection ou la mise en valeur du patrimoine bâti ou non bâti, du patrimoine archéologique, des quartiers, des monuments et des sites ". Aux termes de l'article L. 421-7 du même code : " Lorsque les constructions, aménagements, installations et travaux font l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à leur exécution ou imposer des prescriptions lorsque les conditions prévues à l'article L. 421-6 ne sont pas réunies ".

6. Il résulte de l'article 6.3 de l'arrêté du préfet de l'Oise du 12 octobre 2015 portant déclaration d'utilité publique des travaux de dérivation des eaux, d'établissement des périmètres de protection des captages 0105-IX-0266 situés sur le territoire de la commune de Rethondes et d'autorisation d'utilisation et de distribution de l'eau en vue de la consommation humaine, dont il n'est pas contesté qu'il figure en annexe de PLU de la commune, qu'est interdit, dans le périmètre de protection rapprochée du captage d'eau, l'établissement de toute nouvelle construction superficielle ou souterraine, même provisoire et autres que celles qui s'avèrent nécessaires à l'exploitation et à l'entretien des points d'eau. Il est constant que la station-relais projetée, qui constitue une construction, se situe à l'intérieur de ce périmètre de protection rapprochée. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, en ne s'opposant pas à la construction en litige, méconnaît les dispositions de l'article L. 421-7 du code de l'urbanisme.

7. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article N11 du règlement du PLU relatives aux clôtures : " les clôtures seront constituées d'une haie sur le mode des haies d'essences forestières doublées ou non d'un grillage ".

8. Il ressort de la notice explicative jointe au dossier que le projet d'implantation de l'antenne-relais, qui est une construction ainsi qu'il a été dit, sera délimitée par une clôture seulement grillagée. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article N11 du règlement du PLU de la commune de Rethondes citées au point précédent.

9. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'apparaît susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et alors que le vice relevé au point 6 n'est pas susceptible, en l'état de l'instruction, d'être régularisé sans changer la nature même du projet, que Mme D est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2020 du maire de la commune de Rethondes.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme D, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Rethondes et la SAS Hivory au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. La commune de Rethondes et la SAS Hivory ne pouvant être regardées comme parties perdantes à l'égard de l'association Les Galiciens, dont les conclusions sont irrecevables, ainsi qu'il a été dit au point 2, les conclusions que cette dernière présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Rethondes et de la SAS Hivory la somme totale de 1 500 euros que Mme C demande sur le fondement de ces mêmes dispositions. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association les Galiciens le versement d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par la commune de Rethondes et la SAS Hivory à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 septembre 2020 du maire de la commune de Rethondes est annulé.

Article 2 : La commune de Rethondes et la SAS Hivory verseront à Mme D la somme totale de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'association Les Galiciens, par la commune de Rethondes et par la SAS Hivory sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Les Galiciens, à Mme B D, à la société par actions simplifiée Hivory et à la commune de Rethondes.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Binand, président-rapporteur,

Mme Beaucourt, conseillère et M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

C. Binand

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

P. BeaucourtLe greffier,

Signé

N. Verjot

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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