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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2103885

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2103885

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2103885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantEDIFICES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 25 novembre 2021, 18 octobre 2022 et 18 juillet 2023, la société civile immobilière (SCI) des carreaux, représentée par Me Coquerel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Trie-Château s'est opposé à la déclaration préalable de travaux en vue de la création d'un accès avec installation d'une clôture et remblaiement sur un terrain cadastré section D n° 269 située 9 avenue des deux Vexins sur le territoire de cette commune, ensemble la décision du 27 septembre 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Trie-Château de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Trie-Château la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation au regard des obligations posées par l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article UE 3 du règlement écrit du plan local d'urbanisme de la commune de Trie-Château est entaché d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de fait, dès lors, d'une part, qu'un tel motif est en opposition avec les prescriptions du certificat d'urbanisme délivré le 5 décembre 2007 pour le terrain d'emprise du projet et, d'autre part, que l'accès projeté est conforme aux exigences relatives à la sécurité publique ;

- les dispositions du troisième l'alinéa de l'article UE 3 du règlement écrit du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Trie-Château ne sont pas opposables à son projet dès lors que le terrain d'emprise de ce projet ne se situe pas dans la partie de la zone UE concernée par l'obligation d'emprunter un giratoire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 août 2022, 22 mars 2023 et 31 août 2023, la commune de Trie-Château, représentée par Me Balaÿ, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI des carreaux la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par SCI des carreaux ne sont pas fondés ;

- l'arrêté attaqué aurait pu être pris pour un autre motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UE 3 du règlement écrit du PLU communal, dès lors que le nouvel accès à la route départementale envisagé par la SCI des carreaux ne se réalise pas à partir d'un giratoire.

Par ordonnance du 3 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 octobre 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère,

- les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique,

- et les observations de Me Coquerel, représentant la SCI des carreaux ainsi que celles de Me Hermary, représentant la commune de Trie-Château.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 juin 2021, le maire de la commune de Trie-Château s'est opposé à la déclaration préalable de travaux que la société civile immobilière (SCI) des carreaux avait déposée le 22 avril 2021 en vue de la création d'un accès avec installation d'une clôture et remblaiement sur un terrain cadastré section D n° 269 située 9 avenue des deux Vexins sur le territoire de cette commune. Par un courrier du 29 juillet 2021, la SCI des carreaux a introduit un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. La SCI des carreaux demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021, ensemble la décision du 27 septembre 2021 par laquelle le maire de Trie-Château a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article UE 3 du règlement écrit du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Trie-Château : " I - Accès. / Pour être constructible, un terrain doit avoir un accès direct à une voie ouverte à la circulation publique. /Les accès doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile. Ils doivent également être adaptés à l'opération future et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique et à garantir un bon état de viabilité. () ".

3. Pour s'opposer à la déclaration préalable de travaux déposée par la SCI des carreaux, le maire de Trie-Château a estimé que la création d'un nouvel accès sur le terrain d'assiette du projet est de nature à porter atteinte à la sécurité des usagers de cet accès. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des pièces jointes à la déclaration préalable, que l'accès au terrain depuis l'avenue des deux Vexins, route départementale n° 981, permettra le croisement de deux véhicules en entrée et sortie avec une interdiction de tourner à gauche en sortie de parcelle, et une entrée dans le sens de circulation d'est en ouest de cette route desservant la parcelle, de manière à éviter tout franchissement de la ligne continue et permettre une fluidité de la circulation sur la voie publique. Par ailleurs, si la commune soutient que le projet va augmenter considérablement la circulation déjà élevée sur cette route départementale, elle ne l'établit pas par la seule production de comptages des véhicules automobiles et poids lourds ayant emprunté la route départementale n° 981 pour la période du 19 octobre 2022 au 26 octobre 2022, alors même qu'il ressort des pièces du dossier que le projet consiste uniquement en la création d'un accès supplémentaire sur un terrain dénué de toute construction. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit un remblaiement afin de combler la déclivité du terrain, de telle sorte que la commune n'est pas fondée à se prévaloir du fort dénivelé de ce dernier, ni de l'absence de visibilité qui en résulte. Dans ces conditions, la commune n'établit pas que la création de l'accès projeté porte atteinte à la sécurité de ses usagers. Par suite, la SCI des carreaux est fondée à soutenir qu'en opposant le motif tiré de la méconnaissance de l'article UE 3 du règlement écrit du PLU en raison de l'atteinte à la sécurité des usagers que présenterait le projet litigieux, le maire de Trie-Château a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

4. En second lieu, la commune de Trie-Château fait valoir, dans son mémoire en défense, que la décision attaquée aurait pu également être prise au motif que l'accès projeté ne se réalise pas à partir d'un giratoire, en méconnaissance du troisième alinéa de l'article UE 3 du règlement écrit du PLU communal.

5. Aux termes de ce troisième alinéa de l'article UE 3 du règlement écrit du PLU de la commune de Trie-Château : " () Pour une partie de la zone UE, les accès sur la RD 981 devront se faire à partir d'un giratoire tel que reporté au plan n°5c. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de découpage en zones n° 5c du règlement graphique du PLU que le terrain d'emprise du projet n'est pas compris dans la partie de la zone UE dans laquelle l'accès sur la route départementale doit se réaliser à partir d'un giratoire. A ce titre, la réalisation, postérieure, d'un giratoire non représenté dans le plan n° 5c de ce règlement graphique, est sans incidence. Enfin, est également sans incidence la circonstance, invoquée par la commune dans ses écritures, que la société pétitionnaire pourrait obtenir une servitude de passage par la parcelle jouxtant le projet et disposant d'un accès à la voie publique par un giratoire. Dans ces conditions, ce motif n'est pas de nature à justifier légalement l'arrêté attaqué à sa date d'édiction. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de substitution de motifs présentée par la commune de Trie-Château.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'apparaît susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI des carreaux est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2021, ensemble la décision du 27 septembre 2021 rejetant son recours gracieux formé à l'encontre de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, comme la requérante le demande sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire de la commune de Trie-Château de procéder au réexamen de la déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Trie-Château une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI des carreaux et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI des carreaux, qui n'est pas partie perdante, la somme demandée par la commune de Trie-Château au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 juin 2021 du maire de la commune de Trie-Château et la décision du 27 septembre 2021 portant rejet du recours gracieux formé à l'encontre de cet arrêté sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Trie-Château de procéder au réexamen de la déclaration préalable déposée par la SCI des carreaux dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Trie-Château versera à la SCI des carreaux une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Trie-Château présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière des carreaux et à la commune de Trie-Château.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- M. Lapaquette, premier conseiller,

- Mme Parisi, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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