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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201983

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201983

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEBAUPAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 avril 2022 au greffe du centre pénitentiaire de Beauvais et un mémoire enregistré le 26 août 2022 au greffe du tribunal, M. A C, représenté par Me Lebaupain demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière ;

2°) d'ordonner la main levée des mesures de surveillance dont il est l'objet ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer autorisation provisoire de séjour dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 20 euros par jour de retard, jusqu'à ce qu'il soit mis en possession d'une carte de résident ou, à défaut jusqu'au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois ;

4°) de mettre les dépens de l'instance à la charge de l'Etat en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- cet arrêté est entaché du vice d'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé, faute, en particulier, de mentionner les faits caractérisant la menace actuelle à l'ordre public sur laquelle la préfète de l'Oise s'est fondée ;

- en refusant implicitement, par l'arrêté contesté, le renouvellement de la carte de résident qui était de droit, sans consulter la commission du titre de séjour, la préfète de l'Oise a entaché cette décision d'irrégularité ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de l'intensité de ses attaches privées et familiales avec la France où il réside depuis l'âge de 9 ans avec sa mère et ses frères et sœurs, tous de nationalité française ;

- cette décision méconnaît le principe général de valeur constitutionnelle à mener une vie privée et familiale normale ;

- l'arrêté méconnaît le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors d'une part que le non renouvellement de son titre de séjour qui venait à échéance en décembre 2021 n'est imputable qu'à sa détention, d'autre part, que les faits délictueux qu'il a commis sont antérieurs à 2018 et imputables à son addiction aux stupéfiants et ne peuvent légalement faire obstacle au renouvellement de plein droit de sa carte de résident ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 2 ° du 3° et du 4° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie être entrée en France en 1981 à l'âge de 9 ans et y résider depuis ;

- cette décision méconnaît le droit au séjour qu'il tire de plein droit du même code ;

- la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 de ce code dès lors qu'il dispose de garanties de représentation ;

- l'arrêté est entaché de détournement de pouvoir, dès lors qu'il a pour seul objet de faire obstacle à la possibilité de régulariser son séjour ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire et celle fixant le pays de renvoi sont privées de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement.

Par un mémoire enregistré le 19 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, président-rapporteur ;

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Par cette requête, M. C, ressortissant marocain né le 20 décembre 1973 demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le Maroc ou tout autre pays dans lequel il établirait être réadmissible comme pays de renvoi pour l'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 27 décembre 2021 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour à l'effet de signer, notamment, les décisions en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les textes dont il fait application, notamment le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et le 1° de l'article L. 612-1 de ce code, s'agissant du refus d'accorder un délai de départ volontaire pour déférer à cette mesure, expose les éléments que la préfète de l'Oise a pris en considération pour estimer que M. C présentait une menace pour l'ordre public, à savoir la répétition, sans amodiation, de faits délictueux en rapport, essentiellement, avec la détention et le trafic de stupéfiants et présentant pour certains un caractère de violence, commis par l'intéressé depuis 22 ans, et qui ont donné lieu à dix condamnations à des peines d'emprisonnement sur cette période. Contrairement à ce que soutient le requérant, il comporte dès lors les considérations de fait qui constituent le fondement de ces décisions. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que cet arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation.

4. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la commission du titre de séjour doit être consultée par l'autorité administrative lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ou qui demande à bénéficier de l'admission exceptionnelle au séjour et justifie résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Or, la préfète de l'Oise, par l'arrêté attaqué, s'est bornée à décider l'éloignement de M. C sans prendre de décision, même implicite, relative à son admission au séjour, alors, au demeurant, qu'il est constant que l'intéressé n'avait pas demandé, à la date de cet arrêté, le renouvellement de sa carte de résident qui avait expiré le 20 décembre 2021 ni sollicité la délivrance d'un autre titre de séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé de la garantie procédurale tenant à la saisine de la commission du titre de séjour.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, célibataire sans enfants, est entré en France en 1981, dans le cadre de l'autorisation de regroupement familial obtenue par son père. Si la continuité de son séjour sur le territoire français est établie par sa scolarisation, puis par les mentions figurant au relevé de ses condamnations pénales entre 1999 et le mois de juin 2008 ainsi que depuis le mois de mai 2014, il ne justifie pas de sa présence habituelle sur le territoire français pour la période courant entre le reste de l'année 2008 et de l'année 2014, en se bornant à produire un curriculum vitae établi par ses soins retraçant son activité professionnelle, insuffisamment probant par lui-même, et à faire état des renouvellements en 2001 et en 2011, de la carte de résident qui lui a été délivrée en décembre 1991, qui ne sont pas subordonnés à la continuité de son séjour. S'il dispose d'attaches familiales proches en France, pour la plupart de nationalité française, ses agissements délictueux répétés jusqu'en 2019 pour les plus récents, ne font pas apparaître une intégration dans la société française, en dépit de son bon comportement en détention et de l'observance du suivi, pour le traitement de sa toxicomanie, à laquelle il est soumis depuis sa sortie de détention le 4 juillet 2022, qui est une circonstance postérieure à l'arrêté attaqué et dont il ne peut par conséquent être tenu compte pour apprécier la légalité de cet acte. Dans l'ensemble de ces circonstances, l'arrêté litigieux en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée au but qu'il a poursuivi. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / ( )5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui n'a pas demandé le renouvellement de sa carte de résident avant que celle-ci vienne à expiration le 20 décembre 2021 ne dispose d'aucun document de séjour, depuis plus de trois mois à la date de l'arrêté attaqué, sans qu'il ne soit justifié que cette situation serait directement imputable aux conditions de sa détention.

8. D'autre part, il ressort des mentions du bulletin n° 2 de son casier judiciaire et de la fiche pénale produits en défense que M. C a été condamné à de nombreuses reprises pour des faits en relation avec la détention, l'usage et le trafic de stupéfiants, incluant des vols avec violence, commis entre 1999 et 2019. Compte tenu de la gravité de ces faits, et de leur caractère de récidive sur une longue période, la préfète de l'Oise, a pu, sans erreur d'appréciation estimer que la présence de M. C présentait encore au 20 avril 2022, une menace pour l'ordre public.

9. Il résulte des deux points précédents que la préfète de l'Oise n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle s'est fondée pour faire obligation à M. C de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

10. En sixième lieu, il résulte des principes généraux du droit et, notamment, du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 auquel se réfère la Constitution du 4 octobre 1958 que les étrangers résidant régulièrement en France ont, comme les nationaux, le droit de mener une vie familiale normale. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de concilier ce droit avec les nécessités tenant à l'ordre public. Ainsi, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, M. C, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté de la préfète de l'Oise porte atteinte, par lui-même, à son droit de mener une vie privée et familiale normale, garanti par le préambule de la Constitution.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : /() 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ;/ 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ;/ 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans (); ". Les périodes d'incarcération en France, si elles ne peuvent être prises en compte dans le calcul d'une durée de résidence, ne sont pas de nature à remettre en cause la continuité de la résidence habituelle en France, alors même qu'elles emportent, pour une partie de la période de présence sur le territoire, une obligation de résidence pour l'intéressé, ne résultant pas d'un choix délibéré de sa part. Toutefois, si M. C est entré en France à l'âge de neuf ans en 1981, il ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit au point 5, de sa présence habituelle sur le territoire français durant une période de cinq années entre le mois de juin 2008 et le mois de mai 2014. Aussi, à la date de l'arrêté contesté les conditions d'application des dispositions du 2°, du 3°ou du 4° de l'article

L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile invoquées par M. C à l'encontre de l'arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, ne sont pas remplies.

12. En huitième lieu, l'étranger ne peut faire l'objet d'une mesure prescrivant à son égard une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. En l'espèce, M. C, qui, ainsi qu'il a été dit, n'a pas demandé le renouvellement de sa carte de résident avant son expiration, ne pouvait plus prétendre, à la date de l'arrêté contesté, au renouvellement de plein droit de ce titre de séjour. Par suite, le moyen en ce sens doit être écarté.

13. En neuvième lieu, M. C soutient qu'il disposait de garanties de représentation, contrairement à ce qu'a estimé la préfète de l'Oise pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français en raison du risque de fuite qu'il aurait présenté. Toutefois et en tout état de cause, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Oise a également fondé sa décision sur les dispositions du 1° de L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concernent l'étranger dont la présence en France présente une menace pour l'ordre public ainsi que sur celles du 3° de l'article L. 612-3, qui permettent de regarder comme établi le risque de fuite en cas de maintien de l'étranger sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement. Ces dispositions, applicables à la situation de M. C, auraient conduit à elles seules l'autorité préfectorale à refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire a méconnu l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En dixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été pris dans le seul but de faire obstacle à la régularisation du séjour de M. C, Par suite, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

15. En onzième et dernier lieu, l'arrêté de la préfète de l'Oise, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, n'est entaché d'aucune des illégalités invoquées. Il s'ensuit que les exceptions d'illégalité de cette mesure d'éloignement, soulevées à l'encontre de l'arrêté en tant qu'il refuse d'accorder un délai de départ volontaire et en tant qu'il fixe le pays de renvoi de M. C doivent être écartées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2022 de la préfète de l'Oise. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative qui sont sans objet, l'instance n'ayant donné lieu à aucun dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C à la préfète de l'Oise et à Me Lebaupain.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Binand président-rapporteur,

- Mme Lamlih conseillère,

- Mme Recourt conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 29 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

C. BINAND

L'assesseure la plus ancienne

signé

D. LAMLIHLe greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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