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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202027

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202027

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202027
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2022, M. A B, représenté par la SCP Caron-Amouel-Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer la carte de séjour sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet de la Somme d'avoir saisi le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration alors qu'il justifie de problèmes de santé justifiant son maintien en France ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation dès lors que le préfet n'a pas statué sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au regard des critères définis par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni sur celle présentée au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du même code ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il justifie, de même que son épouse, être inséré au sein de la société française ;

- il méconnaît les stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative droits de l'enfant dès lors que son fils vit et est scolarisé en France depuis six ans et a développé sur le territoire des liens sociaux, culturels et sportifs importants ;

- la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La préfète de la Somme a produit des pièces enregistrées le 3 août 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Pereira, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant kosovare né le 8 octobre 1973, déclare être entré en France le 5 juillet 2016 accompagné de son épouse et de son fils, dénué de tout visa régulièrement délivré. Le 5 avril 2022, M. B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour du fait de ses liens personnels et familiaux en France, en qualité de parent d'un enfant scolarisé. Par l'arrêté attaqué du 25 mai 2022, la préfète de la Somme a refusé de délivrer à l'intéressé une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Par ailleurs, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. M. B soutient, sans être contredit, avoir sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et produit, pour le démontrer, un courrier du 6 avril 2022 par lequel les services en charge de l'instruction de sa demande l'invitent à leur adresser, sous quinzaine, une pièce complémentaire pour compléter sa demande " d'admission exceptionnelle au séjour ". Il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci ne vise pas l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni n'en cite les dispositions et qu'il ne procède pas à l'examen de la situation personnelle de l'intéressé au regard de celles-ci. Dans ces conditions, les moyens tirés tant du défaut de motivation que du défaut d'examen de la situation de M. B doivent être accueillis.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 25 mai 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour à M. B mais seulement le réexamen de sa demande. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Somme d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 mai 2022 de la préfète de la Somme est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de réexaminer la demande présentée par M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme C et Mme D, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

P. DLe président,

signé

C. BINAND

Le greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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