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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100910

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100910

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHARIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2021, Mme B A épouse C, représentée par Me Harir, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2021 par laquelle la préfète de l'Oise a rejeté comme irrecevable sa demande de regroupement familial au bénéfice de son fils ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui accorder une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son fils dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle méconnaît les articles L. 314-11, L. 411-1 et L. 411-4 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la stabilité de son logement, de son emploi et de ses ressources ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par lettre du 3 janvier 2022, la préfète de l'Oise a été mise en demeure de produire des observations sur la requête de Mme A épouse C dans un délai de trente jours, sous peine d'être réputée avoir acquiescé aux faits exposés par la requérante en vertu de l'article R. 612-6 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 16 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bazin, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse C, ressortissante chinoise née le 24 octobre 1971, est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 28 mars 2026. Le 24 novembre 2020, elle a sollicité le bénéfice du regroupement familial pour son fils. Cette demande a été rejetée par une décision de la préfète de l'Oise du 19 janvier 2021. Par la présente requête, Mme A épouse C demande l'annulation de la décision du 19 janvier 2021 par laquelle la préfète de l'Oise a rejeté comme irrecevable sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son fils.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le regroupement familial peut également être sollicité pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint dont, au jour de la demande, la filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ou dont l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " L'enfant pouvant bénéficier du regroupement familial est celui qui répond à la définition donnée au dernier alinéa de l'article L. 314-11 () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 314-11 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " L'enfant () s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. () ; / 2° Le demandeur ne dispose pas ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Le demandeur ne se conforme pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de l'article L. 411-6 du même code, dans sa rédaction en vigueur : " Peut être exclu du regroupement familial : / 1° Un membre de la famille dont la présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ; / 2° Un membre de la famille atteint d'une maladie inscrite au règlement sanitaire international ; / 3° Un membre de la famille résidant en France ".

4. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par Mme A épouse C au bénéfice de son fils, la préfète de l'Oise s'est fondée sur le motif tiré de ce que son dossier était irrecevable dès lors qu'elle résidait en France sous couvert d'un titre de séjour lors de l'adoption de l'enfant dont elle sollicite la venue, que la procédure de regroupement familial n'est pas adaptée à sa situation et qu'elle doit solliciter l'entrée sur le territoire de son fils dans le cadre d'une procédure d'adoption internationale en se rapprochant du consulat de France compétent. Toutefois, Mme A épouse C soutient, sans être contredite, que l'adoption de son fils a été " officialisée " par le certificat de registre d'adoption de la République Populaire de Chine délivré le 22 janvier 2020 par le bureau des affaires civiles de la ville de Dashiqiao en Chine. Or, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète ait remis en cause la régularité de cette adoption, alors qu'il lui appartient, si elle s'y croit fondée, de faire vérifier par le ministère public la régularité de cette adoption prononcée à l'étranger conformément aux dispositions précitées de l'article L. 314-11, devenu L. 423-12, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans la présente instance, ne conteste pas que la filiation entre Mme A épouse C et l'enfant au bénéfice duquel elle demande le regroupement familial a été établie en vertu d'une décision d'adoption, dont la régularité n'a pas été remise en cause par le ministère public. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la préfète a entaché sa décision d'illégalité en rejetant comme irrecevable sa demande de regroupement familial au motif que la procédure de regroupement familial n'est pas adaptée à sa situation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A épouse C est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 janvier 2021 par laquelle la préfète de l'Oise a rejeté comme irrecevable sa demande de regroupement familial au bénéfice de son fils.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, la préfète s'étant bornée dans la décision attaquée à opposer à Mme A épouse C l'irrecevabilité de sa demande, le présent jugement implique seulement que la préfète de l'Oise procède au réexamen de la demande de Mme A épouse C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que Mme A épouse C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète de l'Oise du 19 janvier 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la demande de Mme A épouse C dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

L. Bazin

La présidente,

signé

C. Galle La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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