jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2104195 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés sous le no 2104195 les 20 décembre 2021, 11 mai 2022 et 10 août 2023, Mme L B épouse I et Mme A M veuve B demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le préfet de la région Hauts-de-France a autorisé Mme H C veuve B à exploiter des parcelles d'une surface de 10,6895 hectares situées sur le territoire des communes de Flaucourt et d'Assevillers ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la demande d'autorisation d'exploiter de Mme C veuve B n'a pas été examinée par la commission départementale d'orientation de l'agriculture concomitamment à l'ensemble des demandes concurrentes, en méconnaissance de l'article R. 331-5 du code rural et de la pêche maritime ;
- cet arrêté méconnaît l'autorité de la chose jugée par le jugement no 1801736 du tribunal du 18 février 2021, devenu définitif ;
- cet arrêté est entaché d'erreur de fait dès lors que l'entreprise individuelle de Mme C veuve B n'a pas de siège social à Flaucourt ;
- cet arrêté méconnaît le 1° de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime et l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles en Picardie dès lors que Mme C veuve B n'était pas conjoint collaborateur à titre principal de son époux décédé et que l'opération envisagée par celle-ci constitue un agrandissement de son exploitation si bien que cette opération ne relève en conséquence pas du rang de priorité n° 1 mais du n° 7 ;
- cet arrêté est illégal dès lors qu'il autorise un agrandissement excessif de l'exploitation de Mme C veuve B au sens de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime et du SDREA en Picardie ;
- cet arrêté est illégal dès lors qu'eu égard à l'activité professionnelle non-agricole de Mme C veuve B, l'opération autorisée ne permet pas de favoriser la présence d'un exploitant participant de manière effective aux travaux, en méconnaissance des dispositions du schéma directeur régional des exploitations agricoles en Picardie.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 janvier et 22 février 2022, Mme H C veuve B, représentée par Me Janocka, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérantes une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que l'arrêté attaqué a été retiré par un arrêté du 30 novembre 2021 ;
- la requête est irrecevable dès lors que les conclusions à fin d'annulation sont imprécises en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative.
La requête a été communiquée au préfet de la région Hauts-de-France qui n'a pas produit d'observations.
II. Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés sous le no 2201347 les 20 et 27 avril 2022 et le 21 janvier 2024, dont le dernier n'a pas été communiqué, Mme L B épouse I et Mme A M veuve B demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision tacite du 13 septembre 2021 par laquelle le préfet de la région Hauts-de-France a autorisé Mme H C veuve B à exploiter des parcelles d'une surface de 10,6895 hectares situées sur le territoire des communes de Flaucourt et d'Assevillers, ainsi que des parcelles d'une surface de 15,595 hectares situées sur le territoire de la commune de Péronne ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- leur requête est recevable sans qu'il ne soit nécessaire de la régulariser ;
- la décision tacite attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la demande d'autorisation d'exploiter de Mme C veuve B n'a pas été publiée en méconnaissance des articles L. 331-3, D. 331-4 et D. 331-4-1 du code rural et de la pêche maritime ;
- cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la demande d'autorisation d'exploiter de Mme C veuve B n'a pas été examinée par la commission départementale d'orientation de l'agriculture concomitamment à l'ensemble des demandes concurrentes en méconnaissance de l'article R. 331-5 du code rural et de la pêche maritime ;
- cette décision est illégale dès lors que les demandes concurrentes à celle de Mme C veuve B, présentées dans les délais, n'ont pas été prises en considération par le préfet ;
- cette décision méconnaît l'autorité de la chose jugée par le jugement no 1801736 du tribunal du 18 février 2021, devenu définitif ;
- cette décision méconnaît l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime dès lors qu'aucune autorisation tacite ne pouvait naître sur le fondement d'une simple confirmation de la demande d'autorisation d'exploiter de Mme C veuve B alors que le préfet avait déjà statué sur la demande initiale ;
- cette décision est entachée de détournement de pouvoir et de fraude.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mai 2022 et 22 décembre 2023, Mme H C veuve B, représentée par Me Janocka, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge solidaire des requérantes une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est tardive et dès lors irrecevable ;
- les requérantes n'ont pas intérêt à agir contre la décision relative aux parcelles d'une surface de 15,595 hectares situées sur le territoire de la commune de Péronne, dont elles ne sont ni propriétaires ni exploitantes ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2023, le préfet de la région Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive et dès lors irrecevable ;
- les requérantes n'ont pas intérêt à agir contre la décision relative aux parcelles d'une surface de 15,595 hectares situées sur le territoire de la commune de Péronne, dont elles ne sont ni propriétaires ni exploitantes ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
III. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le no 2201015 le 21 mars 2022 et 20 décembre 2023, Mme J D veuve B, Mme F B, Mme G B et la SARL Fanfan, représentées par Me Verague, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision tacite du 13 septembre 2021 par lequel le préfet de la région Hauts-de-France a autorisé Mme H C veuve B à exploiter des parcelles d'une surface de 10,6895 hectares situées sur le territoire des communes de Flaucourt et d'Assevillers ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision tacite attaquée est insuffisamment motivée ;
- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la demande d'autorisation d'exploiter de Mme C veuve B n'a pas été publiée en méconnaissance des articles L. 331-3, D. 331-4 et D. 331-4-1 du code rural et de la pêche maritime ;
- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la demande d'autorisation d'exploiter de Mme C veuve B n'a pas été soumise à la commission départementale d'orientation de l'agriculture en méconnaissance de l'article R. 331-5 du code rural et de la pêche maritime ;
- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elles n'ont pas été informées de la date d'examen par la commission départementale d'orientation de l'agriculture de la demande d'autorisation d'exploiter de Mme C veuve B, en méconnaissance des articles L. 331-5 et R. 331-5 du code rural et de la pêche maritime ;
- la décision tacite attaquée est illégale dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet des mesures de publicité prévues à l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime ;
- la décision est illégale dès lors que la SARL Fanfan avait déposé une demande concurrente à celle de Mme C veuve B, qui n'a pas été prise en considération par le préfet ;
- la décision est illégale dès lors que la SARL Fanfan devait être considérée comme l'exploitant en place à la date du dépôt de la demande initiale de Mme C veuve B, le 24 juillet 2017 ;
- la décision méconnaît le 1° de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime et l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles en Picardie dès lors que Mme C veuve B n'était pas conjoint collaborateur à titre principal de son époux décédé et que l'opération envisagée par celle-ci constitue un agrandissement de son exploitation si bien que cette opération ne relève en conséquence pas du rang de priorité n° 1 mais du n° 7 ;
- la décision est illégale dès lors que Mme C veuve B n'est titulaire d'aucun titre l'habilitant à exploiter des parcelles auparavant mises à disposition de l'EARL Fanfan ;
- la décision méconnaît l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime dès lors qu'elle autorise un agrandissement excessif de l'exploitation de Mme C veuve B ;
- le préfet n'a pas pris en compte l'activité professionnelle non-agricole de Mme C veuve B et a, en conséquence, méconnu les dispositions du schéma directeur régional des exploitations agricoles en Picardie dès lors que l'opération autorisée ne permet pas de favoriser la présence d'exploitant participant de manière effective aux travaux ;
- la décision et l'arrêté attaqués méconnaissent les dispositions du 2° de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime dès lors qu'ils compromettent la viabilité de l'exploitation de l'EARL Fanfan, preneur en place ;
- la décision est entachée de détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 mai 2022, 22 décembre 2023 et 22 janvier 2024, dont le dernier n'a pas été communiqué, Mme H C veuve B, représentée par Me Janocka, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge solidaire des requérantes une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est tardive et dès lors irrecevable ;
- les requérantes n'ont pas intérêt à agir contre la décision attaquée dès lors qu'elles ne sont ni propriétaires ni exploitantes des parcelles en litige ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, le préfet de la région Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérantes n'ont pas d'intérêt à demander l'annulation de la décision tacite attaquée ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 8 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 23 janvier 2024 à 12 heures.
Les requérantes ont produit un mémoire le 23 janvier 2024 à 13 heures 59.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le schéma directeur régional des exploitations agricoles en Picardie du 29 juin 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, rapporteur,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,
- et les observations de M. K I, représentant Mme B épouse I, de Me de Lamarlière, représentant les autres requérantes, ainsi que celles de Me Janocka, représentant Mme C veuve B.
Mme B épouse I a présenté une note en délibéré dans le cadre de sa requête n° 2201347, enregistrée les 14 et 15 mars 2024, ainsi qu'une note en délibéré dans le cadre de sa requête n° 2104195, enregistrée le 15 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B a mis à disposition de l'EARL Fanfan, afin de les exploiter, des parcelles situées sur les territoires des communes de Péronne, Barleux, Flaucourt, Biaches, Mesnil-Bruntel, Eterpigny, Doingt-Flamicourt et Villers-Carbonnel.
2. A la suite de son décès le 11 janvier 2017, sa veuve, Mme H C, a déposé, le 23 mai 2017, une demande d'autorisation d'exploiter des terres d'une surface totale de 263,868 hectares, comportant notamment des parcelles d'une surface de 10,6895 hectares, cadastrées ZD19 et ZK11 et situées sur le territoire des communes de Flaucourt et d'Assevillers. Le préfet de la région Hauts-de-France a fait droit à cette demande par un arrêté du 5 décembre 2017 qui a été annulé en tant qu'il autorisait l'exploitation de ces parcelles de 10,6895 hectares par un jugement n° 1800390 du tribunal du 18 février 2021.
3. Par ailleurs, Mme C veuve B, a déposé, le 1er décembre 2017, une demande d'autorisation d'exploiter des parcelles d'une surface de 15,595 hectares, cadastrées ZB 32 et 62 et situées sur le territoire de la commune de Péronne. Le préfet de la région Hauts-de-France a fait droit à cette demande par un arrêté du 4 avril 2018 qui a été annulé par un jugement n° 1801736 du tribunal du 18 février 2021, devenu définitif.
4. Le 13 mai 2021, Mme C veuve B a confirmé ses demandes d'autorisation d'exploiter, d'une part, les parcelles d'une surface de 10,6895 hectares situées sur le territoire des communes de Flaucourt et d'Assevillers et, d'autre part, celles d'une surface d'une surface de 15,595 hectares situées sur le territoire de la commune de Péronne.
5. Par un arrêté du 14 octobre 2021, le préfet de la région Hauts-de-France a fait droit à la demande portant sur la surface de 10,6895 hectares. Aux termes de leur requête no 2104195, Mme L B épouse I et Mme A M veuve B demandent l'annulation de cet arrêté.
6. Par ailleurs, aux termes de leur requête no 2201347, Mme B épouse I et Mme M veuve B demandent l'annulation des autorisations tacites du 13 septembre 2021 accordées à Mme C veuve B d'exploiter ces parcelles.
7. Enfin, aux termes de leur requête no 2201015, Mme J D veuve B, Mme F B, Mme G B et la SARL Fanfan demandent l'annulation de l'autorisation tacite du 13 septembre 2021 accordée à Mme C veuve B pour exploiter les parcelles d'une surface de 10,6895 hectares situées sur le territoire des communes de Flaucourt et d'Assevillers.
8. Il y a lieu de joindre les requêtes nos 2104195, 2201347 et 2201015 qui présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune pour y statuer par un seul jugement.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense dans l'instance no 2104195 :
9. Par son arrêté du 30 novembre 2021, le préfet a retiré l'arrêté du 14 octobre 2021. Ce retrait est devenu définitif. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que ce retrait ait été porté à la connaissance des requérantes avant l'introduction de la requête, il convient d'accueillir l'exception de non-lieu à statuer opposée aux conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2021.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense dans les instances nos 2201347 et 2201015 :
10. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " I.-Le préfet de région dispose d'un délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier complet mentionnée dans l'accusé de réception pour statuer sur la demande d'autorisation. / Il peut, par décision motivée, fixer ce délai à six mois à compter de cette date, notamment en cas de candidatures multiples soumises à l'avis de la commission départementale d'orientation de l'agriculture ou de consultation du préfet d'une autre région. Il en avise alors les intéressés dans les meilleurs délais par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise contre récépissé. / () III.- () A défaut de notification d'une décision dans le délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier ou, en cas de prorogation de ce délai, dans les six mois à compter de cette date, l'autorisation est réputée accordée. En cas d'autorisation tacite, une copie de l'accusé de réception mentionné à l'article R. 331-4 est affichée et publiée dans les mêmes conditions que l'autorisation expresse. ".
11. Lorsque des dispositions législatives ou règlementaires ont prévu que le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande d'autorisation ou sur une déclaration pouvant donner lieu à une opposition de la part de l'administration fait naître, à l'expiration du délai imparti à l'administration pour statuer, une décision implicite d'acceptation et que la décision expresse prise dans ce délai sur la demande ou sur la déclaration est, soit légalement rapportée par l'autorité compétente, soit annulée pour excès de pouvoir par le juge, cette décision expresse disparaît rétroactivement. Cette disparition ne rend pas le demandeur ou le déclarant titulaire d'une autorisation tacite. En revanche, elle oblige en principe l'autorité administrative à procéder à une nouvelle instruction de la demande dont cette autorité demeure saisie, mais un nouveau délai de nature à faire naître une décision implicite d'acceptation ne commence à courir qu'à dater du jour de la confirmation de la demande par l'intéressé.
12. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'annulation de l'autorisation d'exploiter les surfaces en litige qui lui avait été délivrée par un jugement n° 1801736 du tribunal du 18 février 2021, Mme C veuve B a confirmé sa demande du 1er décembre 2017 par un courrier du 13 mai 2021. Dès lors, en l'absence de prolongation du nouveau délai dont le préfet disposait pour statuer sur cette demande, une autorisation tacite d'exploiter est née au profit de Mme C veuve B le 13 septembre 2021 en application des dispositions précitées de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime.
13. D'autre part, aux termes du III de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " III.-Le préfet de région notifie sa décision aux demandeurs, aux propriétaires et aux preneurs en place par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise contre récépissé. Cette décision fait l'objet d'un affichage à la mairie de la commune sur le territoire de laquelle sont situés les biens. Elle est publiée au recueil des actes administratifs. / A défaut de notification d'une décision dans le délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier ou, en cas de prorogation de ce délai, dans les six mois à compter de cette date, l'autorisation est réputée accordée. En cas d'autorisation tacite, une copie de l'accusé de réception mentionné à l'article R. 331-4 est affichée et publiée dans les mêmes conditions que l'autorisation expresse ".
14. Il ressort des pièces du dossier que la copie de l'accusé de réception de la confirmation de la demande d'autorisation d'exploiter de Mme C veuve B du 13 mai 2021 a été publiée le 8 octobre 2021 et affichée en mairie le samedi 18 octobre 2021. En conséquence, le délai de recours contre l'autorisation tacite délivrée à l'intéressée aurait dû expirer le lundi 20 décembre 2021. Toutefois, le préfet de la région Hauts-de-France a délivré en parallèle une autorisation explicite à Mme C veuve B par un arrêté du 14 octobre 2021, relatif aux parcelles de 10,6895 hectares, portant la mention des voies et délais de recours, qui a été contesté dans les délais par les requérantes puis a retiré cet arrêté par un arrêté du 30 novembre 2021. Ces circonstances ont été de nature à induire les requérantes en erreur quant à la décision à attaquer et au délai de recours applicable. Dans ces conditions, les fins de non-recevoir tirées de la tardiveté des requêtes nos 2201347 et 2201015 doivent être écartées.
15. En second lieu, un exploitant qui a demandé une autorisation d'exploiter une ou plusieurs parcelles sur des terres en application du 1° de l'article L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime justifie d'une qualité lui donnant intérêt à agir contre l'autorisation donnée à un autre exploitant d'exploiter des parcelles sur ces terres.
16. Il ressort des pièces des dossiers que Mme L B et la SARL Fanfan ont demandé à exploiter les parcelles en litige respectivement le 25 juin 2021 et le 7 septembre 2021. Dans ces conditions, les fins de non-recevoir tirées de l'absence d'intérêt à agir des requérantes doivent être écartées.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'autorisation d'exploiter des parcelles d'une surface de 15,595 hectares situées sur le territoire de la commune de Péronne présentées dans la requête no 2201347 :
17. Les conclusions à fin d'annulation de l'autorisation tacite d'exploiter des parcelles d'une surface de 15,595 hectares situées sur le territoire de la commune de Péronne relèvent d'un litige distinct de celui duquel relèvent les conclusions à fin d'annulation de l'autorisation d'exploiter des parcelles d'une surface de 10,6895 hectares situées sur le territoire des communes de Flaucourt et d'Assevillers. Il n'a pas été donné de suite à la demande de régularisation de la requête du 26 avril 2022 dans un délai de 15 jours adressée par le tribunal aux fins de présentation d'une requête distincte pour la seconde décision attaquée. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de l'autorisation d'exploiter des parcelles d'une surface de 15,595 hectares situées sur le territoire de la commune de Péronne, présentées en second par Mme L B épouse I et Mme A M veuve B sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur la légalité de l'autorisation tacite du 13 septembre 2021 d'exploiter les parcelles d'une surface de 10,6895 hectares situées sur le territoire des communes de Flaucourt et d'Assevillers :
18. Aux termes de l'article D. 331-4-1 du même code : " La publicité prévue à l'article R. 331-4 précise la date de l'enregistrement de la demande et indique la date limite de dépôt des dossiers de demande d'autorisation. / Les demandes d'autorisation d'exploiter sont affichées pendant un mois à la mairie des communes où sont situés les biens qui font l'objet de la demande et publiées sur le site de la préfecture chargée de l'instruction. / A l'expiration du délai de publicité, il est dressé la liste de toutes les candidatures enregistrées pour un même bien ".
19. Lorsqu'une autorisation d'exploiter des terres a fait l'objet d'une annulation par le juge administratif après que l'exploitant a pu les exploiter en vertu de cette autorisation, il appartient à l'autorité préfectorale, à nouveau saisie de la demande présentée par le candidat et des modifications que ce dernier est susceptible d'y apporter, de statuer en considération des éléments de droit et de fait prévalant à la date à laquelle intervient sa nouvelle décision, sans pouvoir tenir compte, quel que soit le motif de l'annulation contentieuse, de l'exploitation effectuée sur la base de l'autorisation annulée. Il en va notamment ainsi dans le cas particulier où la décision préfectorale n'est annulée que pour une partie des terres dont elle autorisait l'exploitation, l'autorité préfectorale, à nouveau saisie de la demande en tant qu'elle porte sur ces terres, n'ayant pas à tenir compte de ce que, le cas échéant, une exploitation a pu légalement débuter sur le reste des terres dont l'exploitation était autorisée.
20. Il ressort des pièces du dossier qu'en application des dispositions précitées de l'article D. 331-4-1 du code rural et de la pêche maritime, le préfet a fixé la date limite pour le dépôt des demandes d'autorisation d'exploiter concurrentes à celle de Mme C veuve B pour les parcelles en litiges au 29 juin 2021 et que la demande de Mme L B d'exploiter ces parcelles est parvenue complète le 25 juin 2021. Par ailleurs, le préfet, qui était tenu de statuer en considération des éléments de droit et de fait prévalant à la date à laquelle intervient sa nouvelle décision ainsi qu'il a été dit au point précédent, ne pouvait légalement se fonder sur la circonstance qu'aucune demande concurrente pour exploiter ces parcelles n'avait été présentée avant le 13 février 2018, date limite pour le dépôt de ces demandes lors du premier examen de la demande de Mme C veuve B du 1er décembre 2017.
21. Dans ces conditions, les requérantes sont fondées à soutenir que l'autorisation tacite attaquée est illégale en raison de l'absence de prise en compte de la demande concurrente de Mme L B. Par suite, elles sont fondées à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens qu'elles présentent à l'appui de leurs conclusions.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée au titre de l'instance no 2104195 par les requérantes au titre des frais engagés par elles et non compris dans les dépens.
23. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérantes la somme demandée dans chacune des instances par Mme C veuve B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
24. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée dans les instances nos 2201347 et 2201015 par les requérantes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2021.
Article 2 : L'autorisation tacite du 13 septembre 2021 d'exploiter les parcelles d'une surface de 10,6895 hectares situées sur le territoire des communes de Flaucourt et d'Assevillers est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme J D veuve B, première requérante dénommée dans la requête n° 2201015, à Mme L B épouse I, première requérante dénommée dans les requêtes 2104195 et 2201347, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et à Mme H C veuve B.
Copie en sera adressée au préfet de la région Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Galle, présidente,
- M. Fumagalli, conseiller,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. Richard
La présidente,
Signé
C. Galle
La greffière,
Signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2104195, 2201347 et 2201015
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026