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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202090

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202090

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNOUVIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est estimée, à tort, tenue de suivre l'avis émis par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit au regard du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 et 21 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 22 juin 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Pellerin, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née le C, est entrée en France le 8 novembre 2018 selon ses déclarations et a sollicité, le 2 septembre 2021, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 mai 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour apprécier l'état de santé de Mme A, la préfète de l'Oise a fait état de ce qu'aucune pièce du dossier de cette dernière ne contredisait sérieusement l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 26 avril 2022, de sorte que la préfète a porté une appréciation sur la situation médicale de l'intéressée. Dans ces conditions, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Oise se serait estimée en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, la préfète de l'Oise s'est fondée sur l'avis émis, le 26 avril 2022, par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a estimé que, si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci n'entraînerait pas pour elle de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort de l'attestation du 21 juin 2021 et du compte-rendu du 16 juin 2022 établis par le médecin traitant de Mme A qu'elle souffre d'obésité morbide et massive, d'un diabète insulino dépendant instable, d'une cardiopathie hypertensive instable, d'un syndrome d'apnée du sommeil, d'une polyarthrose invalidante avec une gonarthrose bilatérale avancée, une hernie discale L1-L2 et L4-L5, une sténose foraminale étagée en L5-S1 et d'anémie. Toutefois, si ces documents médicaux font état d'une surveillance médicale et des consultations spécialisées réalisées par Mme A, et s'ils précisent que la requérante suit un traitement pour son diabète, ces documents n'apportent pas d'éléments suffisants notamment sur la décision chirurgicale à venir pour traiter l'obésité morbide, ou sur le traitement médical suivi par la requérante. En outre, ces documents se bornent à indiquer que son retour en Albanie l'expose " de manière certaine à son décès " et que " son pronostic vital est fonction des soins qu'elle doit recevoir en France, et non en Albanie à l'heure actuelle : elle est vouée à la mort " sans être assorti d'éléments circonstanciés de nature établir la gravité des conséquences en cas de défaut de prise en charge médicale. Dès lors, ces documents ne suffisent pas à remettre en cause l'avis du 26 avril 2022 précité. Enfin, Mme A ne peut utilement soutenir que le traitement médical nécessité par son état de santé n'est ni disponible ni accessible en Albanie dès lors que ce motif n'est pas celui qui a fondé l'arrêté en litige. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Oise a commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

6. Mme A n'établit pas que le défaut de prise en charge médicale de son état de santé pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité ainsi qu'il a été dit au point 4. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement prononcée à son encontre méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Mme A fait valoir que sa vie familiale se situe en France. Toutefois, il ressort de la demande du titre de séjour en litige que l'intéressée a déclaré n'entretenir de lien personnel en France qu'avec son conjoint qui est un compatriote en situation irrégulière et qu'elle ne se prévaut pas de l'impossibilité pour ce dernier de la suivre en Albanie, de sorte que la cellule familiale de l'intéressée peut s'y reconstituer. De plus, son entrée en France est récente et elle ne conteste pas disposer d'attaches en Albanie et y avoir vécu jusqu'à l'âge de trente-neuf ans ainsi que le relève la décision attaquée. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la préfète a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Mme A se prévaut de l'absence en Albanie des soins nécessaires au traitement de ses pathologies pour soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, par les pièces qu'elle produit, la requérante n'établit pas la gravité de son état de santé. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 mai 2022. Ses conclusions à fin d'annulation doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Nouvian, et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

La présidente,

signé

C. Galle La greffière,

signé

T. Petr

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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