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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201535

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201535

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN - TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mai 2022, Mme A B, représentée par

Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Guinée comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°01-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour était irrégulièrement composée ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il refuse son admission exceptionnelle au séjour et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle est présente sur le territoire depuis près de treize ans, qu'elle a travaillé en tant que femme de ménage pendant deux ans et bénéficie désormais de perspectives d'embauche comme auxiliaire de vie, qu'elle n'entretient plus de relations avec ses enfants demeurant dans son pays d'origine et qu'elle poursuit de nombreuses activités associatives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, président-rapporteur,

- et les observations de Me Delors, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante guinéenne née le 14 juillet 1965, soutient être entrée sur le territoire français le 25 novembre 2009. Elle a déposé le 15 février 2021 une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 avril 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Guinée comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, si Mme B soutient que la commission du titre de séjour aurait été irrégulièrement composée, ce moyen n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, alors qu'au demeurant, aucun élément ne permet de remettre en cause le procès-verbal de la commission du titre de séjour qui établit qu'elle s'est réunie dans une composition régulière.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. Mme B ne démontre pas, comme elle l'allègue, être présente de manière ininterrompue sur le territoire français depuis 2009, alors qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en 2011. Elle ne justifie pas plus de liens d'une particulière intensité sur le territoire français, en dépit de la présence de ses neveu et nièce de nationalité française, ni être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans et où résident notamment ses enfants. Dans ces conditions, et alors même qu'elle aurait travaillé en tant que femme de ménage pendant deux ans en bénéficiant désormais d'une perspective d'embauche et qu'elle poursuit certaines activités associatives, le préfet de l'Aisne n'a, par l'arrêté attaqué, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que sa situation ne répondait pas à des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires, ni porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B doivent être rejetées, y compris ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles qu'elle présente sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Tourbier et au préfet de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- M. Truy, premier conseiller honoraire,

- M. Richard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

signé

S. ThérainLe premier conseiller honoraire,

signé

G. TruyLe conseiller,

signé

J. Richard

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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