vendredi 19 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2103594 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU4 |
| Avocat requérant | QUENNEHEN - TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 octobre 2021, Mme C D épouse F, représentée par Me Tourbier demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2021 par lequel la préfète de la Somme a refusé le renouvellement de son attestation de demandeur d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informée qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission au système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Somme de réexaminer sa situation sous un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et lui délivrer dans ce délai une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle bénéficie du droit au maintien sur le territoire français jusqu'à ce que la cour nationale du droit d'asile ait statué sur sa demande d'asile ;
- il méconnaît le droit au recours effectif et la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le signalement aux fins de non admission doit être annulé par voie de conséquence.
Par un mémoire enregistré le 24 novembre 2021 la préfète de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Par une décision du 10 novembre 2021 Mme D épouse F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
La présidente du tribunal a désigné M. B, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Binand, président-rapporteur,
- et les observations de Me Delort , représentant Mme D épouse F.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D épouse F, ressortissante arménienne née le 9 décembre 1984, est entrée en France, selon ses déclarations, le 11 août 2020. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 29 avril 2021. Par cette requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel la préfète de la Somme a refusé le renouvellement de son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé la République d'Arménie ou tout autre pays dans lequel elle établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français sous trente jours et fixant le pays de renvoi :
2. En premier lieu, la préfète de la Somme a indiqué de manière suffisamment précise l'exposé des motifs de droit et des considérations de fait sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre son arrêté, dont notamment les éléments relatifs à sa vie personnelle et familiale de Mme D. Par suite, la préfète n'a pas entaché ses décisions d'un défaut de motivation.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; " Selon l'article L. 531-24 du même code : " l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : () 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; ".
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision de l'OFPRA du 29 avril 2021 a été prise sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 542-2 du même code que le recours que Mme D a introduit devant la Cour nationale du droit d'asile à l'encontre de cette décision n'a pu autoriser son maintien sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. D'autre part, dans le cas mentionné au d) du 1°de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement qui forme un recours contre celle-ci peut, en application de l'article L. 542-6 de ce code, saisir le tribunal administratif de conclusions aux fins de suspension de cette mesure. A l'appui de ses conclusions, il peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement. La mesure d'éloignement ne peut être mise à exécution pendant l'examen par le juge de la demande de suspension. Ainsi, le demandeur d'asile dispose d'un recours juridictionnel effectif, dès lors qu'une juridiction peut se prononcer sur le droit au maintien sur le territoire de ce dernier jusqu'à la décision de la juridiction compétente pour se prononcer sur la demande d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du droit au recours effectif et de l'atteinte qui aurait été portée à ce titre à l'exercice du droit d'asile par la préfète de la Somme doivent être écartés.
6. En troisième lieu, d'une part aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, est mariée avec M. F, également ressortissant arménien, qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée le même jour. Si le couple a quatre enfants mineurs qui résident avec eux, il n'est pas établi que la vie personnelle et familiale de la requérante ne pourrait se poursuivre dans son pays d'origine dans lequel elle conserve des attaches familiales et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq-ans. Dans ces conditions, et alors que Mme D ne justifie pas disposer de liens anciens, intenses et stables sur le territoire français où elle n'est entrée qu'en août 2020, la préfète de la Somme, en lui faisant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En quatrième lieu, rien ne fait obstacle à ce que les enfants de A D l'accompagnent dans son pays de destination en compagnie de leur père, afin d'y reconstituer la cellule familiale et y poursuivre leur scolarité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant, doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Si Mme D fait valoir que sa belle-mère ainsi que son beau-frère se sont vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire, elle n'apporte toutefois aucun élément circonstancié quant aux risques qui pèseraient sur sa propre vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ni de la décision fixant le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
12. En vertu de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français à un étranger auquel un délai de départ volontaire est accordé pour y satisfaire, d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. L'article L. 612-10 du même code prévoit que, pour l'édiction et la durée d'une telle interdiction de retour il est tenu compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
13. En premier lieu, il résulte des dispositions rappelées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs.
14. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que pour décider d'interdire Mme D de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, la préfète de la Somme, s'est fondée sur l'entrée récente de l'intéressée sur le territoire, sa faible intégration, la nature des attaches dont cette dernière disposait en France et a pris en considération les circonstances que l'intéressée n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que son comportement ne troublait pas l'ordre public. Ainsi, au regard de ce qui a été dit aux deux points précédents, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
15. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 11, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune des illégalités reprochées. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'encontre de la décision interdisant Mme D de retour sur le territoire français doit être écartée.
16. En troisième lieu, dans les circonstances de l'espèce exposées au point 7, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a pas méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur la situation de la requérante. Par suite, les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.
17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris, celles à fin d'injonction, d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais non compris dans les dépens de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D épouse F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse F, à la préfète de la Somme et à Me Tourbier.
Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 19 août 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
C. B
La greffière,
Signé
N. DERLY
La République mande et ordonne à la préfète de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026