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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201913

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201913

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSORRIAUX JONATHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2022, M. D A, représenté par Me Sorriaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de

150 euros par jour de retard ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 1er juillet 2003, déclare être entré en France en novembre 2017 alors mineur. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Il a sollicité un titre de séjour le 5 mai 2021 mais a vu cette demande rejetée par la préfète de l'Oise par un arrêté du 29 septembre 2021 qui lui a fait également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Guinée comme pays à destination duquel il serait renvoyé en cas d'exécution d'office de cette mesure. Par un jugement en date du 10 février 2022, le tribunal administratif d'Amiens a annulé cet arrêté et a enjoint à la préfète de l'Oise de réexaminer la situation de M. A. Par l'arrêté du 4 avril 2022, dont l'annulation est demandée, la préfète de l'Oise a de nouveau rejeté la demande de titre de séjour de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. () ". Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : ()/ 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été notifié à l'intéressé le 7 avril 2022. M. A a présenté une demande d'aide juridictionnelle enregistrée le 20 avril 2022 par le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire d'Amiens, ce qui a interrompu le délai de recours contentieux. La décision lui accordant l'aide juridictionnelle totale a été prise le 11 mai 2022. Par suite, la requête enregistrée le 10 juin 2022, bien qu'introduite plus de trente jours après la notification de l'arrêté attaqué, n'est pas tardive, de sorte que la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Oise doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. ".

5. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, le préfet ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

6. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, la préfète de l'Oise s'est fondée sur la circonstance que l'acte de naissance de M. A a été établi postérieurement à son arrivée et qu'il conserve des attaches familiales dans son pays où vivent ses parents. Elle fait valoir à ce titre que le jugement supplétif, en date du 2 avril 2018 du tribunal de première instance de Kankan, tenant lieu d'acte de naissance, a été transmis par des membres de sa famille dès lors qu'il comporte la mention de l'identité de deux personnes portant le même nom que le requérant, vivant dans la même commune que celle où réside son père en Guinée, et qui sont probablement ses frères. Toutefois ces seuls éléments n'établissent pas que le requérant a conservé des liens avec les membres de sa famille restée dans le pays d'origine alors que la structure d'accueil a précisé, dans une note administrative du 13 avril 2021 et un rapport éducatif du 25 avril 2021, que l'intéressé n'a gardé aucun contact avec celle-ci et que l'authenticité même de ce jugement supplétif est elle-même remise en cause par la préfète de l'Oise, ce qui n'est pas de nature à établir que celui-ci aurait nécessairement transmis par des membres de sa famille. Dans ces circonstances, M. A est fondé à soutenir que la préfète de l'Oise, en estimant, pour rejeter sa demande de titre de séjour, qu'il conservait des attaches familiales dans son pays d'origine, a entaché sa décision d'une erreur de fait.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, et alors que la préfète de l'Oise n'a fait valoir à l'instance aucun autre motif susceptible de fonder sa décision portant refus de délivrance du titre de séjour, que M. A est fondé à demander l'annulation de cette décision et par voie de conséquence, de celle lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et de celle fixant la Guinée comme pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de son éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas nécessairement la délivrance à M. A d'un titre de séjour. En revanche, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. En l'espèce, M. A n'établit pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été accordée par décision du 11 mai 2022. Par suite sa demande tendant à ce que l'Etat lui verse la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 avril 2022 de la préfète de l'Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à la préfète de l'Oise et Me Sorriaux.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Binand, président,

Mme B et Mme C, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

D. B

Le président,

signé

C. BINANDLe greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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