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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202089

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202089

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN - TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2022, Mme B C épouse A, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que la préfète de la Somme aurait dû l'inviter à produire des pièces complémentaires en application de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- la préfète de la Somme a commis une erreur de droit en n'instruisant pas la demande de titre de séjour dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire alors que la requérante a inscrit sa demande dans le cadre du pouvoir discrétionnaire et de la circulaire " Valls " du 28 novembre 2012 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2022, la préfète de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 6 juillet 2022, Mme C épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- et les observations de Me Basili, substituant Me Tourbier, représentant Mme C épouse A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A, ressortissante algérienne, est entrée en France le 18 juillet 2015 munie d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles valable du 17 mai 2015 au 16 août 2015. Par un arrêté du 30 janvier 2019, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif d'Amiens du 11 juin 2019, la préfète de la Somme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le 5 avril 2022, Mme C épouse A a sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 25 mai 2022, dont Mme C épouse A demande l'annulation, la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur () ". Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de la Somme aurait opposé à l'intéressée le caractère incomplet de sa demande. Par ailleurs, il résulte des termes mêmes des dispositions précitées qu'elles imposent uniquement au préfet d'indiquer au demandeur les pièces manquantes dont la production est indispensable à l'instruction de sa demande. En l'espèce il ne ressort pas des pièces du dossier que de telles pièces aient manqué pour permettre l'instruction de la demande de la requérante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. L'arrêté attaqué mentionne les éléments pertinents relatifs à la situation administrative et familiale de Mme C épouse A en faisant notamment état de ce que cette dernière se maintient sur le territoire français en situation irrégulière, qu'elle est mariée avec un ressortissant algérien en situation irrégulière, qu'ils ont deux enfants nés à Amiens, qu'elle ne dispose d'aucune ressource, qu'elle ne démontre pas une intégration particulière dans la société française et qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans dans son pays d'origine. L'arrêté, qui n'est pas rédigé de façon stéréotypée et qui n'est pas tenu d'énumérer l'ensemble des éléments du dossier, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, alors même qu'il ne mentionne pas la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 sur les conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, Mme C épouse A soutient que la préfète de la Somme aurait commis une erreur de droit en n'examinant pas sa demande de titre de séjour dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire alors que sa demande s'inscrivait dans ce cadre, ainsi que dans celui de la circulaire " Valls " du 28 novembre 2012. Toutefois, d'une part, Mme C épouse A ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ces dernières sont, dépourvues de caractère réglementaire et ne comportent aucune ligne directrice opposable à l'administration. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée n'a pas présenté de demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait commis une erreur de droit en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire, l'autorité administrative n'étant, en tout état de cause, pas tenue d'examiner une demande de titre de séjour sur un autre fondement que celui sur lequel elle a été saisie.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. D'une part, Mme C épouse A fait valoir qu'elle a réalisé de nombreux stages et formations, que la famille dispose de conditions d'existence, qu'elle est intégrée dans la société française dès lors qu'elle a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle en tant qu'accompagnant éducatif petite enfance et fait du bénévolat. Toutefois, en se bornant à produire, au soutien de ses allégations, son certificat d'aptitude professionnelle, des attestations de stage en date de 2018 et 2019, des attestations de participation à des ateliers d'insertion, le contrat de location de son logement, le contrat de travail à durée déterminée à temps partiel de son époux, ayant pris fin au 1er février 2022, accompagné des bulletins de paye correspondant, ainsi que le contrat à durée indéterminée à temps partiel qu'elle a conclu le 1er juillet 2022, soit postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, la requérante n'établit pas disposer d'une intégration professionnelle stable dans la société française. D'autre part, Mme C épouse A soutient qu'elle vit en France avec sa famille depuis sept ans, qu'elle s'exprime parfaitement en français, qu'elle n'a jamais constitué une menace pour l'ordre public, qu'elle n'a plus de famille dans son pays d'origine, qu'elle est engagée bénévolement dans de nombreuses associations et que son enfant, né en France, ne parle pas arabe et aura du retard à reprendre une scolarité dans la langue de son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'époux de Mme C épouse A, de nationalité algérienne, est également en situation irrégulière sur le territoire français, que le couple a deux enfants âgés de quatre et deux ans. Rien ne fait obstacle à ce que ceux-ci l'accompagnent en Algérie où la cellule familiale pourra se reconstituer. En outre, Mme C épouse A ne justifie pas être dépourvue de toutes attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans. Enfin, il ressort des pièces que Mme C épouse A a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 30 janvier 2019 à laquelle elle n'a pas déféré. Dans ces conditions, Mme C épouse A n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Somme a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle n'est pas non plus fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

8. Il résulte de ce qui précède que la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours, délai de principe fixé par les dispositions précitées, n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision fixant le délai de départ volontaire, dès lors qu'elle n'envisage pas un délai supérieur au délai de droit commun de trente jours, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C épouse A tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2022 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

L. Bazin

La présidente,

Signé

C. GalleLa greffière,

Signé

T. Petr

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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