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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201784

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201784

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201784
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantEL HILALI DALLA-VECCHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mai 2022, M. B A, représenté par Me El Hilali Dalla-Vecchia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale ou, à défaut de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire doit être annulée par voie d'exception.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir :

- à titre principal, que la requête de M. A est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 avril 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Amiens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Beaujard, conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 2 janvier 1999, déclare être entré sur le territoire français le 27 juillet 2015 où il a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance à compter du 14 septembre 2015. Par un arrêté du 17 février 2022, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. () "

3. Compte tenu de la demande qu'il a présentée, qui, sans mentionner de fondement juridique, se prévalait d'une présence sur le territoire depuis dix ans, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que celles-ci ne constituent pas le fondement de sa demande de titre de séjour et que la préfète de l'Oise, qui n'était pas tenue d'examiner d'office si l'intéressé pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement que celui qui a été invoqué par lui à l'appui de sa demande, n'a pas examiné cette demande au regard des dispositions précitées. Au surplus, si le requérant soutient, au demeurant sans l'établir, avoir été scolarisé depuis le 30 mai 2016, il ne justifie pas avoir suivi depuis au moins six mois une formation susceptible de lui apporter une qualification professionnelle, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France en qualité de mineur isolé, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à compter du 14 septembre 2015. Depuis son entrée sur le territoire français, il indique avoir poursuivi des études dont il ne justifie pas. En outre, célibataire et sans enfant, il n'établit ni une insertion particulière dans la société française ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en prenant l'arrêté attaqué, la préfète de l'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et n'a, ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour sur laquelle elle se fonde, doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Oise, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'annulation, d'injonction, sous astreinte, et celles fondées sur les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me El Hilali Dalla-Vecchia et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience 23 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Derlange, président,

M. Beaujard, conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

V. BEAUJARD

Le président,

signé

S. DERLANGE La greffière,

signé

T. PETR

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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