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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200049

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200049

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantINGELAERE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 janvier et 22 novembre 2022, sous le n° 2200049, M. B A, représenté par Me Ingelaere demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier de Soissons a procédé à son évaluation au titre de l'année 2021 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Soissons une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'évaluation est entachée d'un vice de procédure dès lors d'une part que le

compte-rendu d'évaluation comporte en annexe un rapport sur sa manière de servir qui n'a pas été évoqué lors de l'entretien d'évaluation du 2 août 2021, et d'autre part que le compte-rendu d'évaluation lui a été envoyé plus de trente jours après l'entretien ce qui est contraire aux prévisions de l'article 6 du décret n° 2020-719 du 12 juin 2020 ;

- l'évaluation est entachée d'une erreur manifeste d'appréciationdès lors que la réalisation des objectifs qui lui avaient été assignés est erronée, cinq des six objectifs ayant été en réalité atteints et non un seul ;

- l'évaluation est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2022, le centre hospitalier de Soissons, représenté par Me Bacquet-Bréhant conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

14 décembre 2022 à 12 heures.

Le centre hospitalier de Soissons a présenté un mémoire après clôture, enregistré le

23 avril 2024, qui n'a pas été communiqué.

II. Par une requête, enregistrée le 14 avril 2022, sous le n° 2201296, M. B A, représenté par Me Ingelaere demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier de Soissons a procédé à son évaluation au titre de l'année 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 18 février 2022 par laquelle la directrice générale du centre national de gestion a rejeté son recours gracieux exercé contre l'évaluation dont il a fait l'objet au titre de l'année 2021 de la part du directeur général du centre hospitalier de Soissons.

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Soissons une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'évaluation est entachée d'un vice de procédure dès lors d'une part que

le compte-rendu d'évaluation comporte en annexe un rapport sur sa manière de servir qui n'a pas été évoqué lors de l'entretien d'évaluation du 2 août 2021, et d'autre part que le compte-rendu d'évaluation lui a été envoyé plus de trente jours après l'entretien ce qui est contraire aux prévisions de l'article 6 du décret n° 2020-719 du 12 juin 2020 ;

- l'évaluation est entachée d'une erreur manifeste d'appréciationdès lors que la réalisation des objectifs qui lui avaient été assignés est erronée, cinq des six objectifs ayant été en réalité atteints et non un seul ;

- l'évaluation est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, le centre hospitalier de Soissons, représenté par Me Bacquet-Bréhant, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. A à lui verser une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au centre national de gestion qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par ordonnance du 12 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

26 février 2024.

Le centre hospitalier de Soissons a présenté un mémoire après clôture, enregistré le

23 avril 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 2020-719 du 12 juin 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, directeur des affaires générales du centre hospitalier de Soissons depuis le 1er octobre 2019, a été reçu pour son entretien annuel d'évaluation le 2 août 2021. Le 10 novembre 2021, le compte-rendu de cette évaluation lui a été notifié, il l'a signé le

17 novembre suivant. Insatisfait des appréciations portées sur ce document, il a exercé auprès du centre national de gestion le recours prévu par l'article 14 du décret susvisé du 12 juin 2020 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de la fonction publique hospitalière. Ce recours a été rejeté par décision de la directrice générale du centre national de gestion du 18 février 2022. M. A demande explicitement l'annulation de la décision du directeur général du centre hospitalier du 9 novembre 2021 portant évaluation professionnelle au titre de l'année 2021 et celle de la directrice générale du centre national de gestion ayant rejeté son recours administratif, par deux requêtes enregistrées sous les n°s 2200049 et 2201296. Il résulte également de ses écritures qu'il entend demander l'annulation de la décision du directeur du centre hospitalier ayant fixé le coefficient de calcul de sa prime variable en le diminuant de 5,9 à 4,9 sur 6, qu'il qualifie de façon erronée de " notation ".

Sur la jonction des requêtes :

2. Les requêtes n°s 2200049 et 2201296 de M. A présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 9 novembre 2021 du directeur du centre hospitalier de Soissons :

En ce qui concerne la légalité externe :

3. Aux termes de l'article 1er du décret susvisé du 12 juin 2020 : " Le présent chapitre s'applique aux agents titulaires relevant des corps et emplois de la fonction publique hospitalière, à l'exception de ceux relevant des corps et emplois de direction et des directeurs des soins ". Il en résulte que les articles 1 à 8 de ce décret ne sont pas applicables aux fonctionnaires hospitaliers relevant des corps et emplois de direction.

4. M. A soutient qu'en méconnaissance de l'article 6 du décret susvisé du

12 juin 2020, le directeur général du centre hospitalier de Soissons lui a transmis au-delà d'un délai de trente jours le compte rendu de son évaluation et a négligé de lui transmettre pour en débattre au cours de l'entretien, un rapport circonstancié du 19 octobre 2021, élaboré après cet entretien. Il résulte de ce qui est dit au point 3 que le requérant, qui relève d'un corps de direction, ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article 6 du décret du 12 juin 2020. Le moyen tiré du vice de procédure doit par suite être écarté comme inopérant dans ses deux branches. En tout état de cause, il ressort du rapport circonstancié du 19 octobre 2021 qu'il s'agit d'un document destiné à motiver la fixation du coefficient de prime variable de l'agent à la suite de l'évaluation, que ce rapport n'évoque aucun élément différent de ceux inscrits dans le

compte-rendu d'évaluation et que le requérant ne précise nullement lequel de ces éléments n'aurait pas été évoqué à l'occasion de l'entretien du 2 août 2021.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. Aux termes de l'article 9 du décret du 12 juin 2020 susvisé : " Le présent chapitre s'applique aux agents titulaires relevant des corps et emplois des personnels de direction et des directeurs des soins des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée ". Aux termes de l'article 10 du même décret : " Chaque agent titulaire relevant de l'un de ces corps bénéficie d'une évaluation annuelle. Cette évaluation donne lieu à un entretien qui fait l'objet d'un compte rendu écrit./ Cette évaluation annuelle tient compte, notamment, de la nature des fonctions et responsabilités exercées, des objectifs individuels et des moyens alloués pour les réaliser, des conditions d'organisation et de fonctionnement de l'établissement dont relève l'agent évalué. Elle vise à formuler une appréciation générale sur les compétences, la manière de servir et sur les résultats obtenus ainsi que l'aptitude à exercer des fonctions de directeur ou à occuper un emploi fonctionnel ou d'autres fonctions. Elle est également prise en compte pour l'avancement de grade, l'attribution de la part variable du régime indemnitaire et la nomination aux emplois. Elle permet également de déterminer les besoins de formation des personnels de direction et des directeurs des soins et leurs perspectives d'évolution professionnelle en termes de carrière et de mobilité./ L'entretien d'évaluation a pour but, notamment, d'analyser en commun le bilan des actions menées pendant l'année écoulée et de fixer les objectifs prioritaires pour l'année à venir. Il fait l'objet d'un compte rendu écrit communiqué à l'intéressé. Les modalités de mise en œuvre de l'entretien d'évaluation sont précisées par arrêté du ministre chargé de la santé ".

6. En premier lieu, il ressort du compte-rendu d'évaluation du 9 novembre 2021 qu'il est reproché à M. A de n'avoir atteint que partiellement quatre des six objectifs qui lui avaient été assignés et de n'avoir pas atteint l'un des six objectifs. S'il ressort des éléments produits par le requérant que l'objectif n° 2 " contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens " a fait l'objet d'une appréciation erronée de l'administration quant à l'implication de l'agent dans sa réalisation et que l'objectif n° 6 paraît avoir été partiellement atteint et non pas " non atteint ", il n'en demeure pas moins que l'évaluation faite par l'administration sur les autres objectifs n'est pas sérieusement combattue par le requérant au vu des éléments qu'il présente, et révèle de sa part un attentisme et une absence générale d'implication incompatibles avec les missions et le rôle d'un agent de direction. Cette appréciation est reprise de façon d'ailleurs assez mesurée au stade de l'évaluation globale de la manière de servir où le directeur reconnaît que la crise sanitaire explique le retard de mise en œuvre des projets gériatriques et que M. A est d'un tempérament " agréable et ouvert " mais doit " progresser dans son investissement ". M. A n'est par suite pas fondé à soutenir que cette évaluation est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En second lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du directeur général du centre hospitalier du 9 novembre 2021 portant évaluation de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre la décision de la directrice générale du centre national de gestion :

9. Le requérant présente les mêmes moyens que vus précédemment à l'encontre de la décision du 18 février 2022. Ceux-ci doivent être écartés pour les mêmes motifs et les conclusions dirigées contre cette décision doivent être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du directeur du centre hospitalier fixant le coefficient de la prime variable :

10. Il résulte de ce qui est dit au point 6 que M. A a fait preuve d'attentisme et d'absence d'investissement dans ses fonctions de directeur des affaires générales. Par suite, la diminution d'environ 17 % du coefficient de calcul de la prime variable de M. A, qui est passée de 5,9 à 4,9 sur 6, qui paraît cohérente avec les appréciations portées par l'évaluation annuelle, ne peut être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation des requêtes de M. A doit être rejeté.

Sur les conclusions fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Soissons, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier de Soissons, dans les deux requêtes, et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2200049 et 2201296 de M. A sont rejetées.

Article 2 : M. A est condamné à verser une somme de 1 500 euros au centre hospitalier de Soissons en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre hospitalier de Soissons et au centre national de gestion.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2200049 - 2201296

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