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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201982

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201982

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMBOUTOU ZEH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2022, Mme C A, représentée par Me MBoutou Zeh demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut de réexaminer sa situation sans délai sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- cet arrêté, en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour, est insuffisamment motivé ;

- il a été pris sans examen complet de sa situation ;

- en tant qu'il rejette sa demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il méconnaît la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012, publiée le 1er avril 2019 dont elle peut se prévaloir en vertu des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle satisfait aux conditions d'ancienneté de présence sur le territoire français et de scolarisation de son enfant prévues par cette circulaire ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 9 de cette convention.

Par un mémoire enregistré le 19 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par ordonnance du 21 juin 2022 la clôture de l'instruction de l'affaire a été fixée au 9 août 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Binand, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 13 mars 1980, déclare être entrée en France le 27 janvier 2017 accompagnée de son fils alors âgé de 6 ans. Elle a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 juillet 2017 et par la Cour nationale du droit d'asile le 5 avril 2019. Par cette requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo ou tout autre pays dans lequel elle établirait être réadmissible comme pays de renvoi pour sa reconduite à la frontière.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les éléments propres à1a situation personnelle et familiale de Mme A que la préfète de l'Oise a pris en considération pour rejeter sa demande de titre de séjour. Il comporte dès lors les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sans qu'ait d'incidence à cet égard le caractère bien ou mal fondé de l'appréciation que l'autorité préfectorale a portée sur ces éléments. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que cet arrêté, en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour est entaché d'une insuffisance de motivation au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige décrit précisément la situation administrative, personnelle et familiale de Mme A, et mentionne notamment la durée et les conditions de son séjour en France, la scolarisation de son fils ainsi que les déclarations de l'intéressée relatives aux circonstances qui l'ont conduite à quitter son pays d'origine. Ainsi, il résulte de ces mentions que la préfète de l'Oise a procédé à l'examen complet de la situation de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'un tel examen doit écarté.

4. En troisième lieu si la requérante soutient que la préfète de l'Oise aurait dû, sur le fondement de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, procéder à son admission exceptionnelle au séjour, dès lors qu'elle justifie d'un séjour en France d'au moins cinq années et de la scolarisation de son fils depuis au moins trois années, elle ne peut utilement se prévaloir des énonciations de cette circulaire, qui est dépourvue de caractère réglementaire, dont les orientations générales ne constituent pas des lignes directrices et qui n'a pas été publiée sur le site mentionné à l'article R. 312-10 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, est célibataire et qu'elle élève seule son fils né en 2011 en République démocratique du Congo qui est scolarisé en école élémentaire à la date de l'arrêté contesté. Elle ne justifie d'aucune attache privée ou familiales en France et ni d'aucun motif exceptionnel ou de considérations humanitaires en se bornant à soutenir, sans apporter aucun élément au soutien de ses assertions, avoir quitté son pays d'origine pour se soustraire à une union à laquelle elle n'avait pas consenti. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de Mme A, la préfète de l'Oise, en rejetant sa demande de titre de séjour, n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'a pas davantage porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle a poursuivis et n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En cinquième et dernier lieu, l'arrêté contesté n'emporte pas la séparation de la requérante de son enfant, ni l'impossibilité pour celui-ci de poursuivre sa scolarité, encore peu avancée, dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté. Il en est de même de celui tiré de la méconnaissance de l'article 9 de cette convention qui, créant seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés, ne peut être utilement invoqué à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2022 de la préfète de l'Oise. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Binand président-rapporteur,

- Mme Lamlih conseillère,

- Mme Beaucourt conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 20 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

C. BINAND

La conseillère la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

D. LAMLIH

Le greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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