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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201936

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201936

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantQUENNEHEN - TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2022, Mme D B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la préfète de l'Oise a méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la préfète de l'Oise a méconnu l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête, en se bornant à produire des pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 juin 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour se prononcer sur les litiges mentionnés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derlange, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Delort, substituant Me Tourbier pour Mme B, qui ajoute que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux et que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, ressortissante de République démocratique du Congo, née le 5 mai 1962, a déposé une demande d'asile le 4 décembre 2020. Sa demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 avril 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 février 2022. Elle demande au tribunal de prononcer l'annulation d'un arrêté du 23 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

2. En premier lieu, contrairement à ce que Mme B soutient, l'arrêté attaqué précise les éléments de droit et de fait sur lesquels il est fondé, notamment, d'une part, l'article L. 542-1, le 4° de l'article L. 611-1 et l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, sa date d'entrée en France selon ses déclarations, la date de rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA et la CNDA et des éléments précis sur sa situation personnelle et familiale, notamment s'agissant de son enfant. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas examiné sérieusement la situation personnelle de Mme B. Le moyen tiré d'un tel défaut d'examen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Pour soutenir que son droit au respect de sa vie privée et familiale a été méconnu, Mme B se borne à faire valoir qu'elle vit en France depuis deux ans, suit des cours de français tout en précisant qu'elle maîtrise parfaitement cette langue, a tissé de nombreux liens sociaux, ne porte pas atteinte à l'ordre public et qu'elle fait l'objet de soins compte tenu de la gravité de son état de santé qui ferait obstacle à son retour en République démocratique du Congo. Toutefois, ces seules circonstances ne suffisent pas à caractériser l'existence de liens particuliers sur le territoire français alors qu'il n'est pas allégué, par ailleurs, qu'elle y disposerait d'attaches familiales, son fils ayant également fait l'objet d'un rejet de sa demande d'asile et qu'elle ne soutient pas en être dépourvue dans son pays d'origine, où elle a vécu au moins pendant cinquante-sept ans. Par les pièces qu'elle produit, Mme B n'établit en tout état de cause pas la gravité de son état de santé. De tels éléments ne permettent pas de démontrer que la préfète de l'Oise aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en prenant l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990, relative à l'intérêt supérieur de l'enfant, ne peut être utilement invoqué en l'espèce, le fils de A B, né le 13 mai 2004, étant majeur à la date de l'arrêté attaqué.

7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

8. Mme B soutient qu'elle serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi en République démocratique du Congo sans préciser pour quels motifs. Elle ne produit aucune pièce au soutien de ses écritures sur ce point. Ses seules allégations ne sont pas suffisantes pour établir la réalité de risques personnels pour sa vie ou sa santé auxquels elle serait effectivement exposée. Par les pièces qu'elle produit, elle n'établit en tout état de cause pas la gravité de son état de santé. D'ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'OFPRA et la CNDA ont rejeté sa demande. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, stipulations au regard desquelles il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Oise a examiné la situation de la requérante, contrairement à ce que celle-ci soutient.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées pour Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et au titre des frais de procès.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Tourbier et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

S. C

La greffière,

Signé

T. PETR

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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