mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2101465 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | VRILLAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 avril et 9 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Vrillac, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2021 par lequel le maire de la commune de Nogent-sur-Oise l'a exclu de ses fonctions pour une durée de trois mois ;
2°) de condamner la commune de Nogent-sur-Oise à lui verser une somme de
3 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il a subi à raison de l'illégalité de cet arrêté et du harcèlement moral dont il a été l'objet ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Nogent-sur-Oise une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris sur le fondement de faits matériellement inexacts ;
- la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée au regard des faits qui lui sont reprochés ;
- l'arrêté attaqué est entaché de détournement de pouvoir ;
- l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il participe d'un harcèlement moral à son encontre en méconnaissance de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- l'illégalité de l'arrêté attaqué et le harcèlement moral dont il a été l'objet lui ont causé un préjudice moral à hauteur de 3 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er octobre 2021 et 23 février 2022, dont le dernier n'a pas été communiqué, la commune de Nogent-sur-Oise, représentée par Me Porcher, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions indemnitaires ne sont pas recevables faute de preuve de la présentation d'une demande indemnitaire préalable ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 24 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 février 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2013-728 du 12 août 2013 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2017 relatif aux missions et à l'organisation de la direction des ressources et des compétences de la police nationale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, rapporteur,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Porcher, représentant la commune de Nogent-sur-Oise.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, éducateur territorial des activités physiques et sportives, a été employé par la commune de Nogent-sur-Oise à compter du 1er décembre 2008. Le conseil de discipline, aux termes d'un avis du 22 janvier 2021, a proposé une exclusion temporaire de fonctions de l'intéressé pour une durée d'un mois à raison de manquements à son devoir d'obéissance hiérarchique, de l'usage d'un ton inapproprié envers sa hiérarchie et ses collègues entre 2019 et 2020 et pour avoir laissé seule une enfant dont il avait le soin le 16 janvier 2020. Par un arrêté du 25 février 2021, le maire de la commune de Nogent-sur-Oise l'a exclu de ses fonctions pour une durée de trois mois à raison de ces mêmes faits ainsi que pour avoir manqué à son devoir de réserve. M. B demande l'annulation de cet arrêté et l'indemnisation du préjudice moral qui a découlé de celui-ci ainsi que du harcèlement moral dont il a été l'objet.
Sur la légalité de l'arrêté du 25 février 2021 :
2. En premier lieu, la sanction qui a été infligée à M. B a été prise sur le fondement, d'une part, de ses manquements à ses devoirs d'obéissance hiérarchique et de réserve entre 2019 et 2020, d'autre part, de son usage d'un ton inapproprié envers sa hiérarchie et ses collègues sur cette même période et, enfin, sur le fait d'avoir laissé seule une enfant dont il avait le soin dans le cadre de ses enseignements le 16 janvier 2020.
3. D'une part, il ressort des échanges de courriers électroniques fournis par les parties et des témoignages concordants de deux des collègues de M. B, de la responsable du service des sports, du directeur général adjoint chargé notamment des sports et du directeur général des services que, durant les années 2019 et 2020, l'intéressé a critiqué et refusé d'exécuter certaines des instructions qui lui ont été données, relatives notamment à l'organisation de réunions internes de coordination sur des événements comme les challenges scolaires, au rangement et à l'inventaire du matériel sportif dont il participait, à la garde et au retour d'information sur les mesures sanitaires prises pour lutter contre l'épidémie de covid-19. Par ailleurs, les témoignages concordants de deux des collègues de M. B et de la responsable du service des sports établissent que, malgré plusieurs rappels à l'ordre, notamment du directeur général adjoint, l'intéressé, qui a décidé de communiquer principalement par messagerie électronique avec les autres membres de son service, n'a pas remédié aux difficultés systématiques qu'il y avait à le joindre et qui ne sont pas circonscrites, ainsi qu'il le soutient, à des moments durant lesquels il ne pouvait matériellement pas répondre.
4. D'autre part, il ressort des échanges de courriers électroniques fournis par les parties et des témoignages concordants de deux des collègues de M. B, de la responsable du service des sports, du directeur général adjoint chargé notamment des sports et du procès-verbal de l'entretien qu'il a eu avec le directeur général des services de la commune le 7 octobre 2020, que l'intéressé utilise de manière récurrente un ton inapproprié envers sa hiérarchie et ses collègues que ne sauraient excuser ses divergences de vues relatives aux dates des activités, aux choix d'emploi du temps ou à l'organisation du travail.
5. Enfin, si le comportement relevé ci-dessus de M. B ne constitue pas un manquement au devoir de réserve, lequel n'est par ailleurs pas établi par d'autres griefs, et s'il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait laissé sans surveillance, de manière fautive, une enfant dont il avait le soin, il ressort des pièces du dossier que la commune de Nogent-sur-Oise aurait infligé une sanction disciplinaire à l'intéressé si elle ne s'était pas fondée sur ces deux fautes.
6. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la sanction disciplinaire infligée à
M. B serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou qui ne constitueraient pas des fautes disciplinaires doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / () Troisième groupe : / () l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; () ".
8. Il résulte de l'instruction que les capacités de M. B d'organiser et d'animer les activités sportives qui lui incombent ne sont pas remises en cause. Par ailleurs, l'intéressé n'occupe pas un poste d'encadrement et n'a pas été préalablement sanctionné. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. B a été, à de nombreuses reprises, alerté sur le caractère anormal de ses difficultés à communiquer de manière apaisée avec sa hiérarchie et ses collègues et de son refus de suivre les instructions qui lui étaient données. Dans ces circonstances,
M. B n'est pas fondé à soutenir que la sanction d'exclusion temporaire de fonction d'une durée de trois mois qui lui a été infligée serait disproportionnée à la gravité des seuls faits relevés ci-dessus aux points 3 et 4 et sur le fondement desquels l'autorité disciplinaire, sans tenir compte des faits relevés au point 5, aurait infligé la même sanction.
9. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que l'arrêté attaqué soit entaché de détournement de pouvoir.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. () ".
11. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
12. D'une part, les modifications de planning de travail et les choix en matière de dates de congés invoqués par M. B ne sont pas de nature à faire présumer un harcèlement moral dès lors qu'ils relèvent de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et que les exemples donnés par l'intéressé ne permettent pas d'en établir le caractère abusif. Par ailleurs, les vérifications et remarques sur son travail invoquées par M. B relèvent elles aussi de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dans ces conditions, ces faits ne sont pas de nature à faire présumer un harcèlement moral.
13. D'autre part, la supérieure hiérarchique de M. B a pu lui demander, fin 2019, de préparer ses activités au sein du service des sports plutôt qu'à la médiathèque ou à domicile, ne pas lui communiquer un ordre du jour d'une réunion avec le maire du 27 septembre 2019 et annuler une réunion sans le prévenir le 17 mai 2019, sans que ces faits ne fassent présumer un harcèlement moral.
14. Enfin, M. B ne donne aucun élément matériel de nature à établir que d'une part, quatre formations et une demande de travail à temps partiel lui auraient été indument refusées en 2019 et, d'autre part, que ses temps de travail ou de repos auraient été diminués.
15. Dans ces conditions, malgré l'impact sur sa santé qu'ont pu avoir les mesures dont il se plaint, M. B n'est pas fondé à soutenir que les faits dont il se prévaut seraient constitutifs, isolément ou pris dans leur ensemble, d'un harcèlement moral.
16. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué et à soutenir qu'il aurait été l'objet d'un harcèlement moral.
Sur les conclusions indemnitaires :
17. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les conclusions indemnitaires de M. B, fondées sur l'illégalité de l'arrêté du 25 février 2021 et sur le harcèlement moral dont il a été victime, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur les frais de l'instance :
18. Les dispositions des article L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Nogent-sur-Oise, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais engagés par lui et non compris dans les dépens.
19. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Nogent-sur-Oise et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera la somme de 500 euros à la commune de Nogent-sur-Oise sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Nogent-sur-Oise.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Richard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
J. Richard
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2101465
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026