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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101554

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101554

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2021, M. C E A, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mars 2021 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui attribuer les conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'OFII devait préalablement recueillir ses observations et que les conditions matérielles d'accueil lui ont été retirées sans qu'il ait été mis en mesure de présenter ses observations concernant son état de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'en refusant le rétablissement des condition matérielle d'accueil au motif qu'il n'a pas renouvelé son attestation de demande d'asile alors qu'il était soumis à une procédure de transfert vers l'Espagne, et qu'au demeurant il dispose de l'attestation, le directeur de l'OFII a ajouté une condition non requise par les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de son état de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Delort, substituant Me Tourbier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 18 octobre 1985 a présenté une première demande d'asile enregistrée le 8 octobre 2018 placée en procédure accélérée. Par un arrêté du 10 janvier 2019, le préfet du Nord a transféré l'intéressé aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile. Par un jugement en date du 6 février 2019, le tribunal d'administratif d'Amiens a rejeté la demande d'annulation de cet arrêté. M. A a déposé une nouvelle demande d'asile enregistrée le 26 novembre 2020, également en procédure accélérée. Par une décision en date du 4 mars 2021, dont l'intéressé demande l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 741-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, l'admission en France d'un étranger qui demande à bénéficier de l'asile ne peut être refusée que si : / 1° L'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat en application des dispositions du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil du 18 février 2003 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des Etats membres par un ressortissant d'un pays tiers, ou d'engagements identiques à ceux prévus par ledit règlement avec d'autres Etats ; / () ". Aux termes de l'article L. 742-1 du même code en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsqu'il est admis à séjourner en France en application des dispositions du chapitre Ier du présent titre, l'étranger qui demande à bénéficier de l'asile se voit remettre un document provisoire de séjour lui permettant de déposer une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. L'office ne peut être saisi qu'après la remise de ce document au demandeur. Après le dépôt de sa demande d'asile, le demandeur se voit délivrer un nouveau document provisoire de séjour. Ce document est renouvelé jusqu'à ce que l'office statue et, si un recours est formé devant la Cour nationale du droit d'asile, jusqu'à ce que la cour statue ". Aux termes de l'article L. 742-2 du même code en vigueur à la date de la décision attaquée : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 742-1, le document provisoire de séjour peut être retiré ou son renouvellement refusé lorsqu'il apparaît, postérieurement à sa délivrance, que l'étranger se trouve dans un des cas de non-admission prévus aux 1° à 4° de l'article L. 741-4 ". Aux termes de l'article L. 744-1 du même code en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. ". Aux termes de l'article D. 744-17 du même code applicable à la date de la décision attaquée : " Sont admis au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile : / 1° Les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 744-1 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 741-1 ; / () ". Aux termes de l'article L. 744-8 alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / ()/ ".

3. Pour refuser de faire droit à la demande du requérant, le directeur de l'OFII s'est fondé sur la circonstance qu'entre le 7 mars 2019 et le 25 novembre 2020, l'intéressé n'a pas procédé au renouvellement de son attestation de demande d'asile alors, qu'ainsi que le soutient le requérant, sans être contredit, celui-ci a fait l'objet d'une procédure de transfert vers l'Espagne. Dans ces circonstances, et alors que la demande d'asile a été enregistrée à nouveau le 26 novembre 2021, le directeur de l'OFII a fait une inexacte application des dispositions combinées des articles L. 744-1 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 4 mars 2021 attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu uniquement d'enjoindre au directeur de l'OFII de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Tourbier, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Tourbier de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 mars 2021 du directeur général de l'OFII est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'OFII de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'OFII versera à Me Tourbier une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Tourbier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C E A, au directeur général de l'OFII et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Binand, président,

Mme B et Mme D, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

D. B

Le président,

signé

C. BINAND Le greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaire à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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