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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101515

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101515

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101515
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCALVO PARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2021, M. B A, représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2021 par lequel la préfète de la Somme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a réadmis en Italie ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il est inséré dans la société française ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2021, la préfète de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant indien, né le 10 janvier 1967, est entré une seconde fois en France selon ses déclarations le 3 décembre 2017. Il a sollicité, le 10 septembre 2020, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 11 mars 2021, dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de la Somme a rejeté sa demande et a décidé sa réadmission en Italie.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais codifié à l'article L. 435-1 du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans (). " En outre, aux termes de l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable à la date de la décision attaquée : " La carte de résident peut être refusée à tout étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public. ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, repris à l'article L. 435-1 du même code, comme indiqué ci-dessus, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Pour fonder la décision attaquée, la préfète de la Somme a relevé que le comportement de M. A était constitutif d'une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné le 7 novembre 2012 par le tribunal de grande instance du Havre à huit mois d'emprisonnement et cinq ans d'interdiction du territoire français en France pour des faits d'exécution d'un travail dissimulé, d'emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail salarié et d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France. Toutefois, les faits reprochés au requérant, remontant à plus de neuf ans à date de la décision attaquée, sont anciens et isolés. Dans ces conditions, et alors que la préfète de la Somme n'apporte aucun élément supplémentaire permettant d'établir que M. A représenterait une menace pour l'ordre public, ce motif ne peut fonder le refus de faire application à M. A des dispositions de l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Toutefois, la préfète de la Somme s'est également fondée sur la circonstance, dont il résulte de l'instruction qu'elle l'aurait conduite à elle seule à prendre la même décision, que la situation de M. A ne révèle aucun motif exceptionnel ou considération humanitaire justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui s'est marié le 12 janvier 2019 avec une compatriote, ne justifie pas d'une vie commune stable et ancienne, que le couple n'a pas d'enfant à charge dès lors qu'aucun enfant est né de leur union et que le fils de sa compagne est majeur. Si M. A se prévaut également de son activité professionnelle depuis le mois de juillet 2020 en qualité de peintre en bâtiment dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée au sein de la société SPR à Paris, de la disposition d'un logement dont il assume les frais ainsi que de sa parfaite maîtrise du français, ces seuls éléments ne sont pas suffisants, à établir que la préfète de la Somme, en rejetant la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A, a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, au regard des circonstances de l'espèce.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, M. A, qui dispose d'un titre de séjour délivré par les autorités italienne et qui ne démontre pas être dépourvu d'attaches en Inde dont est également ressortissante sa conjointe, n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Somme a porté une atteinte disproportionnée eu égard aux buts poursuivis par sa décision, au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 mars 2021 attaqué. En conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Binand, président,

Mme Pierre, première conseillère,

Mme Lamlih, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

D. C

Le président,

Signé

C. BINANDLe greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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