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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102270

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102270

mardi 14 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP JALLU-BACLET & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 30 juin 2021, le 7 avril 2022 et le 8 septembre 2022, M. B A et Mme C A, représentés par Me Baclet, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la délibération 17 décembre 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Rochy-Condé a approuvé le plan local d'urbanisme de cette commune, ensemble la décision implicite rejetant leur recours gracieux formé à l'encontre de cette délibération ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler cette délibération en tant qu'elle classe en zone agricole la parcelle cadastrée section AB située sur le territoire de la commune, ensemble la décision rejetant leur recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge la commune de Rochy-Condé la somme de 2 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de la condamner aux dépens.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme est insuffisant ;

- le classement de la parcelle cadastrée section AB en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur de droit et d'une erreur de fait.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 22 mars 2022 et le 30 août 2022, la commune de Rochy-Condé, représentée par Me Cotillon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B A et de Mme C A le versement d'une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 septembre 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère,

- et les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 17 décembre 2020 la commune de Rochy-Condé a approuvé son plan local d'urbanisme (PLU). M. B A et Mme C A, propriétaires de la parcelle cadastrée section AB située sur le territoire de la commune, ont formé le 3 mars 2021 un recours gracieux, reçu le lendemain, tendant au retrait de cette délibération en totalité ou au moins en ce qu'elle procède au classement de leur parcelle en zone A et non UB. Ils demandent au tribunal, à titre principal, l'annulation de la délibération du 17 décembre 2020, à titre subsidiaire, l'annulation de cette délibération en tant qu'elle classe en zone agricole leur parcelle, ainsi que de la décision implicite rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services. / En zone de montagne, ce diagnostic est établi également au regard des besoins en matière de réhabilitation de l'immobilier de loisir et d'unités touristiques nouvelles. / Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'arrêt du projet de plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. () ". Aux termes de l'article R. 151-2 du même code : " Le rapport de présentation comporte les justifications de : () / 4° La délimitation des zones prévues par l'article L. 151-9 ; () ".

3. Les requérants soutiennent que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme de la commune de Rochy-Condé est insuffisant dès lors que celui-ci ne justifie pas de manière suffisamment précise le classement en zone agricole de leur parcelle. Toutefois, la circonstance que la situation de la parcelle en litige n'a pas fait l'objet d'une analyse individuelle est sans incidence sur la régularité du rapport de présentation, qui n'a pas à justifier les choix opérés parcelle par parcelle. En tout état de cause, il ressort de ce rapport de présentation que le secteur agricole, qui représente plus de 64% du territoire, constitue une composante principale des espaces ruraux du territoire de la commune de Rochy-Condé. Le chapitre 1 " diagnostic " du rapport de présentation présente notamment une cartographie des activités agricoles sur le territoire de la commune, l'organisation et les caractéristiques physiques des espaces agricoles, les aptitudes culturales des sols, les différentes cultures et élevages sur ce territoire, ainsi que le nombre et les différents types d'exploitations. Le point 2.2.3 du chapitre 2 " choix et justifications des dispositions du PLU " indique par ailleurs que la vocation de la zone agricole est de protéger l'agriculture en préservant les sols nécessaires à cette activité. Il ressort enfin du point 2.2.2.1 de ce même chapitre que le classement en zone agricole de certains espaces agricoles situés en limite de zone urbaine en raison de la configuration du village est justifié par la priorité donnée à la préservation de la vocation agricole des terres et par les impératifs de lutte contre l'étalement urbain et de limitation de la consommation des espaces agricoles. Dans ces conditions, le rapport de présentation est suffisant quant aux choix retenus pour la définition du périmètre des zones agricoles. Par suite, le moyen en ce sens doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. () ". L'article R. 151-22 de ce code dispose que : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Enfin, le règlement écrit du plan local d'urbanisme de la commune de Rochy-Condé précise, en l'espèce, que la zone agricole correspond aux " secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

5. D'une part, il appartient aux auteurs d'un PLU de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

6. D'autre part, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone agricole, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte.

7. En l'espèce, si M. et Mme A soutiennent que c'est à tort que les auteurs du PLU ont classé leur parcelle en zone agricole, il ressort toutefois des pièces du dossier que ces mêmes auteurs ont souhaité, ainsi qu'il l'a été dit au point 3, préserver la vocation agricole des terres, lutter contre l'étalement urbain et limiter la consommation des espaces agricoles et ont en conséquence fixé l'orientation du projet d'aménagement et de développement durables de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. Dans le prolongement de cette orientation, les auteurs du document d'urbanisme ont souhaité limiter l'étalement urbain en concentrant l'urbanisation dans les vides urbains disponibles, appelés dents creuses.

8. Par ailleurs, si la parcelle cadastrée AB est bordée au sud par des parcelles classées en zone urbaine, il ressort des pièces du dossier, et notamment du règlement graphique n° 5C de la commune, que cette parcelle ne supporte aucune construction, qu'elle est restée à l'état naturel, qu'elle n'est pas identifiée comme dent creuse dans les documents constitutifs du PLU, qu'elle fait face au nord et au nord-est à de vastes espaces agricoles, et qu'elle jouxte, en sa limite ouest, des terrains également classés en zone agricole. Dans ces conditions, la parcelle est située en bordure d'un secteur du territoire de la commune présentant majoritairement un caractère agricole, et ce alors même que la rue de Rochy et le chemin goudronné du Calvaire la séparent, en ses limites est et nord, de certains terrains agricoles.

9. Il résulte de ce qui précède que, en dépit du fait que la parcelle n° AB 23 serait desservie par les réseaux, les auteurs du plan local d'urbanisme ont pu, eu égard à sa consistance et à sa localisation et au parti d'urbanisme retenu, décider du classement en zone agricole de la parcelle litigieuse sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni d'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

Sur les frais liés au litige :

10. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Rochy-Condé, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme A au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

11. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A la somme totale de 1 500 euros à verser à la commune de Rochy-Condé sur le fondement de ces mêmes dispositions.

12. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à cet égard par M. et Mme A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A et Mme C A est rejetée.

Article 2 : M. et Mme A verseront une somme totale de 1 500 euros à la commune de Rochy-Condé en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, Mme C A et à la commune de Rochy-Condé.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Parisi, conseillère,

- Mme Beaucourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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