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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102924

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102924

mardi 14 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102924
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEPRETRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 25 août 2021 et le 15 février 2023, M. C B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par lequel le maire de la commune d'Hermes a implicitement rejeté sa demande formée par courrier du 23 février 2021 tendant au raccordement au réseau public de distribution d'électricité des parcelles cadastrées section A nos dont il est propriétaire, situées sur le territoire de la commune, ensemble la décision du 25 juin 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Hermes, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir, de ne plus s'opposer à sa demande de raccordement, de procéder à son réexamen et de délivrer un avis favorable de raccordement auprès du concessionnaire du réseau électrique ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Hermes la somme de 300 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme dès lors qu'aucune construction irrégulière n'a été édifiée sur ses parcelles, lesquelles consistent en des terrains nus ;

- le refus de raccordement méconnaît son droit, auquel chaque citoyen peut prétendre, d'accès à l'électricité garanti par l'article L. 121-1 du code de l'énergie ;

- ce refus méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, la commune d'Hermes, représentée par Me Lepretre, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- en tout état de cause, il y a lieu de substituer le motif tiré du caractère frauduleux de la demande formulée par M. B à ceux fondant la décision rejetant sa demande de raccordement.

Par une ordonnance du 15 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, et notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'énergie ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beaucourt, conseillère,

- les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public,

- et les observations de Me Lepretre, représentant la commune d'Hermes.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B est propriétaire de deux parcelles cadastrées section A nos situées sur le territoire de la commune d'Hermes. Par un courrier du 23 février 2021, il a demandé au maire de la commune de procéder au raccordement de ses deux parcelles au réseau public de distribution d'électricité. Cette demande est demeurée sans réponse. Par sa requête, M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant deux mois par le maire, ensemble la décision du 25 juin 2021 rejetant explicitement son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme : " Les bâtiments, locaux ou installations soumis aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4 ou L. 510-1, ne peuvent, nonobstant toutes clauses contractuelles contraires, être raccordés définitivement aux réseaux d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone si leur construction ou leur transformation n'a pas été, selon le cas, autorisée ou agréée en vertu de ces dispositions ".

3. Il résulte de ces dispositions que le maire peut, dans le cadre de ses pouvoirs de police spéciale destinés à assurer le respect des règles d'utilisation des sols, s'opposer au raccordement définitif au réseau d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone des bâtiments, locaux ou installations qui, faute de disposer de l'autorisation d'urbanisme ou de l'agrément nécessaire, sont irrégulièrement construits ou transformés.

4. Il ressort de la motivation exposée dans le courrier du 25 juin 2021 que, pour rejeter la demande de M. B tendant au raccordement de ses parcelles au réseau public de distribution d'électricité, le maire de la commune d'Hermes s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme, en relevant d'une part, la circonstance que ces parcelles étant situées en zone agricole, elles ne pourraient être raccordées que dans le cadre de certains usages et affectations des sols, constructions et activités autorisées à la sous-section I de la section A I du règlement écrit du plan local d'urbanisme communal et d'autre part, sur le fait que l'unité foncière en cause se situe " dans une zone à dominante humide, dans un grand espace naturel sensible et en ZNIEFF (zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique) de type 1 ". Or, de tels motifs tenant à la constructibilité limitée des terrains en cause situés en zone agricole et à leur sensibilité écologique, ne sont pas de nature à fonder légalement le refus de raccordement des parcelles dont M. B est propriétaire dès lors qu'il est constant que ces dernières sont vierges de tout bâti et que, selon les termes mêmes de la demande de raccordement, aucune construction n'y est envisagée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

5. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Pour établir que l'arrêté en cause était légal, la commune d'Hermes invoque, dans son mémoire en défense qui a été communiqué, un autre motif, tiré du caractère frauduleux de la demande formulée par M. B, qui serait " en réalité destinée à raccorder au réseau électrique une caravane et/ou une habitation légère de loisirs en violation du règlement de la zone agricole ". Toutefois la commune, qui se borne à faire valoir que M. B n'a pas indiqué dans sa demande la destination des deux compteurs électriques à installer sur les parcelles, ni si le raccordement aurait un caractère purement provisoire, n'apporte aucun élément ni davantage de pièces de nature à démontrer la réalité de ses allégations. Le motif invoqué en défense n'étant pas de nature à fonder légalement la décision attaquée, il n'y a, par suite, pas lieu de procéder à la substitution sollicitée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la décision par laquelle le maire de la commune d'Hermes a implicitement rejeté la demande de M. B tendant au raccordement au réseau public de distribution d'électricité des parcelles dont il est propriétaire ainsi que la décision du 25 juin 2021 rejetant son recours gracieux doivent être annulées. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas de nature à entraîner l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique uniquement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de raccordement au réseau public de distribution d'électricité de M. B. Il y a lieu d'enjoindre à la commune d'Hermes d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune d'Hermes au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

10. D'autre, part, M. B ne justifie pas avoir exposé de frais dans le cadre de la présente instance. Par suite, les conclusions qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le maire de la commune d'Hermes a implicitement rejeté la demande de M. B tendant au raccordement au réseau public de distribution d'électricité des parcelles dont il est propriétaire ainsi que la décision du 25 juin 2021 rejetant son recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Hermes de procéder au réexamen de la demande de raccordement au réseau public de distribution d'électricité de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune d'Hermes.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Beaucourt et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

P. BEAUCOURTLe président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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