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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102402

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102402

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantSCP GROS - HICTER ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 9 juillet 2021 sous le n° 2102402, la société MCE, représentée par Me Szymanski, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de péril imminent du 31 janvier 2021 par lequel le maire de la commune d'Acy-en-Multien lui a imposé de prendre toutes mesures pour garantir la sécurité de l'immeuble situé 8 bis et 10 rue de la Libération, ensemble la décision de rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Acy-en-Multien une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance de l'article R. 511-4 du code de la construction et de l'habitation, en l'absence d'avis de l'architecte des bâtiments de France (ABF) ;

- l'arrêté attaqué est illégal faute pour la commune d'avoir mis en cause les propriétaires mitoyens de l'immeuble, en particulier Mme B propriétaire d'un immeuble mitoyen partageant une même façade avec l'immeuble objet du litige ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation dès lors que le maire s'est contenté de prescrire la réalisation de tous travaux de nature à faire cesser le péril, sans préciser les mesures à prendre pour faire cesser le danger.

La requête a été communiquée à la commune d'Acy-en-Multien, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance en date du 24 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 novembre 2023.

Par un courrier du 15 janvier 2024, la commune d'Acy-en-Multien a été invitée à produire des pièces complémentaires en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Les pièces produites par la commune d'Acy-en-Multien le 9 février 2024 ont été communiquées à la société MCE.

Par un courrier en date du 12 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête.

II. Par une requête enregistrée le 8 août 2022 sous le n° 2202650, et un mémoire complémentaire enregistré le 26 février 2024, ce dernier non communiqué, la société MCE, représentée par Me Negreverne, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler le titre exécutoire en date du 9 juin 2022 par lequel la commune d'Acy-en-Multien lui réclame la somme de 39 798 euros au titre des travaux exécutés d'office sur le mur de l'immeuble situé 8 bis rue de la Libération ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Acy-en-Multien de procéder à l'émission d'un nouveau titre exécutoire sur la base des prescriptions de l'expert mandaté par le tribunal administratif ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Acy-en-Multien une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le montant de la créance n'est pas justifié dès lors qu'il correspond à des dépenses engagées par la commune pour réaliser des travaux de ferraillage et de rejointement qui n'ont pas été préconisés par l'expert ;

- la facture n'étant pas détaillée, il n'est pas possible de retrancher le coût de ces travaux supplémentaires non sollicités par l'expert désigné par le tribunal du montant total de la facture, de sorte que l'ensemble du titre exécutoire doit être annulé.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2023, et des pièces complémentaires produites le 9 février 2024, la commune d'Acy-en-Multien, représentée par la SCP Gros Hicter, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les travaux exécutés d'office par la commune sont justifiés dès lors que l'expert a préconisé une reprise en maçonnerie du mur affecté ce qui nécessitait le ferraillage et la pose de joint à la chaux sur le mur reconstruit ;

- la requérante ne démontre pas que ces travaux n'étaient pas utiles pour la reprise du mur dans les règles de l'art ;

- la requête a un caractère manifestement dilatoire et abusif.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, conformément à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

- les observations de Me Chavda, représentant la commune d'Acy-en-Multien.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté de péril imminent en date du 31 janvier 2021, le maire de la commune d'Acy-en-Multien a ordonné à la société MCE, propriétaire d'un immeuble sis 8 bis rue de la Libération sur la parcelle cadastrée C 1011, de prendre dans le délai d'un mois toutes mesures pour garantir la sécurité sur le bâtiment, du fait de l'éboulement d'une partie du mur intervenu le jour même sur une façade de cet immeuble commune avec l'immeuble situé sur la parcelle 1012 située au 10 rue de la Libération. Par cet arrêté, le maire a également ordonné l'évacuation immédiate des occupants de cet immeuble, et mis en place un périmètre de sécurité autour de l'immeuble.

2. Par une ordonnance du 8 février 2021, le juge des référés du tribunal a, sur demande de la commune, désigné un expert en vue d'examiner l'immeuble ainsi que l'immeuble voisin situé sur la parcelle cadastrée C 1012, d'indiquer s'il présente un risque de péril imminent et de préciser les travaux devant être immédiatement entrepris pour y mettre fin. L'expert désigné a déposé son rapport le 9 février 2021 en indiquant que l'immeuble présente un risque de péril imminent, que la partie d'habitation de l'immeuble voisin cadastré C 1012 doit également être interdite à l'habitation, que la couverture et la charpente du bâtiment doivent être démontés et qu'il convient de reprendre l'intégralité de la maçonnerie sur le mur Nord Est et le pignon Nord- Ouest. Par un courrier du 23 mars 2021, la commune d'Acy-en-Multien a demandé à la société MCE d'effectuer les travaux prescrits par l'arrêté du 31 janvier 2021. Par un courrier du 25 mars 2021, reçu le 29 mars 2021, la société MCE a formé un recours gracieux contre l'arrêté du 31 janvier 2021. Ce recours a été implicitement rejeté.

3. Par une ordonnance du 4 octobre 2021, le juge des référés du tribunal a désigné, à la demande de la commune d'Acy-en-Multien, un second expert en vue de se prononcer sur l'état de l'immeuble. L'expert désigné a déposé son rapport le 15 décembre 2021 en préconisant les mesures d'urgence à réaliser.

4. Par un nouvel arrêté du 21 décembre 2021 portant mise en sécurité au titre d'un péril imminent, le maire de la commune d'Acy-en-Multien a mis en demeure la société MCE de procéder aux mesures d'urgence recommandées par l'expertise du 15 décembre 2021 dans un délai de 10 jours. A la suite d'une procédure contradictoire, le maire de la commune d'Acy-en-Multien a également édicté, le 15 février 2022, un arrêté de mise en sécurité au titre d'un péril ordinaire, imposant à la société MCE de réaliser, sous un mois, divers travaux préconisés par cette expertise, relatifs à la couverture, à la charpente et à une démolition puis reprise de la maçonnerie au niveau de l'effondrement, depuis la fondation jusqu'aux éléments de charpente, sur le mur de façade concerné.

5. En raison de l'absence de réalisation par la société MCE de ces travaux, des travaux de réfection du mur ont été réalisés d'office par la commune d'Acy-en-Multien en avril 2022. Par un titre exécutoire en date du 9 juin 2022, la commune d'Acy-en-Multien a mis à la charge de la société MCE la somme de 39 798 euros correspondant au coût des travaux de maçonnerie sur le mur de façade.

6. Par la requête enregistrée sous le n° 2102402, la société MCE demande l'annulation de l'arrêté de péril imminent du 31 janvier 2021, ensemble la décision de rejet implicite de son recours gracieux. Par la requête enregistrée sous le n° 2202650, elle demande l'annulation du titre exécutoire en date du 9 juin 2022.

7. Les requêtes n° 2102402 et n° 2202650, présentées par la société MCE présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté du 31 janvier 2021 :

8. En application des dispositions des articles L. 511-1, L. 511-2 et L. 511-4 du code de la construction et de l'habitation, le maire exerce les pouvoirs de police de la sécurité des immeubles en remédiant aux risques présentés par les immeubles qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers. Aux termes de l'article L. 511-9 du code de la construction et de l'habitation : " Préalablement à l'adoption de l'arrêté de mise en sécurité, l'autorité compétente peut demander à la juridiction administrative la désignation d'un expert afin qu'il examine les bâtiments, dresse constat de leur état y compris celui des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin au danger (). / Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un danger imminent, l'autorité compétente fait application des pouvoirs prévus par la section 3 du présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 511-19 du même code : " En cas de danger imminent, manifeste ou constaté par le rapport mentionné à l'article L. 511-8 ou par l'expert désigné en application de l'article L. 511-9, l'autorité compétente ordonne par arrêté et sans procédure contradictoire préalable les mesures indispensables pour faire cesser ce danger dans un délai qu'elle fixe () ". Aux termes de l'article L. 511-21 de ce code : " Si les mesures ont mis fin durablement au danger, l'autorité compétente prend acte de leur réalisation et de leur date d'achèvement. Elle prend un arrêté de mainlevée conformément à l'article L. 511-14 () ".

9. Il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 21 décembre 2021, le maire d'Acy-en-Multien a édicté, sur le fondement d'un rapport d'expertise déposé le 15 décembre 2021, un nouvel arrêté de mise en sécurité au titre d'un danger imminent prescrivant la réalisation de deux mesures d'urgence préconisées par cette expertise. Dans ces conditions, cet arrêté a nécessairement abrogé l'arrêté du 31 janvier 2021 attaqué par lequel le maire d'Acy-en-Multien avait imposé à la société MCE de prendre " toutes mesures pour garantir la sécurité de l'immeuble situé 10 rue de la Libération ". En outre, par un arrêté de " mainlevée de péril " du 21 avril 2022, le maire d'Acy-en-Multien a prononcé la mainlevée de l'arrêté du 21 décembre 2021 et mis fin à la procédure de danger imminent ouverte par l'arrêté attaqué du 31 janvier 2021 au motif de la réalisation des travaux mettant fin à tout péril sur le bâtiment en cause. Par suite, à la date du présent jugement, les conclusions de la requête n° 2102402 présentées par la société MCE tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2021 et du rejet du recours gracieux formé contre cette décision ont perdu leur objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre le titre exécutoire du 9 juin 2022 :

10. Aux termes de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : / 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; / 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation ; () L'arrêté mentionne d'une part que, à l'expiration du délai fixé, en cas de non-exécution des mesures et travaux prescrits, la personne tenue de les exécuter est redevable du paiement d'une astreinte (), et d'autre part que les travaux pourront être exécutés d'office à ses frais. () ". Aux termes de l'article L. 511-16 du même code : " Lorsque les prescriptions de l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité n'ont pas été mises en œuvre dans le délai fixé, l'autorité compétente peut, par décision motivée, faire procéder d'office à leur exécution, aux frais du propriétaire. Elle peut prendre toute mesure nécessaire à celle-ci.()/

Lorsque l'autorité compétente se substitue aux propriétaires défaillants et fait usage des pouvoirs d'exécution d'office qui lui sont reconnus, elle agit en leur lieu et place, pour leur compte et à leurs frais. (.) ".

11. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire attaqué, par lequel la commune d'Acy-en-Multien a mis à la charge de la société MCE, sur le fondement de l'article L. 511-16 du code de la construction et de l'habitation, une somme de 39 798 euros, correspond au coût des travaux de maçonnerie réalisés d'office par la commune sur le mur de façade du bâtiment, en vue de l'exécution de l'article 1er de l'arrêté de mise en sécurité au titre d'un péril ordinaire du 15 février 2022 mentionné au point 4. La société MCE soutient que l'expertise de M. A, sur la base de laquelle cet arrêté a été édicté, n'a pas préconisé la réalisation de travaux de ferraillage et de re-jointement à la chaux, de sorte que de telles prestations, mentionnées sur la facture de la société DFA Bâtiment, constitueraient des prestations supplémentaires ne pouvant être mises à sa charge par le titre exécutoire litigieux. Toutefois, il résulte de l'arrêté du 15 février 2022 que les travaux de maçonnerie prescrits à la société MCE incluaient la démolition puis reprise de la maçonnerie au niveau de l'effondrement, depuis la fondation jusqu'aux éléments de charpente, sur le mur de façade concerné. La requérante n'apporte aucun élément précis de nature à établir que le ferraillage et le rejointement à la chaux n'étaient pas, ainsi que le relève la commune en défense, des prestations indispensables pour la réalisation, dans les règles de l'art, de tels travaux de maçonnerie. A cet égard, si le rapport d'expertise du 15 décembre 2021 a critiqué le montant des devis émanant des sociétés " CCR et Léon Noël " initialement présentés par la commune, au motif qu'ils incluaient des prestations non indispensables réservées à des bâtiments présentant un intérêt historique, il n'est pas établi que la facture de la société DFA Bâtiment, sur la base de laquelle le titre exécutoire litigieux a été émis, comporte des prestations identiques à celles jugées non indispensables par l'expert. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que l'architecte des bâtiments de France a préconisé une restauration de la façade de l'immeuble et non sa démolition complète en raison de la proximité avec une monument historique, et la seule circonstance que le second expert désigné par le tribunal ait estimé pour sa part que le mur de façade en litige ne présentait pas d'intérêt historique, ne suffit pas à établir que les prestations incluses dans la facture de la société DFA Bâtiment relatives au ferraillage et au rejointement à la chaux n'étaient pas indispensables afin d'assurer la restauration du mur de façade dans les règles de l'art.

12. Dans ces conditions, la société MCE n'est pas fondée à soutenir que c'est tort que la commune a inclus de telles prestations dans celles dont le coût devait être mis à sa charge en application de l'article L. 511-16 du code de la construction et de l'habitation.

13. Par suite, les conclusions de la requête n° 2202650 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Acy-en-Multien, une somme de 1000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés et non compris dans le cadre de la requête n° 2102402.

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Acy-en-Multien, qui n'est pas dans l'instance n° 2202650 la partie perdante, la somme demandée par la société MCE, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées dans la requête n° 2102402.

Article 2 : La commune d'Acy-en-Multien versera à la société MCE une somme de 1000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre de l'instance 2102402.

Article 3 : Les conclusions présentées par la société MCE dans la requête n° 2202650 sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société MCE et à la commune d'Acy-en-Multien.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La présidente,

Signé

C. Galle

La greffière,

Signé

V. Martinval

Z

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

2 et 2202650

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