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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201681

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201681

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201681
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantALEXANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2022, la SASU DRS, représentée par Me Alexandre, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 26 novembre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de la SASU DRS la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 250 euros et une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'un montant de 2 124 euros, ensemble le rejet du 17 mars 2022 de son recours gracieux ;

2°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'OFII de réduire le montant de la contribution spéciale à la somme de 76,65 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- le rejet du 17 mars 2022 de son recours gracieux n'est pas suffisamment motivé ;

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle n'a pas été poursuivie pénalement ;

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle n'avait pas connaissance de la situation irrégulière du salarié dont l'emploi lui est reproché et que son gérant a été abusé par la production, par ce salarié d'une carte d'identité dont l'inauthenticité n'a pas été décelée par son comptable ;

- la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement ne pouvait lui être appliquée dès lors qu'il n'est pas établi que le salarié dont l'emploi lui est reproché ait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'aurait pas contestée ;

- le montant de la contribution spéciale qui lui a été appliqué est erroné dès lors que le salarié dont l'emploi lui est reproché n'ayant travaillé en son sein que 21 heures, il ne pouvait dépasser la somme de 76,65 euros ;

- la décision est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 juin 2021, l'inspection du travail a effectué un contrôle au sein du restaurant exploité par la SASU DRS à Compiègne et a constaté que M. A B, ressortissant tunisien, en situation de travail, était démuni de titre l'autorisant à travailler et à séjourner en France et n'était pas déclaré. Par décision du 26 novembre 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de la SASU DRS la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 250 euros et une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'intéressé prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'un montant de 2 124 euros. Par courrier du 17 mars 2022, l'OFII a rejeté le recours gracieux formé par la SASU DRS le 31 janvier 2022. La SASU DRS doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler ces deux décisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La SASU DRS ne peut utilement se prévaloir du vice propre du rejet du 17 mars 2022 de son recours gracieux qui serait constitué par l'insuffisance de sa motivation. Par ailleurs, la décision du 26 novembre 2021 vise les articles L. 8253-1 du code du travail et L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que les sanctions ont été infligées en raison des manquements à ces articles constatés lors de l'inspection réalisée le 3 juin 2021. Elle comporte, en conséquence, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, la circonstance que la SASU DRS n'ait pas fait l'objet de poursuites pénales est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. () ". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger ".

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

7. La SASU DRS, qui ne peut utilement se prévaloir de l'absence de caractère intentionnel de l'emploi d'un salarié étranger non autorisé à travailler, n'établit par aucun élément que ce dernier aurait produit une pièce d'identité frauduleuse de nature à induire en erreur son gérant, sur sa nationalité ou son droit à exercer, ainsi qu'elle le soutient. Par ailleurs, il ressort du compte rendu de son audition, établi dans le procès-verbal de l'inspection du 3 juin 2021 que le gérant de la SASU DRS a admis n'avoir fait aucune démarche pour s'assurer de la régularité du séjour et du droit de travailler de cet employé, alors que ce dernier lui avait présenté une simple carte de séjour délivrée par les autorités italiennes. Dès lors, l'office français de l'immigration et de l'intégration a légalement pu mettre à la charge de la SASU DRS la contribution spéciale sur le fondement des circonstances qu'il a retenues.

8. En quatrième lieu, ni les dispositions de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni aucune autre, ne subordonnent la mise à la charge de l'employeur de la contribution forfaitaire à la condition que l'étranger en cause ait été effectivement réacheminé dans son pays d'origine. Par suite, la SASU DRS ne peut utilement soutenir que l'application de cette contribution serait illégale faute pour l'étranger en situation de séjour irrégulier qu'elle employait d'avoir fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'aurait pas contestée.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I.-Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.-Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. () ".

10. Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées des articles L. 8253-1 et R. 8253-2 du code du travail que le montant de la contribution spéciale n'est pas fixé proportionnellement au nombre d'heures travaillées par l'étranger en situation de séjour irrégulier employé, ainsi que le soutient la SASU DRS. Par ailleurs, il est constant que ce dernier n'était de surcroit pas déclaré et il n'est pas établi que la SASU DRS se soit acquittée des sommes lui permettant de bénéficier de la minoration prévue au 2° du II de l'article R. 8253-2 du code du travail. Dans ces conditions, la SASU DRS n'est pas fondé à soutenir que le montant de la contribution spéciale qui lui a été appliqué, correspondant à celui fixé au I de l'article R. 8253-1 précité du code du travail, a été fixé de manière erronée.

11. En sixième lieu, s'il ne saurait interdire de fixer des règles assurant une répression effective des infractions, le principe de nécessité des peines découlant de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 implique qu'une sanction administrative ayant le caractère d'une punition ne puisse être appliquée que si l'autorité compétente la prononce expressément en tenant compte des circonstances propres à chaque espèce. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 9, ou en décharger l'employeur.

12. S'il ne résulte pas de l'instruction que l'étranger en situation de séjour irrégulier que la SASU DRS employait n'avait pas été embauché récemment, il n'est pas établi qu'il n'avait vocation à intervenir que ponctuellement alors qu'il ressort du procès-verbal de l'inspection du 3 juin 2021 qu'il a seulement déclaré travailler à temps plein. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que l'embauche de ce salarié et son absence de déclaration soient liées à une négligence du comptable de la SASU DRS, ainsi que cette dernière le soutient. Enfin, la SASU DRS ne se prévaut d'aucune difficulté financière particulière. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est disproportionnée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la SASU DRS n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée et du rejet du 17 mars 2022 de son recours gracieux ainsi que la diminution du quantum de la sanction qui lui a été infligée. Par suite, les conclusions qu'elle présente sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SASU DRS est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU DRS et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

La présidente,

signé

C. Galle

Le greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2201681

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