jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202139 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LERAT |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022 sous le n° 2202476, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 5 décembre 2022 et 20 décembre 2023, M. C A, représenté par Me Lerat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a implicitement refusé de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle et de l'indemniser des préjudices résultant des décisions illégales relatives à la gestion de sa carrière ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 23 800 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 avril 2022, au titre des préjudices subis ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité du garde des sceaux, ministre de la justice est engagée en raison de la discrimination syndicale dont il a été victime depuis 2019, à raison de ses qualités de représentant syndical au sein du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail et d'administrateur de la mutuelle du ministère de la justice ;
- la responsabilité du garde des sceaux, ministre de la justice est engagée, dès lors qu'il est victime de faits de harcèlement moral ;
- la responsabilité du garde des sceaux, ministre de la justice est engagée à raison de l'illégalité des refus de congés pour réaliser ses missions d'administrateur de la mutuelle du ministère de la justice ;
- la décision refusant de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions des articles 11 et 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 ;
- le préjudice qu'il subit à raison des jours de congé qu'il a dû poser en 2021 s'élèvent à 2 000 euros ;
- le préjudice moral du fait des fautes et illégalités de l'administration et de la dégradation de ses conditions de travail et de la situation de harcèlement moral s'élève à 10 000 euros ;
- le préjudice résultant de l'atteinte à sa réputation s'élève à 5 000 euros ;
- le préjudice résultant des troubles dans ses conditions d'existence s'élève à 5 000 euros ;
- la prise en charge des frais qu'il a exposés pour se faire représenter par son avocat s'élèvent à 1 800 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 21 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 12 janvier 2024, à 12 heures.
II. Par une requête enregistrée le 29 juin 2022 sous le n° 2202139, et un mémoire complémentaire, enregistré le 20 décembre 2023, M. C A, représenté par
Me Lerat, demande au tribunal :
1°) d'annuler son compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2021 établi par le directeur de services de greffe judiciaires de la cour d'appel d'Amiens le 24 mars 2022 ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de retirer cette décision de son dossier administratif et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le compte-rendu d'entretien professionnel est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il constitue une sanction déguisée, dont la procédure préalable n'a pas été respectée ;
- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la note SJ-21-357-RHG1/1512/2021 du ministère de la justice n'était pas jointe à sa convocation à l'entretien professionnel ;
- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'il se fonde sur une discrimination syndicale ;
- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'il révèle une situation de harcèlement moral ;
- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne repose pas sur une appréciation globale de sa manière de servir et que ses qualités professionnelles ne sont pas correctement évaluées ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir et d'un détournement de procédure, dès lors que l'objectif poursuivi consistait à le dénigrer en représailles de la situation de dégradation des conditions de travail des agents de la cour d'appel d'Amiens qu'il dénonçait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 21 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 12 janvier 2024, à 12 heures.
III. Par une requête enregistrée le 8 mai 2023 sous le n° 2301497, et un mémoire complémentaire, enregistré le 20 février 2024, M. C A, représenté par Me Lerat, demande au tribunal :
1°) d'annuler son compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2022, établi par le directeur de services de greffe judiciaires de la cour d'appel d'Amiens le 6 mars 2022 ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de retirer cette décision de son dossier administratif et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le compte-rendu d'entretien professionnel est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il constitue une sanction déguisée, dont la procédure préalable n'a pas été respectée ;
- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la note SJ-22-363-RHG1/07.12.22 du ministère de la justice n'était pas jointe à sa convocation à l'entretien professionnel ;
- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'il se fonde sur une discrimination syndicale ;
- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'il révèle une situation de harcèlement moral ;
- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne repose pas sur une appréciation globale de sa manière de servir et que ses qualités professionnelles ne sont pas correctement évaluées.
- il est entaché d'un détournement de pouvoir et d'un détournement de procédure, dès lors que l'objectif poursuivi consistait à le dénigrer en représailles de la situation de dégradation des conditions de travail des agents de la cour d'appel d'Amiens qu'il dénonçait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 21 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 8 mars 2024, à 12 heures.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°2010-888 du 28 juillet 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Sanches, substituant Me Lerat, représentant M. A,
Une note en délibéré, enregistrée le 11 juin 2024, a été produite par M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, directeur des services de greffe judiciaires, est affecté à la cour d'appel d'Amiens depuis le 5 janvier 2017. Par les requêtes nos 2202139 et 2301497,
M. A demande au tribunal d'annuler les comptes-rendus d'entretien professionnel (CREP) établis respectivement au titre des années 2021 et 2022. Par la requête n° 2202476, qu'il y a lieu de joindre aux deux précédentes pour qu'il y soit statué par une même décision, M. A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle qu'il demandait à raison de faits de discrimination syndicale, de harcèlement moral et d'une méconnaissance de ses droits à congés, ainsi que la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 23 800 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 avril 2022, au titre des préjudices en résultant.
Sur les conclusions à fin d'annulation du CREP établi au titre de l'année 2021 :
2. En premier lieu, si un CREP doit, en application de l'article 4 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat, comporter une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier, il n'est en revanche pas au nombre des décision individuelles défavorables soumis à une obligation de motivation au sens des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
3. En deuxième lieu, une mesure revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la situation professionnelle de M. A, dont ni les missions, ni les responsabilités, ni les éléments de rémunération n'ont été modifiés, se serait dégradée. Au surplus, ni le contenu du CREP, ni les remarques que lui a adressées son supérieur hiérarchique au cours de l'année 2021, ne sont de nature à établir une volonté de le sanctionner. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le CREP, qui résulterait d'une sanction déguisée, aurait dû être précédé d'une procédure disciplinaire.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée au fonctionnaire au moins huit jours à l'avance ". Il ressort des pièces du dossier que M. A a été convoqué le 19 janvier 2022 pour l'entretien tenu le 1er mars suivant. Par suite, et alors qu'il ne peut utilement se prévaloir du contenu de la note du ministère de la justice du 15 décembre 2021, laquelle n'est pas opposable à l'encontre de l'administration, M. A n'est pas fondé à soutenir que la procédure par laquelle il a été convoqué à son entretien annuel d'évaluation était irrégulière.
5. En quatrième lieu, le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle restreint sur la notation du fonctionnaire.
6. M. A a été recruté à compter du 5 janvier 2017, en qualité de directeur des services de greffe à la cour d'appel d'Amiens. S'il ressort de l'ensemble de ses évaluations annuelles qu'il maitrise parfaitement les nouvelles technologies, il en ressort également, dès la première évaluation, menée au titre de l'année 2017, une nécessité de se former en procédure contentieuse, objectif réitéré chaque année depuis, de même qu'un rappel, également réitéré, de veiller au respect des délais impartis pour remplir les objectifs fixés et la nécessité de se former à l'encadrement. S'il est par ailleurs constant que l'évaluation menée au titre de l'année 2020 est sanctionnée par une diminution globale de ses appréciations, il ressort néanmoins des pièces du dossier que M. A justifie le défaut d'atteinte de ses objectifs par manque de temps au travail, alors qu'il accomplit des missions professionnelles ne comptant pas parmi les objectifs que lui fixe sa hiérarchie directe. Enfin, M. A ne conteste pas s'être abstenu de répondre aux sollicitations de son supérieur hiérarchique lorsque ce dernier l'a convoqué tant au sujet d'attitudes déloyales qu'il aurait adoptées, que lors de l'entretien annuel dont il demande l'annulation. Dans ces conditions, et alors que, d'une part, ce compte-rendu ne comporte aucun reproche sur son engagement syndical et que, d'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que son contenu résulterait d'une réaction au signalement de M. A quant à la dégradation des conditions de travail des agents de la cour d'appel d'Amiens, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'il serait entaché d'une erreur de fait, ni d'une erreur manifeste d'appréciation, ni d'un détournement de procédure.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation du CREP mené au titre de l'année 2021.
Sur la légalité du CREP établi au titre de l'année 2022 :
8. Si la protection fonctionnelle résultant d'un principe général du droit n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Il résulte du principe d'impartialité que le supérieur hiérarchique mis en cause à raison de tels actes ne peut régulièrement, quand bien même il serait en principe l'autorité compétente pour prendre une telle décision, statuer sur la demande de protection fonctionnelle présentée pour ce motif par son subordonné.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité la reconnaissance d'accident du travail pour l'entretien annuel mené le 1er mars 2022, au titre de l'année 2021, par son supérieur hiérarchique direct, lequel siégeait, en qualité de représentant de l'administration, lors du comité médical amené à statuer sur cette demande. Compte tenu de l'animosité manifestée par ce dernier à cette instance, alors qu'il était par ailleurs directement impliqué dans la procédure contentieuse enregistrée au tribunal le 26 juillet 2022, sous le n° 2202476 et par laquelle M. A contestait le refus de protection fonctionnelle dont il a demandé à bénéficier, le requérant est fondé à soutenir que l'entretien annuel mené le 27 février 2023, au titre de l'année 2022, par le même supérieur hiérarchique direct, est entaché d'un défaut d'impartialité et doit, pour ce motif, être annulé.
10. Il résulte de ce qui précède que le CREP mené au titre de l'année 2022 doit être annulé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du garde des sceaux, ministre de la justice refusant la protection fonctionnelle et les conclusions indemnitaires à raison d'une situation de harcèlement moral :
11. En premier lieu, le juge administratif fait usage des pouvoirs qu'il tient dans la conduite de la procédure inquisitoire et met en œuvre un mécanisme adapté de charge de la preuve qui tient compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. Ainsi, le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
12. D'une part, et ainsi qu'il a été dit ci-dessus, s'il ressort de l'ensemble des évaluations annuelles de M. A qu'il maitrise parfaitement les nouvelles technologies, il en ressort également la nécessité de se former en procédure contentieuse, objectif réitéré chaque année depuis la première évaluation, menée au titre de l'année 2017. Par ailleurs, si l'appréciation de sa manière de servir globale notée dans le CREP mené au titre de l'année 2021 est notée comme insatisfaisante, il ressort de cette même évaluation qu'une partie substantielle des objectifs qui lui avaient été fixés l'année précédente n'a pas été remplie, sans que M. A ne donne d'explication sur ce point. En outre, d'une part, la plus grande partie des éléments évalués est moins bien notée que l'année précédente, lors de laquelle ses notes étaient restées strictement identiques à celles de l'année antérieure et, d'autre part, dès l'évaluation menée au titre de l'année 2019, le CREP soulignait la nécessité de respecter les délais fixés, de sorte que l'appréciation résultant du CREP mené au titre de l'année 2021 s'inscrit dans la continuité des évaluations antérieures. Par ailleurs, si M. A soutient que cette appréciation défavorable est concomitante aux engagements syndicaux et mutualistes dans lesquels il s'est investi depuis 2019, il ressort toutefois du CREP mené au titre de l'année 2019 que M. A explique ne pas avoir atteint ses objectifs par manque de temps au travail, sans toutefois qu'il n'allègue s'être rapproché de son syndicat pour demander à bénéficier d'une décharge syndicale adaptée à ses différents engagements. Ainsi, alors qu'il établit lui-même un lien entre le temps consacré à ses activités syndicales et le défaut d'atteinte de ses objectifs professionnels, il ne ressort toutefois ni du CREP établi au titre de l'année 2021, ni d'aucun autre, de reproche sur le temps consacré à ses activités syndicales, lesquelles sont d'ailleurs uniquement mentionnées au début de chaque CREP dans les éléments de présentation du contexte de travail de l'agent. M. A n'est, par suite, pas fondé à soutenir que ses évaluations se seraient détériorées en raison de ses engagements syndicaux. Enfin, s'il est constant que son supérieur hiérarchique direct lui a demandé de cesser un prosélytisme syndical, il ressort des pièces du dossier, sans que M. A ne le conteste sérieusement, que cette demande est intervenue à la suite du constat de l'attitude qu'il avait adoptée vis-à-vis d'autres services, de sorte que son responsable ne peut être regardé comme ayant dépassé sur ce point l'exercice normal de son pouvoir hiérarchique.
13. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-24 du code de la mutualité : " Les employeurs privés ou, pour les agents publics, l'autorité hiérarchique autorisent leurs salariés ou agents, membres d'un conseil d'administration d'une mutuelle, union ou fédération, à se rendre et à participer aux séances de ce conseil ou de ses commissions. Le salarié doit informer, selon le cas, l'employeur ou l'autorité hiérarchique de la séance dès qu'il en a connaissance. / Le temps passé hors du cadre du travail pendant les heures de travail par les administrateurs salariés ou agents publics, pour l'exercice de leurs fonctions mutualistes, est assimilé à une durée de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés, du droit aux prestations d'assurances sociales et aux prestations familiales ainsi qu'au regard de tous les droits que le salarié ou agent public tient du fait de son ancienneté dans l'entreprise () ". Aux termes de l'article L. 1132-1 du code du travail : " Aucune personne ne peut être écartée d'une procédure de recrutement ou de nomination ou de l'accès à un stage ou à une période de formation en entreprise, aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, telle que définie à l'article 1er de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations, notamment en matière de () ses activités syndicales ou mutualistes () ".
14. S'il soutient avoir été empêché d'exercer ses mandats syndicaliste et mutualiste, pour lequel ses absences ont dû être posées sur ses jours de congés annuels, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A a bénéficié chaque année d'un contingent de jours d'absence autorisés au titre de son mandat syndical. S'il est par ailleurs constant que son supérieur hiérarchique, qui ne l'a pas empêché d'assister aux réunions auxquelles il était convoqué en qualité de représentant mutualiste, a temporairement placé M. A en congés annuels pour ces réunions, il ressort des pièces du dossier qu'il a, à plusieurs reprises, expliqué à l'intéressé être dans l'attente de la justification de sa qualité mutualiste pour procéder à la régularisation de ses absences, sans que M. A ne démontre lui avoir répondu. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le placement en jours de congés annuels, qui relevait de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, constituait un obstacle à l'exercice de ses mandats syndicaux ou mutualiste.
15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste repose sur des faits entachés de discrimination à raison de ses activités syndicaliste ou mutualiste.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
17. S'il ressort du CREP établi au titre de l'année 2021 que la notation de l'ensemble des éléments a diminué, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que ces notations ne sont pas liées à l'engagement syndical de M. A, et il ne ressort pas non plus des pièces du dossier qu'elles feraient suite à l'alerte qu'il aurait donnée sur le contexte de souffrance au travail de la cour d'appel d'Amiens, dont le seul document intersyndical dont se prévaut l'intéressé ne suffit pas à établir l'effectivité. Par ailleurs, plusieurs faits dont se prévaut M. A à l'appui de la démonstration du harcèlement moral dont il serait victime n'excèdent pas l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Ainsi en va-t-il des échanges qu'il a eus au cours de l'année 2020 avec son responsable au sujet de l'activité de publipostage des décisions de justice, mise en œuvre par l'intéressé, sans que cette activité ne compte parmi les objectifs qui lui étaient assignés et alors que ses objectifs n'étaient pas atteints, des reproches qui lui ont été adressés au sujet de l'information à réaliser en priorité auprès de son responsable quant à la prolongation de son arrêt de maladie, ou encore du placement temporaire en position de congés annuels pour exercer son mandat mutualiste dans l'attente des justificatifs de cette activité. En outre, si M. A soutient que la réitération annuelle des objectifs de formation en procédure contentieuse figurant sur ses CREP remet en cause ses compétences et porte atteinte à sa réputation professionnelle, ce seul élément, à le supposer établi, ne serait pas de nature à constituer une situation de harcèlement moral. Enfin, le comité médical, saisi dans le cadre de la procédure de demande de reconnaissance d'accident professionnel présentée par l'intéressé, n'a pas retenu de lien entre la dégradation de l'état de santé dont se prévaut M. A et l'entretien annuel d'évaluation mené le 1er mars 2022.
18. Il résulte de ce qui précède, et alors même que l'entretien annuel mené le 27 février 2023, au titre de l'année 2022, est annulé par le présent jugement en raison du défaut d'impartialité de son supérieur hiérarchique, que les faits dont se prévaut M. A ne sont pas constitutifs, isolément ou pris dans leur ensemble, d'une situation de harcèlement moral.
19. En troisième lieu, d'une part, il ressort de ce qui a été précédemment exposé que le placement de M. A en position de congés annuels présentait un caractère temporaire, dans l'attente que l'intéressé justifie de la matérialité de l'engagement mutualiste au titre duquel était présentée sa demande d'absence et, d'autre part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier la preuve que ces justificatifs aient été envoyés à son responsable par M. A, lequel se borne à soutenir que la hiérarchie était avertie de cet engagement. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait illégale.
20. Il résulte de ce qui a été dit aux points 12 à 19 que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a refusé de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle serait entachée d'une erreur de droit. Par suite, il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin d'annulation de cette décision, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions indemnitaires présentées par M. A à raison de son illégalité fautive ou de la situation de harcèlement moral qu'il invoque.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
21. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à l'administration de rependre la procédure d'évaluation de M. A au titre de l'année 2022 dans un délai de deux mois. Il y dès lors lieu de lui adresser une injonction en ce sens, sans qu'il soit besoin de l'assortir d'une astreinte, et de rejeter le surplus des conclusions aux fins d'injonction des requêtes.
Sur les frais liés au litige :
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le compte-rendu d'évaluation professionnelle de M. A établi au titre de l'année 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder à une nouvelle évaluation professionnelle de M. A au titre de l'année 2022 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. A dans la requête n° 2301497, ainsi que les requêtes nos 2202139 et 2202476 sont rejetés.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2202139, 2202476 et 2301497
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026