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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100414

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100414

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 février 2021 et 31 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Jamais, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020, par laquelle le maire de la commune d'Auchonvillers a refusé de la titulariser, a procédé à son licenciement et l'a radiée des effectifs de la collectivité ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Auchonvillers de la réintégrer au sein des effectifs de la collectivité dans le délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Auchonvillers une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est illégale, dès lors qu'elle doit s'analyser comme un licenciement en cours d'exécution de son contrat, alors que son contrat initial conclu pour une durée d'un an à compter du 18 février 2019 aurait dû être renouvelé pour une même durée à compter du 18 février 2020, contrairement à ce qui résulte de la décision du 14 octobre 2020 de renouveler son contrat pour une durée de 9 mois à compter de cette dernière date, dont elle précise toutefois ne pas exciper de l'illégalité ;

- au surplus, la durée de ses contrats aurait dû être fixée en tenant compte de sa quotité horaire fixée à 12/35èmes, conformément aux articles 7-1 du décret n° 96-1087 du 10 décembre 1996 et 8 du décret n°2004-777 du 29 juillet 2004, en sorte que son contrat, en tenant compte des 165 jours de congés de maladie à compter du 1er février 2020, aurait dû être prolongé jusqu'au

17 janvier 2022 ;

- elle n'est motivée ni en droit ni en fait, alors qu'elle retire une décision créatrice de droits ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que son dossier administratif ne lui a pas été communiqué, qu'il n'a pas eu d'entretien préalable, que la commission administrative paritaire n'a pas été consultée et que les règles de préavis ont été méconnues ;

- à supposer que la décision litigieuse constitue un licenciement en fin de stage, elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la durée du renouvellement de stage est erronée, qu'il n'a pas été procédé à l'évaluation de ses compétences, qu'elle n'a pas eu entretien et que la commission administrative paritaire n'a pas pu donner un avis éclairé ;

- elle est entachée d'incompétence, dès lors que la commune s'est crue liée par l'avis de la commission administrative paritaire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle est intervenue en cours de contrat, en méconnaissance de l'article 8 du décret du 10 décembre 1996 ;

- elle est entachée d'une seconde erreur de droit, dès lors qu'elle est motivée par l'insuffisance professionnelle, en méconnaissance des stipulations du contrat ;

- elle est illégale, car intervenue rétroactivement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que, d'une part, elle n'a pas été mise en état de comprendre les insuffisances professionnelles qui lui étaient reprochées et, d'autre part, elle justifie du niveau de compétences requis pour appartenir au cadre d'emploi des adjoints administratifs et bénéficie d'une expérience professionnelle préalable dans des fonctions similaires ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure, dès lors que, d'une part, le licenciement était motivé par son inaptitude physique et la multiplication de ses arrêts maladie, ce qui constitue une discrimination pour état de santé et, d'autre part, la commune a entendu échapper à ses obligations de reclassement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2021, la commune d'Auchonvillers, représenté par Me Chartrelle, conclut au rejet de la requête, à ce que

Mme A soit condamnée aux entiers dépens et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 mars 2022, par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et notamment son article 38 ;

- le décret n° 96-1087 du 10 décembre 1996 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Jamet, représentant Mme A, ainsi que celles de Me Chartrelle, représentant la commune d'Auchonvillers.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée en qualité de contractuel handicapé dans l'emploi d'adjoint administratif principal de 2ème classe à temps non complet pour une période d'un an, à compter du 18 février 2019. Par un arrêté du 14 octobre 2020, ce contrat a été renouvelé pour une durée de 9 mois, à compter du 18 février 2020. Par arrêté du 9 décembre 2020, dont

Mme A demande l'annulation, le maire de la commune d'Auchonvillers a mis fin à son stage et l'a radiée des effectifs de la collectivité, à compter du 7 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 38 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors applicable : " () Les personnes mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail peuvent être recrutées en qualité d'agent contractuel dans les emplois de catégories A, B et C pendant une période correspondant à la durée de stage prévue par le statut particulier du cadre d'emplois dans lequel elles ont vocation à être titularisées. Lorsque le recrutement est opéré dans un cadre d'emplois nécessitant l'accomplissement d'une scolarité dans les conditions prévues à l'article 45, la durée du contrat correspond à la durée de cette scolarité augmentée de la durée du stage prévue par le statut particulier du cadre d'emplois dans lequel les intéressés ont vocation à être titularisés. Le contrat est renouvelable, pour une durée qui ne peut excéder la durée initiale du contrat. A l'issue de cette période, les intéressés sont titularisés sous réserve qu'ils remplissent les conditions d'aptitude pour l'exercice de la fonction () ". Selon l'article 8 du décret du 10 décembre 1996 relatif au recrutement des travailleurs handicapés dans la fonction publique : " A l'issue du contrat, l'appréciation de l'aptitude professionnelle de l'agent par l'autorité territoriale est effectuée au vu du dossier de l'intéressé et après un entretien de celui-ci. () II. - Si l'agent, sans s'être révélé inapte à exercer ses fonctions, n'a pas fait la preuve de capacités professionnelles suffisantes, l'autorité territoriale prononce le renouvellement du contrat pour la même durée que le contrat initial, après avis de la commission administrative paritaire compétente pour le cadre d'emplois au sein duquel l'agent a vocation à être titularisé. / Une évaluation des compétences de l'intéressé est effectuée de façon à favoriser son intégration professionnelle. / Si l'appréciation de l'aptitude de l'agent ne permet pas d'envisager qu'il puisse faire preuve de capacités professionnelles suffisantes dans le cadre d'emplois dans lequel il a vocation à être titularisé, le renouvellement du contrat peut être prononcé, après avis de la commission administrative paritaire compétente, en vue d'une titularisation éventuelle dans un cadre d'emplois de niveau hiérarchique inférieur () " et aux termes de l'article 9 du même décret : " La situation de l'agent dont le contrat a fait l'objet d'un renouvellement dans les conditions posées par le II de l'article 8 du présent décret est examinée à nouveau à l'issue de cette période : / - si, à la suite de la procédure prévue au premier alinéa de l'article 8, il a été déclaré apte à exercer les fonctions, l'agent est titularisé dans les conditions posées au I dudit article ; / - si l'agent n'est pas déclaré apte à exercer les fonctions, il n'est pas titularisé après avis de la commission administrative paritaire compétente pour le cadre d'emplois concerné. Son contrat n'est pas renouvelé. L'intéressé peut bénéficier des allocations d'assurance chômage mentionnées au III de l'article ".

3. Il résulte de ces dispositions que, si un agent recruté sur le fondement de l'article 38 de la loi du 26 janvier 1984 et dont le contrat a été renouvelé sur le fondement du II de l'article 8 du décret du 10 décembre 1996 cité ci-dessus peut faire l'objet, à l'issue de la période complémentaire d'exécution de son contrat, d'un refus de titularisation et, par suite, d'un licenciement, c'est seulement dans le cas où, malgré les mesures prises pour favoriser son intégration professionnelle après qu'il a été procédé à une évaluation de ses compétences, il apparaît en définitive inapte à exercer ses fonctions.

4. En application des dispositions précitées, Mme A a été recrutée sur le poste de secrétaire de mairie par la mairie d'Auchonvillers, à compter du 18 février 2019, pour une durée d'un an. Ce contrat a été renouvelé pour une période de neuf mois, à compter du 18 février 2020, par arrêté du 14 octobre 2020. Si la commune se prévaut des difficultés de l'intéressée pour réaliser les tâches qui lui incombaient à l'appui de sa décision de refus de titularisation de Mme A à l'issue de cette période de renouvellement, il ne ressort toutefois d'aucune pièce du dossier que des mesures destinées à favoriser son intégration professionnelle aient été mises en œuvre, ni au demeurant que Mme A ait pu bénéficier d'un entretien préalable à cette décision, ainsi que le prévoyait le premier alinéa de l'article 8 précité du décret du 10 décembre 1996, auquel renvoie son article 9.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision litigieuse doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la commune d'Auchonvillers conclue avec Mme A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, un contrat pour une nouvelle période de renouvellement de stage d'un an, sous réserve que l'intéressée confirme à la commune dans un délai de 15 jours à compter de cette notification son intention de conclure un tel contrat, en mettant en place les mesures adéquates pour favoriser son intégration. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Auchonvillers la somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 décembre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Auchonvillers de proposer à Mme A de signer un contrat pour renouveler son stage pendant une période d'un an sous réserve que l'intéressée confirme à la commune dans un délai de 15 jours à compter de cette notification son intention de conclure un tel contrat et d'assortir ce stage de mesures de nature à favoriser son intégration professionnelle.

Article 3 : La commune d'Auchonvillers versera à Mme A la somme de

1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune d'Auchonvillers.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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