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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101868

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101868

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CANU RENAHY ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 mai 2021 et 23 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Canu-Renahy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 mars 2021 par laquelle la directrice du centre hospitalier d'Abbeville lui a infligé la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de douze mois à compter du 1er avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à la directrice du centre hospitalier d'Abbeville d'effacer la sanction disciplinaire inscrite sur son dossier sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et d'enjoindre à la même autorité de le réintégrer dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Abbeville une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que le centre hospitalier a manqué à son devoir d'information relatif à l'engagement d'une procédure disciplinaire en méconnaissance du respect de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été convoqué à la séance du conseil de discipline quinze jours avant la date de la réunion de ce conseil, en méconnaissance de l'article 2 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989, et qu'il n'a alors pas bénéficié d'un délai raisonnable pour préparer sa défense ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il ne lui a pas été laissé un délai raisonnable avant la tenue de la séance du conseil de discipline pour prendre connaissance du rapport prévu par l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986, ainsi que de son dossier individuel ;

- le conseil de discipline n'avait pas une composition garantissant son impartialité dès lors qu'il comprenait Mme A en qualité de représentante de l'administration, alors qu'elle est directrice adjointe et directrice des ressources humaines du centre hospitalier d'Abbeville et qu'elle est la signataire de la décision qui le suspend de ses fonctions et il n'a pas été en mesure d'étudier une possibilité de récusation dès lors qu'il n'a pas eu un délai suffisant entre sa convocation et la réunion du conseil de discipline ;

- la décision de sanction du 29 mars 2021 n'est pas motivée en méconnaissance des dispositions de l'article 19 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et de l'article 11 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- elle est entachée d'une erreur d'exactitude matérielle des faits et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2022, le centre hospitalier d'Abbeville, représenté par Me Forgeois, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 29 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la fonction publique ;

- loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

- les observations de Me Canu-Renahy, représentant M. B,

- et les observations de Me Forgeois, représentant le centre hospitalier d'Abbeville.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B travaille au sein du centre hospitalier d'Abbeville depuis 1996, d'abord en tant qu'infirmier diplômé d'Etat (IDE) recruté par contrat à durée indéterminée, avant d'être titularisé en 2001 en tant qu'infirmier de bloc opératoire diplômé d'Etat (IBODE) puis, en 2007, en tant que cadre de santé. Par décision du 29 mars 2021, la directrice du centre hospitalier d'Abbeville lui a infligé la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de douze mois à compter du 1er avril 2021. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 82 de la loi du 9 janvier 1986, alors en vigueur : " L'autorité investie du pouvoir de nomination exerce le pouvoir disciplinaire après avis de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline et dans les conditions prévues à l'article 19 du titre 1er du statut général ". Aux termes de l'article 2 du décret du 7 novembre 1989 : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion de ce conseil, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Il peut, devant le conseil de discipline, présenter des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix ".

3. Le délai de quinze jours mentionné par ces dispositions constitue pour l'agent concerné une garantie visant à lui permettre de préparer utilement sa défense. Par suite, la méconnaissance de ce délai a pour effet de vicier la consultation du conseil de discipline, sauf s'il est établi que l'agent a été informé de la date du conseil de discipline au moins quinze jours à l'avance par d'autres voies.

4. Il ressort des pièces de dossier que par un courrier du 9 mars 2021, dont il est constant qu'il a été reçu par M. B le 11 mars 2021, ce dernier a été convoqué à un conseil de discipline fixé au mercredi 24 mars 2021 à 14h30. Le délai écoulé entre la notification de la convocation précitée et la réunion du conseil de discipline le 24 mars 2021 n'a ainsi pas respecté le délai minimal de quinze jours prévu par les dispositions mentionnées au point 2. Si, par courrier du 2 février 2021, reçu le 4 février 2021, M. B a été convoqué par la directrice adjointe du centre hospitalier à un entretien préalable à un conseil de discipline, il ne ressort ni de ce courrier ni d'une autre pièce du dossier que M. B aurait reçu des informations relatives à la date de la séance du conseil de discipline au moins quinze jours à l'avance par une autre voie que celle du courrier de convocation du 9 mars 2021. Dans ces conditions, M. B a été privé d'une garantie lui permettant de préparer sa défense dans un délai suffisant. Le requérant est par suite fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2021 par laquelle la directrice du centre hospitalier d'Abbeville lui a infligé la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de douze mois à compter du 1er avril 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Il résulte de l'instruction qu'en exécution de l'ordonnance n° 2101853 du 18 juin 2021 du juge des référés du tribunal administratif d'Amiens, M. B a été réintégré sans délai dans son emploi, dans l'attente du jugement de la requête au fond. Par suite, il n'y a pas lieu, à la date du présent jugement, d'enjoindre à la directrice du centre hospitalier d'Abbeville de le réintégrer sous astreinte à compter de la notification du jugement à intervenir.

7. En revanche, le présent jugement implique nécessairement que la directrice du centre hospitalier d'Abbeville efface la sanction disciplinaire annulée par le présent jugement du dossier administratif de M. B dans un délai d'un mois. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les dépens :

8. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier d'Abbeville la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le centre hospitalier d'Abbeville au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 mars 2021 de la directrice du centre hospitalier d'Abbeville est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la directrice du centre hospitalier d'Abbeville d'effacer la sanction disciplinaire annulée par le présent jugement du dossier administratif de M. B dans un délai d'un mois.

Article 3 : Le centre hospitalier d'Abbeville versera à M. B une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier d'Abbeville sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au centre hospitalier d'Abbeville.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

L. Bazin

La présidente,

signé

C. Galle La greffière,

signé

S. Grare

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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