lundi 31 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2200268 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MAESTRO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Grevot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel la préfète de l'Oise lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie dont il est en possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et lui a retiré la validation de son permis de chasser ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'inexactitude matérielle des faits dès lors qu'il n'a jamais été reconnu coupable qu'une quelconque infraction pénale ; d'une part, les violences volontaires aggravées pour lesquelles il a été mis en cause les 6 et 7 août 2009 ont été classées sans suite ; d'autre part, aucune poursuite n'a été diligentée à son encontre pour les faits de harcèlement d'une personne entre le 12 mai 2008 et le 12 mai 2018 ; enfin, concernant les faits de 2018, il a été victime de violences physiques commises par le fils du maire d'Essuiles ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A est décédé le 27 janvier 2023 et aucun ayant droit n'a déclaré reprendre l'instance.
Par une ordonnance du 8 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
24 mars 2023.
Par un courrier du 30 mai 2023, le tribunal a sollicité de la préfecture de l'Oise, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, la production du rapport et des pièces jointes de l'enquête administrative du 1er septembre 2021.
La pièce produite, enregistrée le 1er juin 2023 a été communiquée le 2 juin suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 23 novembre 2021, la préfète de l'Oise a ordonné à M. A de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie en sa possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a enregistré cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et lui a retiré la validation de son permis de chasser. M. A a demandé au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. Aux termes de l'article R. 634-1 du code de justice administrative : " Dans les affaires qui ne sont pas en état d'être jugées, la procédure est suspendue par la notification du décès de l'une des parties ". Une affaire est en tout état de cause en état d'être jugée à la date de la notification du décès de l'un des requérants aux juges du fond lorsque cette notification intervient postérieurement au dépôt du mémoire en défense.
3. En l'espèce, le décès de M. A est intervenu après le dépôt du mémoire en défense de la préfète de l'Oise. La présente affaire était donc en état d'être jugée à la date de notification du décès du requérant, il y a donc lieu pour le tribunal d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. () ". Aux termes de l'article L. 312-13 du même code : " Il est interdit aux personnes ayant fait l'objet de la procédure prévue à la présente sous-section d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. /()". Aux termes de l'article L. 312-16 du même code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles L. 312-10 et L. 312-13 ; () ". Aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; () ".
5. Pour prendre les décisions attaquées de dessaisissement et d'interdiction de détenir des armes, la préfète de l'Oise a retenu que l'intéressé avait été signalé pour avoir commis des violences volontaires aggravées sur son ex-conjointe du 6 au 7 août 2009, des actes de harcèlement d'une personne suivis d'incapacité n'excédant pas huit jours du 12 mai 2008 au 12 mai 2018 et des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et de dénonciation calomnieuse du 11 mai 2018 au 19 octobre 2018. Ces faits ont fait l'objet de mentions au fichier de traitement des antécédents judiciaires. L'arrêté attaqué a également retenu le comportement impulsif de l'intéressé décrit par des témoignages des maires des communes d'Essuiles et de Bulles et du président de la société de chasse d'Esssuiles.
En ce qui concerne les faits de violences du 6 au 7 août 2009 :
6. Il ressort des pièces que lors de son audition du 7 mai 2021 par la gendarmerie nationale, le requérant a expliqué les faits de violences volontaires aggravées sur son ex-conjointe pour lesquels il a été mis en cause en faisant état d'une dispute au cours de laquelle il a saisi les bras de son ex-conjointe pour l'empêcher de le poignarder et que la plainte de cette dernière a été classée sans suite. La préfète de l'Oise ne conteste aucun de ces éléments, et n'établit par aucun document que M. A était l'auteur des violences, de sorte que la matérialité de ces faits n'est pas établie.
En ce concerne les faits de harcèlement commis du 2 mai 2008 au 12 mai 2018 :
7. Ni les écritures en défense ni le rapport administratif de la gendarmerie nationale du 1er septembre 2021 établi dans le cadre de l'enquête administrative préalable à l'édiction de l'arrêté attaqué n'apportent la moindre précision sur les faits de harcèlement d'une personne suivi d'incapacité n'excédant pas huit jours entre le 12 mai 2008 au 12 mai 2018 pour lesquels le requérant a fait l'objet d'un signalement. Aucune pièce du dossier ne vient établir que M. A, qui fait valoir qu'il a été mis hors de cause durant l'enquête, ait pu être l'auteur de tels faits. Dès lors, la matérialité de ces faits n'est pas établie.
En ce qui concerne les faits commis du 11 mai 2018 au 19 octobre 2018 :
8. M. A soutient qu'il a été victime d'une agression physique en 2018 par le maire d'Essuiles et son fils, et que ce dernier a fait l'objet d'une condamnation par un jugement du tribunal judiciaire de Beauvais du 27 février 2019. Toutefois, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause la matérialité des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et de dénonciation calomnieuse, commis du 11 mai au 19 octobre 2018, qui ont été reprochés à M. A. Or, le requérant n'a pas contesté dans sa requête être l'auteur de ces faits d'outrage commis à l'encontre du maire d'Essuiles. Ainsi, la matérialité de ces faits doit être regardée comme établie.
En ce qui concerne le comportement impulsif de M. A :
9. L'arrêté attaqué fait état du comportement impulsif de l'intéressé. Il se fonde, tout d'abord, sur le témoignage du maire d'Essuiles qui relate que M. A aurait tué deux de ses chiens, aurait tiré plusieurs fois en direction de jeunes joueurs de football lors d'actions de chasse, aurait " causé des ennuis " au sein de la société de chasse communale et dans une société privée de la ville et qu'il menacerait les administrés qui se plaignent des nuisances causées par ses chiens. Toutefois, les faits précités relatifs à l'usage d'une arme à l'encontre de ses chiens, et à un tir en direction de joueurs de football, outre qu'ils sont relatés dans le cadre d'un témoignage indirect formulé de manière hypothétique, ne sont établis par aucune pièce du dossier et sont contestés par M. A qui produit des témoignages qui contestent ces faits et qui soulignent les soins qu'il apporte à ses chiens ainsi que son respect des règles de sécurité dans l'usage des armes. De plus, les pièces du dossier, et notamment le rapport administratif précité et ses pièces jointes, n'apportent aucune précision sur la nature des " ennuis " qu'aurait causé M. A dans le cadre de la pratique de la chasse. Les menaces proférées par M. A à l'encontre des administrés ne sont pas davantage précisées ni établies. Si l'arrêté attaqué se fonde, ensuite, sur le témoignage du président de la société de chasse d'Essuiles et de la maire de Bulles qui ont fait état de son comportement impulsif et querelleur, ces deux témoignages, qui restent très généraux, ne relatent précisément aucun fait de violences imputables à M. A. Dès lors, la matérialité des faits allégués dans la décision attaquée en ce qui concerne le comportement impulsif et violent de l'intéressé n'est pas suffisamment établie par les pièces du dossier.
10. Il résulte de tout ce qui précède que seuls les faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et de dénonciation calomnieuse du 11 mai 2018 au 19 octobre 2018 retenus par l'arrêté attaqué doivent être considérés comme fondés. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise aurait pris la même décision en retenant seulement l'existence de ces faits. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'en lui ordonnant de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie dont il est en possession, en lui interdisant d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, en inscrivant cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, la préfète de l'Oise a entaché l'arrêté attaqué d'une erreur d'appréciation.
11. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 23 novembre 2021 doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 novembre 2021 de la préfète de l'Oise est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié aux ayants-droit de M. B A et à la préfète de l'Oise.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Beauvais et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé
C. Pellerin
La présidente,
Signé
C. Galle
Le greffier,
Signé
J.F. Langlois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026