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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102350

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102350

mercredi 2 août 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 juillet 2021 et 28 février 2022, Mme B A, représentée par Me Jamais, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune d'Auchonvillers lui a implicitement refusé le bénéfice de l'allocation de l'aide au retour à l'emploi à la suite de son licenciement ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Auchonvillers de procéder au réexamen de sa demande, dans le délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Auchonvillers une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation, dès lors que la commune n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs du rejet de sa demande, alors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de retour à l'emploi ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle remplit les conditions posées par les articles L. 5422-1 et L. 5424-2 du code du travail et le règlement général annexé du décret n° 2019-979 du 26 juillet 2019.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 septembre 2021 et le 29 mars 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune d'Auchonvillers, représentée par Me Chartrelle, conclut au rejet de la requête, à ce que Mme A soit condamnée aux entiers dépens et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de cette dernière, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2019-979 du 26 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée en qualité de contractuel sur un emploi d'adjoint administratif principal de deuxième classe à temps non complet pour une période d'un an, à compter du 18 février 2019. Par un arrêté du 14 octobre 2020, ce contrat a été renouvelé pour une durée de neuf mois, à compter du 18 février 2020. Par arrêté du 9 décembre 2020, le maire de la commune d'Auchonvillers a mis fin à ses fonctions et l'a radiée des effectifs de la collectivité, à compter du 7 décembre 2020. Le 8 mars 2021, Mme A a demandé à son ancien employeur le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Elle demande au tribunal d'annuler la décision de rejet née du silence de la commune à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet de l'octroi de l'aide au retour à l'emploi :

2. Aux termes de l'article L. 5422-1 du code du travail : " I.- Ont droit à l'allocation d'assurance les travailleurs aptes au travail et recherchant un emploi qui satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, et dont : / 1° Soit la privation d'emploi est involontaire, ou assimilée à une privation involontaire par les accords relatifs à l'assurance chômage mentionnés à l'article L. 5422-20 () ". Selon l'article L. 5424-1 du même code : " Ont droit à une allocation d'assurance dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 () 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales () ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

4. Il résulte des écritures en défense de la commune que le refus implicite opposé à la demande de Mme A est intervenu au motif que l'autorité municipale estimait nécessaire la production d'une lettre de notification de rejet de cette même demande par Pôle emploi afin d'instruire son dossier. En exigeant une telle pièce et en rejetant implicitement la demande de

Mme A pour ce motif, alors qu'il est constant que la commune n'a pas adhéré à Pôle emploi afin que cet établissement prenne en charge le régime d'assurance dont l'intéressée avait demandé le bénéfice, le maire de la commune a entaché cette décision d'illégalité. Par suite,

Mme A est fondée, pour ce motif, à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. D'une part, il est constant que le jour de sa demande, Mme A était privée d'emploi depuis le 9 décembre 2020, alors même que cette décision a été annulée par jugement du 30 décembre 2022. D'autre part, si Mme A a cessé de remplir une des conditions d'octroi des allocations en raison de la lettre que lui a adressée le 19 mars 2021 Pôle emploi pour l'informer de la cessation de son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, il n'en va toutefois pas de même pour la période allant de la privation de son emploi jusqu'à cette dernière date, durant laquelle Mme A remplissait les conditions d'octroi de cette allocation.

6. En revanche, l'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant des allocations auxquelles pouvait prétendre Mme A entre la date de privation de son emploi et le 19 mars 2021. Il y a lieu de renvoyer l'intéressée devant la commune d'Auchonvillers pour que soient calculées et versées, dans le délai de trois mois, les allocations d'aide au retour à l'emploi qui lui sont dues sur cette période.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Auchonvillers la somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet du maire de la commune d'Auchonvilliers est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Auchonvilliers de verser à Mme A l'allocation de retour à l'emploi de Mme A correspondant à la période comprise entre la date de privation de son emploi et le 19 mars 2021.

Article 3 : Mme A est renvoyée devant la commune d'Auchonvillers pour qu'il soit procédé, dans un délai de trois mois suivant la notification de la présente décision, au calcul et au versement des sommes dues à ce titre.

Article 4 : La commune d'Auchonvillers versera à Mme A la somme de

1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions que la commune d'Auchonvilliers a présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune d'Auchonvillers

Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2023.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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