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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102056

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102056

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNOUVIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 juin 2021 et 27 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2021 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît, par une erreur de droit, les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en y ajoutant des conditions qui ne s'y trouvent pas ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- subsidiairement, la préfète de l'Oise n'a pas examiné sa demande faite sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 5 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 février 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Menet, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, né le 6 mai 1976, a sollicité le 21 janvier 2021 la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 14 avril 2021 dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 décembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à

M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture, pour signer tous actes relatifs à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Si M. B soutient que la décision contestée est insuffisamment motivée, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. L'arrêté fait état de la situation personnelle et administrative de M. B sur le territoire français en indiquant notamment qu'il a déjà fait l'objet d'un refus de titre de séjour. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier des éléments relatifs à la situation de M. B.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 4° À l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () 7° À l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Oise a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité au motif que M. B était marié à une ressortissante française et entrait par suite dans la catégorie des personnes pouvant solliciter un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. La préfète de l'Oise ne saurait être regardée comme ayant commis une erreur de droit en ayant ajouté des conditions à l'article L. 313-11 7° du même code, alors en vigueur, dès lors que celui-ci prévoit que son champ d'application exclut les personnes susceptibles d'obtenir un titre de séjour sur un autre fondement textuel ou dans le cadre du regroupement familial. Ce moyen doit ainsi être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a indiqué être entré irrégulièrement sur le territoire français le 10 mai 2017. Par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 décembre 2017 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 octobre 2018, la demande de M. B d'admission au séjour au titre de l'asile a été rejetée. M. B s'est marié avec une ressortissante française le 19 octobre 2019. Par arrêté du 30 décembre 2019, le préfet de l'Oise a refusé à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Par la présente requête, M. B soutient que l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale dès lors qu'il vit sur le territoire français avec son épouse et les trois enfants de cette dernière dont il s'occupe quotidiennement, que le couple a donné naissance à un enfant le 10 février 2022, qu'il est investi bénévolement dans une structure beauvaisienne et qu'il s'acquitte régulièrement de ses obligations fiscales. Toutefois, même s'il prétend le contraire sans apporter aucune pièce, il ne ressort aucunement du dossier que

M. B serait dépourvu de toute attache avec son pays d'origine dans lequel il a vécu la majorité de sa vie et où y vivent ses deux premiers enfants. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie d'aucune ressource sur le territoire français.

10. Dans ces conditions et eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé sur le territoire français, la préfète de l'Oise, en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour, ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 313-11 7° du CESEDA alors en vigueur doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être également écarté.

11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a demandé à la préfète de l'Oise la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Il produit une copie de sa demande de titre de séjour du 21 janvier 2021 comportant effectivement une demande sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, la préfète de l'Oise produit également une copie de la demande, manifestement dans le dernier état de celle-ci puisque des renseignements supplémentaires y figurent, de laquelle il ressort que la demande sur ce dernier fondement a été raturée et donc abandonnée. Le fait que M. B ait reçu une attestation de dépôt faisant état par erreur d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour et non d'une demande sur le fondement de l'article L. 313-11 7° du 1er février 2021 n'a pas d'incidence sur la nature de la demande effectivement faite.

12. Or, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Par suite, et alors que la décision contestée n'a pas été prise sur ce fondement et qu'en tout état de cause l'intéressé ne caractérise aucune considération exceptionnelle ou humanitaire, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, est inopérant.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure d'exécution de la part de l'administration. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent dès lors également être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1 er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Oise et à Me Nouvian.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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