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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101690

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101690

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN - TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par un jugement avant-dire droit n° 2101690 du 8 mars 2022, le tribunal a fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et a sursis à statuer sur les conclusions présentées par l'association du regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise (ROSO), Mme P N, M. O E, M. et Mme Q H, M. V AI,

M. F B, M. et Mme A Y, M. C AG, M. X M, Mme AC AD, M. et Mme L K, M. et Mme T AB, M. AF D, Mme G E, M. AH AA, M. Q Z, M. W U,

M. J I et M. S AE, représentés par Me Abiven, tendant à l'annulation de l'arrêté n° PA 060 272 20 T000l du 3 février 2021 par lequel le maire de Gilocourt a accordé à la société Linkcity IDF un permis d'aménager tendant à la création de vingt-quatre lots dont vingt-trois lots cessibles à bâtir avec création de voies de dessertes des lots, de huit places de stationnement public et d'espaces verts publics, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Par un mémoire, enregistré le 15 avril 2022, la société Linkcity IDF, représentée par

Me Baillon, produit l'arrêté du 14 avril 2022 portant permis d'aménager de régularisation et maintient ses conclusions.

Par des mémoires enregistrés le 11 mai 2022 et le 24 juin 2022, les requérants, représentés par Me Abiven, maintiennent leurs conclusions.

Ils soutiennent que le permis d'aménager litigieux n'a pas été régularisé par le permis de régularisation délivré le 14 avril 2022 alors que :

- la délibération ayant désigné le conseiller municipal appelé à se prononcer sur le projet en application de l'article L. 422-7 du code de l'urbanisme est illégale pour n'être pas formalisée, avoir été adoptée sans public et compte-tenu de l'influence du maire sur son adoption ;

- le permis de régularisation du 14 avril 2022 procède à un retrait du permis initial au-delà du délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;

- dès lors que le permis de régularisation procède au retrait du permis initial avant d'accorder un nouveau permis d'aménager, ils sont recevables à soulever à son encontre les mêmes moyens que ceux soulevés contre le permis initial et écartés par le jugement du 8 mars 2022 ;

- le permis de régularisation du 14 avril 2022 est illégal en conséquence de l'illégalité de la convention de rétrocession à la commune de Gilocourt des voies et espaces communs, du fait de l'instruction partiale du dossier de demande par le maire, de l'absence de maitrise foncière de la société pétitionnaire sur le terrain d'assiette du projet, de l'absence de consultation régulière de l'architecte des bâtiments de France équivalent à une absence de consultation, et de la méconnaissance de son avis conforme rendu en l'état, de l'incomplétude du dossier de demande, de l'illégalité des dispositions applicables du plan local d'urbanisme de Gilocourt qui méconnaissent les orientations du projet d'aménagement et de développement durables, l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme et le principe d'équilibre, et de la méconnaissance des articles UD11 de ce plan et R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Les mémoires et les pièces produits à compter du jugement avant-dire droit du 8 mars 2022 ont été communiqués à la commune de Gilocourt qui n'a pas produit d'observations.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi alors que l'article 6 de l'ordonnance n° 2020-391 du 1er avril 2020 n'était plus applicable à compter du 2 juin 2021, lorsque l'état d'urgence sanitaire a cessé sur le territoire métropolitain conformément à l'article 1er de la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020.

II. Par un jugement avant-dire droit n° 2102028 du 8 mars 2022, le tribunal a fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et a sursis à statuer sur les conclusions présentées par l'association du regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise (ROSO), Mme P N, M. O E, M. et Mme Q H, M. V AI,

M. F B, M. et Mme A Y, M. C AG, M. X M, Mme AC AD, M. et Mme L K, M. et Mme T AB, M. AF D, Mme G E, M. AH AA, M. Q Z, M. W U,

M. J I et M. S AE, représentés par Me Abiven, tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux à l'encontre de l'arrêté

n° PA 060 272 20 T000l du 3 février 2021 par lequel le maire de Gilocourt a accordé à la société Linkcity IDF un permis d'aménager tendant à la création de vingt-quatre lots dont vingt-trois lots cessibles à bâtir avec création de voies de dessertes des lots, de huit places de stationnement public et d'espaces verts publics, ensemble cet arrêté.

Par un mémoire, enregistré le 15 avril 2022, la société Linkcity IDF, représentée par

Me Baillon, produit l'arrêté du 14 avril 2022 portant permis d'aménager de régularisation et maintient ses conclusions.

Par des mémoires enregistrés le 11 mai 2022 et le 24 juin 2022, les requérants, représentés par Me Abiven, maintiennent leurs conclusions.

Ils soutiennent que le permis d'aménager litigieux n'a pas été régularisé par le permis de régularisation délivré le 14 avril 2022 alors que :

- la délibération ayant désigné le conseiller municipal appelé à se prononcer sur le projet en application de l'article L. 422-7 du code de l'urbanisme est illégale pour n'être pas formalisée, avoir été adoptée sans public et compte-tenu de l'influence du maire sur son adoption ;

- le permis de régularisation du 14 avril 2022 procède à un retrait du permis initial au-delà du délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;

- dès lors que le permis de régularisation procède au retrait du permis initial avant d'accorder un nouveau permis d'aménager, ils sont recevables à soulever à son encontre les mêmes moyens que ceux soulevés contre le permis initial et écartés par le jugement du 8 mars 2022 ;

- le permis de régularisation du 14 avril 2022 est illégal en conséquence de l'illégalité de la convention de rétrocession à la commune de Gilocourt des voies et espaces communs, du fait de l'instruction partiale du dossier de demande par le maire, de l'absence de maitrise foncière de la société pétitionnaire sur le terrain d'assiette du projet, de l'absence de consultation régulière de l'architecte des bâtiments de France équivalent à une absence de consultation, et de la méconnaissance de son avis conforme rendu en l'état, de l'incomplétude du dossier de demande, de l'illégalité des dispositions applicables du plan local d'urbanisme de Gilocourt qui méconnaissent les orientations du projet d'aménagement et de développement durables, l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme et le principe d'équilibre, et de la méconnaissance des articles UD11 de ce plan et R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Les mémoires et les pièces produits à compter du jugement avant-dire droit du 8 mars 2022 ont été communiqués à la commune de Gilocourt qui n'a pas produit d'observations

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi alors que l'article 6 de l'ordonnance n° 2020-391 du 1er avril 2020 n'était plus applicable à compter du 2 juin 2021, lorsque l'état d'urgence sanitaire a cessé sur le territoire métropolitain conformément à l'article 1er de la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2021-1465 du 10 novembre 2021 ;

- l'ordonnance n° 2020-391 du 1er avril 2020 ;

- le décret n° 2020-1257 du 14 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme R,

- les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public,

- et les observations de Me Abiven, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement avant-dire droit du 8 mars 2022, le tribunal a fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et a sursis à statuer sur les conclusions présentées notamment par l'association du regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise (ROSO) tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 février 2021 par lequel le maire de Gilocourt a accordé à la société Linkcity IDF un permis d'aménager tendant à la création de vingt-quatre lots dont vingt-trois lots cessibles à bâtir avec création de voies de dessertes des lots, de huit places de stationnement public et d'espaces verts publics et de la décision implicite rejetant leur recours gracieux. Par ce jugement, le tribunal a donné à la société Linkcity IDF un délai de deux mois à compter de sa notification pour justifier d'un permis d'aménager permettant de régulariser l'incompétence de la signataire du permis initial après désignation d'un membre du conseil municipal en application de l'article L. 422-7 du code de l'urbanisme.

Sur la régularisation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. Dufour, conseiller municipal signataire de l'arrêté portant permis d'aménager de régularisation a été désigné par une délibération du conseil municipal de Gilocourt du 17 janvier 2022.

3. Aux termes de l'article L. 2121-18 du code général des collectivités territoriales : " Les séances des conseils municipaux sont publiques. / Néanmoins, sur la demande de trois membres ou du maire, le conseil municipal peut décider, sans débat, à la majorité absolue des membres présents ou représentés, qu'il se réunit à huis clos. / Sans préjudice des pouvoirs que le maire tient de l'article L. 2121-16, ces séances peuvent être retransmises par les moyens de communication audiovisuelle. ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article 6 de l'ordonnance du 1er avril 2020 visant à assurer la continuité du fonctionnement des institutions locales et de l'exercice des compétences des collectivités territoriales et des établissements publics locaux afin de faire face à l'épidémie de covid-19 : " I. - Dans les collectivités territoriales et leurs groupements, le maire ou le président peut décider que la réunion de l'organe délibérant se tient par visioconférence ou à défaut audioconférence. / Les convocations à la première réunion de l'organe délibérant à distance, précisant les modalités techniques de celles-ci, sont transmises par le maire ou le président par tout moyen. Le maire ou le président rend compte des diligences effectuées par ses soins lors de cette première réunion. () / Pour ce qui concerne les collectivités territoriales et les établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre, le caractère public de la réunion de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est réputé satisfait lorsque les débats sont accessibles en direct au public de manière électronique. () ". Aux termes de l'article 11 de cette ordonnance dans sa rédaction issue de l'article 10 de la loi du 10 novembre 2021 portant diverses dispositions de vigilance sanitaire " Les articles 4 et 6 sont applicables à compter du

12 mars 2020 et jusqu'au 30 octobre 2020 ou, si celui-ci est prolongé au-delà de cette date, pendant la durée de l'état d'urgence sanitaire prévu à l'article L. 3131-12 du code de la santé publique, déclaré dans les conditions de l'article 4 de la loi du 23 mars 2020 susvisée. () ". Enfin, l'état d'urgence sanitaire déclaré par le décret du 14 octobre 2020 a été prorogé en dernier lieu jusqu'au 1er juin 2021 inclus, ainsi qu'il ressort de l'article 1er de la loi du 14 novembre 2020 autorisant la prorogation de l'état d'urgence sanitaire et portant diverses mesures de gestion de la crise sanitaire.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'affichage auquel il a été procédé en mairie, et n'est pas contesté, que la réunion du conseil municipal de Gilocourt du 17 janvier 2022 s'est tenue sans public. Si l'affichage fait état des dispositions prises dans le cadre de la crise sanitaire du covid-19 pour expliquer cette mesure, il ressort, en tout état de cause, de l'article 11 de l'ordonnance du 1er avril 2020 que l'article 6 de cette ordonnance pouvant le permettre n'était plus applicable à compter du 2 juin 2021, lorsque l'état d'urgence sanitaire à cesser sur le territoire métropolitain conformément à l'article 1er de la loi du 14 novembre 2020. En outre, il n'est ni établi, ni même soutenu, que les conditions permettant de tenir la réunion du conseil municipal à huit-clos et notamment une décision en ce sens des membres du conseil municipal aient été réunies. Par suite, la délibération litigieuse, adoptée sans que le public puisse assister à la séance du conseil municipal, est entachée d'un vice de procédure au regard du premier alinéa de l'article L. 2121-18 du code général des collectivités territoriales. Alors que cette question avait déjà été mise à l'ordre du jour du conseil municipal sans permettre la désignation d'un conseiller en application de l'article L. 422-7 du code de l'urbanisme et qu'un enjeu local important entoure le projet litigieux, cette irrégularité a eu pour effet de priver les requérants de la garantie que présentait la publicité des débats du conseil municipal. Par suite, elle entache d'illégalité la délibération du 17 janvier 2022 et, par voie de conséquence, l'arrêté du 14 avril 2022 qui a été signé par une autorité incompétente pour ce faire.

6. Il résulte de ce qui précède que le vice relevé dans le jugement du 8 mars 2022 tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué n'a pas été régularisé. Dès lors, le ROSO est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 février 2021, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par les requérants n'est de nature à entraîner l'annulation de la décision attaquée.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Gilocourt une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'association ROSO et non compris dans les dépens.

8. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association ROSO, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Linkcity IDF demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Enfin, il n'y a pas lieu d'accueillir la demande présentée par la société Linkcity IDF, en application des mêmes dispositions à l'encontre des autres requérants qui, étant dépourvus d'intérêt à agir à l'encontre des décisions attaquées, doivent également voir rejetées les conclusions qu'ils ont présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 février 2021 par lequel le maire de Gilocourt a accordé à la société Linkcity IDF un permis d'aménager tendant à la création de vingt-quatre lots dont vingt-trois lots cessibles à bâtir avec création de voies de dessertes des lots, de huit places de stationnement public et d'espaces verts publics est annulé, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux des requérants.

Article 2 : La Commune de Gilocourt versera la somme de 1 500 euros à l'association ROSO en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : les conclusions présentées par la société Linkcity IDF en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association du regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise, Mme P N, M. O E, M. et Mme Q H,

M. V AI, M. F B, M. et Mme A Y, M. C AG,

M. X M, Mme AC AD, M. et Mme L K, M. et Mme T AB, M. AF D, Mme G E, M. AH AA, M. Q Z, M. W U, M. J I, M. S AE, la société Linkcity IDF et la commune de Gilocourt.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Compiègne.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Binand, président,

Mme Pierre, première conseillère et Mme Lamlih, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La conseillère rapporteure,

Signé

A-L R

Le président,

Signé

C. Binand

Le greffier,

Signé

N. Verjot

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101690 et 2102028

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