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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201558

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201558

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantNOUVIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mai 2022 et le 14 juillet 2022, Mme A C représentée par Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir une carte de séjour temporaire sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait quant à la durée de sa présence en France ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 modifié dès lors qu'elle dispose de nombreuses attaches familiaux et amicaux stables et régulières en France, qu'elle œuvre à travers des missions de bénévolat, qu'elle dispose d'une promesse d'embauche alors qu'elle est totalement isolée en Belgique ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales..

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne, née le 6 juin 1986, déclare être entrée en France le 4 avril 2018. Elle a sollicité le 18 novembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 13 avril 2022, dont l'intéressée demande l'annulation, la préfète de l'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort de la demande de titre de séjour que la requérante a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 mais également et expressément " à titre exceptionnel ou humanitaire " ce qui doit être regardé, eu égard à la situation de la requérante, comme demandant à la préfète de l'Oise d'exercer son pouvoir général de régularisation. Toutefois, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Oise a examiné la situation personnelle de Mme C au regard de son pouvoir général de régularisation. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour, et par voie de conséquence, de celle lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et de celle fixant le pays de destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office de son éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas nécessairement la délivrance à Mme C d'un titre de séjour. En revanche, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que

Me Nouvian avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Nouvian de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 avril 2022 de la préfète de l'Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la situation de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Nouvian une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Nouvian renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la préfète de l'Oise et à Me Nouvian.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Binand, président,

Mme B et Mme D, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 202La rapporteure,

signé

D. B

Le président,

signé

C. BINANDLe greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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