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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202053

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202053

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU4
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2022, M. C B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement, et l'a interdit de retour pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en le munissant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Pereira en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il est indiqué à tort qu'il ne dispose d'aucune attache familiale sur le territoire français ;

- en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, il est entaché d'un défaut d'examen complet de la situation du requérant dès lors qu'il n'a été tenu compte ni de ses attaches privées et familiales en France, ni du cursus étudiant en cours ni de ses démarches de régularisation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Binand, magistrat désigné, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République du Congo né le 17 février 2001 est entré en France en septembre 2018 avec sa mère. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 5 mai 2020 et par la Cour nationale du droit d'asile le 2 mai 2022. Par cette requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour l'exécution d'office de son éloignement et l'a interdit de retour pendant une durée d'un an.

Sur le refus d'admission au séjour au titre de l'asile :

2. Dans le cas où, comme en l'espèce, le préfet se borne à rejeter une demande d'autorisation de séjour présentée uniquement au titre de l'asile, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de fait et, à le supposer soulevé, de l'erreur manifeste d'appréciation commises par la préfète de l'Oise s'agissant des attaches privées et familiales dont M. B disposerait en France ainsi que celui tiré de l'absence d'examen complet de sa situation, qui sont sans incidence sur l'appréciation que doit porter l'autorité administrative sur les conditions posées pour l'admission au séjour demandée au titre de l'asile ou de la protection subsidiaire, ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ressort des motifs de l'arrêté contesté, que, pour obliger M. B à quitter le territoire français, la préfète de l'Oise s'est fondée sur le rejet de sa demande d'asile, sur l'absence d'attaches familiales en France et d'intégration particulière dans la société française et enfin, sur l'absence de circonstances faisant obstacle à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale dans son pays d'origine. Il ne ressort ni de cette motivation, ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'a pas procédé à l'examen d'ensemble de la situation personnelle du requérant, telle qu'elle avait été portée à sa connaissance à la date de l'arrêté en litige, alors, d'une part qu'il ressort au contraire des pièces du dossier que la mère de M. B est elle-même l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise le même jour, que la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. B est postérieure à cet arrêté et, d'autre part, que M. B n'établit ni même n'allègue avoir porté à la connaissance de l'autorité préfectorale la qualité de son intégration dans la société française, et notamment, de son parcours scolaire dont il se prévaut à l'instance. Par suite, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement contestée est intervenue sur un examen incomplet de la situation du requérant doit être écarté.

4. En deuxième lieu, dès lors que, à la date de l'arrêté contesté, la mère de M. B est, comme son fils, l'objet d'une mesure d'éloignement vers la République du Congo, la préfète de l'Oise, a pu, sans se fonder sur des faits inexacts, estimer que ce dernier ne justifie pas d'attaches familiales en France ni ne sera isolé en cas de retour dans son pays d'origine.

5. En troisième lieu, M. B justifie d'excellents résultats scolaires, salués depuis son entrée en France par les équipes enseignantes, qui l'ont conduit à obtenir en 2020 le baccalauréat professionnel avec mention très bien, ainsi que de la préparation, pour l'année scolaire 2021/2022 d'un diplôme de brevet de technicien supérieur, dans laquelle il est tout autant investi. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté, qui lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de sa notification, intervenue le 14 juin 2022, ferait obstacle à la passation des épreuves sanctionnant ce diplôme en fin d'année scolaire ni même à la poursuite de son cursus hors de France. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de M. B en France, la préfète de l'Oise, en lui faisant obligation de quitter le territoire français sous trente jours, n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur la situation de l'intéressé.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. A les supposer également soulevés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an exprimée par l'arrêté attaqué, les moyens tirés par M. B du défaut d'examen complet de sa situation, de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation dont cette décision serait entachée doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés respectivement aux points 3 à 5.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la préfète de l'Oise et à Me Pereira.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

Le magistrat désigné, Le greffier

signé signé

C. A N. Verjot

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202053

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