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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200086

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200086

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 4 janvier 2022, le 23 novembre 2022, le 26 décembre 2022 et le 21 janvier 2023, M. D B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le courrier du 30 novembre 2021 du maire de la commune de Beauval en réponse à la contestation qu'il a formé par courriers des 14 et 28 octobre 2021 sur les conditions d'exécution des travaux réalisés en haut de la rue de Créqui ;

2°) d'annuler la délibération du 13 décembre 2021 par lequel le conseil municipal de Beauval a refusé de modifier la bordure haute posée au niveau du second accès à sa parcelle telle qu'elle résulte des travaux d'aménagement du haut de la rue de Créqui ;

3°) d'enjoindre à la commune de Beauval, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, de réaliser la modification de la bordure en cause, de valider la permission de voirie qu'il sollicite auprès du département, de rétablir une bordure haute entre son portail et l'accès secondaire à sa parcelle, de supprimer les deux déversoirs et l'étalement de la terre végétale afin de retrouver une zone plane et engazonnée, de supprimer les deux bateaux créés par le maire et d'en créer un seul suivant le positionnement qu'il indique et de permettre l'accès à sa seconde parcelle par le chemin d'Amiens, de lui permettre de bénéficier d'abords propres et exempts de boue avec la réalisation d'une aire de stationnement en partie sur le domaine public et, enfin, de lui permettre de se déplacer sur l'accotement côté impair entre le (ANO)109- Bis(/ANO) et rue de Créqui par la réalisation d'un trottoir praticable et exempt de boue et sans qu'il soit besoin de traverser à deux reprises la chaussée ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Beauval la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est à tort que le maire et le conseil municipal de Beauval ont refusé l'abaissement de la bordure posée au droit de son potager pour des motifs de sécurité publique, ce alors que cet aménagement l'empêche d'user du second accès à sa parcelle ;

- son voisin immédiat bénéficie de deux accès à sa parcelle, aménagés par la commune ;

- les travaux visant à la création d'une noue d'espaces verts au droit de sa parcelle sont en contradiction avec les dispositions du règlement écrit du plan local d'urbanisme communal applicables à la zone UDa et méconnaissent les dispositions de l'article 640 du code civil ;

- cette noue a été réalisée sans enquête publique, ni déclaration d'intérêt général ; elle est constitutive d'une rupture d'égalité dès lors qu'il est le seul riverain concerné par cet aménagement, qui lui cause un préjudice de jouissance ;

- il a refusé d'accéder à une demande du maire, lequel lui en fait subir les conséquences ;

- le principe de proportionnalité, en tant que principe général du droit, a été méconnu.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 14 décembre 2022 et le 16 janvier 2023, la commune de Beauval, représentée par Me Tourbier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte l'exposé d'aucun moyen recevable ou opérant en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ; en outre, les nombreuses demandes à fin d'injonction formulées par M. B sont irrecevables par leur objet dès lors qu'elles n'entrent pas dans l'office du juge de l'excès de pouvoir ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 février 2023 à 12h00.

Par un courrier du 19 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête dès lors que le juge administratif ne peut être saisi, dans le cadre d'une action en responsabilité pour dommages de travaux publics, de conclusions tendant à ce qu'il enjoigne à la personne publique de prendre les mesures de nature à mettre fin au dommage ou à en pallier les effets, qu'en complément de conclusions indemnitaires.

Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public ont été présentées le 21 septembre 2023 par M. B, qui demande, à cette occasion, au tribunal de condamner la commune de Beauval au versement d'une somme d'un euro pour chaque désordre résultant pour lui des travaux réalisés rue de Créqui. Ces observations ont été communiquées.

Par un courrier du 25 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête, faute d'avoir saisi l'administration d'une demande indemnitaire préalable de nature à lier le contentieux et, par conséquent, de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire.

Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public ont été présentées le 26 septembre 2023 par M. B, et ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beaucourt, conseillère,

- les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public,

- les observations de M. B,

- et les observations de Me Delort, représentant la commune de Beauval.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Beauval a entrepris, durant l'année 2021, la réalisation de travaux situé rue de Créqui sur le territoire communal et visant à sécuriser l'intersection entre cette rue et le chemin d'Amiens. Ces travaux ont consisté en l'aménagement du carrefour situé en sortie de village, en la réalisation d'emplacements de stationnement, d'un cheminement piétonnier, d'accès aux parcelles, d'un plateau surélevé, de bordures, d'ouvrages de gestion des eaux pluviales et en la pose de réseaux de viabilisation ainsi que de signalisation verticale et horizontale.

2. Par deux courriers des 14 et 28 octobre 2021, M. B, exprimant ses inquiétudes au maire de la commune de Beauval concernant ces travaux en cours de réalisation, a demandé à ce dernier de procéder à diverses modifications quant aux aménagements réalisés au droit de sa propriété située A rue de Créqui, notamment prévoir une bordure plate devant le second accès déjà existant à sa parcelle ainsi que chemin d'Amiens afin de prendre en compte son projet de division cadastrale, prévoir des bouches d'assainissement et de fourniture d'eau afin de desservir sa parcelle, abandonner la réalisation de la noue devant ses haies de thuyas compte tenu des problèmes d'écoulement d'eau et du préjudice de jouissance qu'il estime subir et réaliser un cheminement du côté impair de la rue de Créqui pour rejoindre les nos et 109 sans avoir à franchir la chaussée à deux reprises. Par une décision du 30 novembre 2021, le maire de la commune de Beauval, informant M. B de sa volonté de réaliser les travaux tels qu'initialement prévus et approuvés par une délibération du conseil municipal du 19 février 2021, a rejeté l'ensemble des demandes de ce dernier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. De telles conclusions à fin d'injonction ne peuvent être présentées qu'en complément de conclusions indemnitaires.

4. Pour la mise en œuvre des pouvoirs décrits ci-dessus, il appartient au juge, saisi de conclusions tendant à ce que la responsabilité de la personne publique soit engagée, de se prononcer sur les modalités de la réparation du dommage, au nombre desquelles figure le prononcé d'injonctions, dans les conditions définies au point précédent, alors même que le requérant demanderait seulement l'annulation du refus de la personne publique de mettre fin au dommage, assortie de conclusions aux fins d'injonction à prendre de telles mesures. Dans ce cas, il doit regarder ce refus de la personne publique comme ayant pour seul effet de lier le contentieux.

5. Par sa requête, M. D B, qui demande l'annulation de la délibération du 13 décembre 2021 par lequel le conseil municipal de Beauval a refusé de modifier la bordure haute posée au niveau du second accès à sa parcelle telle qu'elle résulte de ces mêmes travaux, demande également l'annulation de la décision du maire de Beauval du 30 novembre 2021. Il résulte des principes énoncés aux deux points qui précèdent que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être requalifiées en conclusions de plein-contentieux tendant à l'engagement de la responsabilité de la commune de Beauval pour dommages de travaux publics, la décision du maire du 30 novembre 2021 et la délibération du conseil municipal du 13 décembre suivant ayant pour seul effet de lier le contentieux.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision (). / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

7. Par ses observations en réponse au moyen d'ordre public, M. B demande au tribunal, par des conclusions additionnelles, la condamnation de la commune de Beauval à lui verser la somme d'un euro pour chaque désordre résultant pour lui des travaux réalisés au droit de sa parcelle, rue de Créqui. Or, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que de telles conclusions n'ont été précédées, ni avant l'introduction de sa requête, ni en cours d'instance, d'une demande indemnitaire à la commune de Beauval ayant fait naître une décision de nature à lier le contentieux. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires de la requête, présentées en méconnaissance des dispositions citées au point précédent, sont entachées d'irrecevabilité et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Il résulte du principe énoncé au point 4 que le juge administratif peut, sous certaines conditions, enjoindre à l'administration de mettre fin au dommage qui perdure au moment de l'indemnisation des préjudices qui en résulte. Toutefois, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence de l'irrecevabilité, relevée au point 7, de ses conclusions à fin d'indemnisation dont elles sont l'accessoire.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Beauval, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Beauval présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Beauval sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la commune de Beauval.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Beaucourt et Mme C, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

P. BEAUCOURTLe président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

5

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