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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201178

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201178

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2022, M. C A, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2022 par lequel la préfète de la Somme lui a refusé un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République du Congo comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour en l'attente du réexamen de sa situation.

Il soutient que :

-la décision portant refus de titre de séjour méconnait l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte-tenu du caractère réel et sérieux de ses études ;

-la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte-tenu de ses attaches personnelles en France ;

-la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, la préfète de la Somme conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique,

- le rapport de Mme B ;

- et les observations de Me Pereira représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de la République du Congo, né le 6 février 1999, qui déclare être entré en France le 12 décembre 2017 afin d'y suivre des études, a été mis en possession d'un titre de séjour en ce sens jusqu'au 2 juin 2019. Toutefois, sa demande de renouvellement de ce titre de séjour a été classée sans suite en 2019. S'étant maintenu sur le territoire français, il a sollicité son admission au séjour le 20 juillet 2021 mais, par l'arrêté attaqué du 11 mars 2022, la préfète de la Somme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République du Congo comme pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A était, à la date de l'arrêté attaqué, inscrit en 3ème année de licence d'économie et de gestion après avoir validé sa première année de licence en 2020 et avoir validé le second semestre de sa deuxième année de licence en 2021, certes, après avoir échoué à obtenir sa première année de licence en 2019 et s'être réorienté après une année en licence de chimie à son arrive en France en 2018. En outre, si les résultats du premier semestre de sa troisième année de licence ne lui permettent pas de valider ce semestre, ils ne permettent pas, toutefois, de préjuger de sa réussite, le cas échéant, à l'issue de l'année universitaire. Ainsi, bien qu'ayant connu des échecs, le parcours universitaire de M. A connait une progression régulière depuis son arrivée en France. Par suite, la préfète de la Somme a commis une erreur d'appréciation en retenant l'absence de caractère sérieux des études suivies par le requérant pour lui refuser un titre de séjour en qualité d'étudiant.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète de la Somme lui a refusé un titre de séjour et par voie de conséquence de celle par laquelle il lui a été fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 3, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit délivré un titre de séjour portant la mention " étudiant " à M. A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Somme d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 mars 2022 de la préfète de la Somme est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Somme de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de la Somme.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Binand, président,

Mme Pierre, première conseillère et Mme Lamlih, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La conseillère rapporteure,

Signé

A-L B

Le président,

Signé

C. Binand

Le greffier,

Signé

N. Verjot

La République mande et ordonne à la préfète de la Somme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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