jeudi 6 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202184 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | QUENNEHEN - TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022, M. A B, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit et en fait ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Par décision du 6 juillet 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 31 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bazin, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 7 mars 1997, est entré en France le 24 décembre 2013 selon ses déclarations, et a sollicité l'asile le 16 avril 2014. Sa demande d'asile ayant été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 26 avril 2015, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 décembre 2015, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du 16 mars 2016. Il a fait l'objet d'une deuxième mesure d'éloignement, le 6 janvier 2017, dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 1700282 du tribunal administratif d'Amiens du 25 avril 2017 et par un arrêt n° 17DA00989 de la cour administrative d'appel de Douai du 9 novembre 2017. Par arrêté du 16 juin 2020, il a fait l'objet d'une troisième mesure d'éloignement qui a été annulée par un jugement n° 2001818 du tribunal administratif d'Amiens du 5 novembre 2020, confirmé par un arrêt n° 20DA01869 de la cour administrative d'appel de Douai du 18 janvier 2022. Le 28 octobre 2021, M. B a déposé une nouvelle demande de titre de séjour. Par arrêté du 25 mai 2022, dont M. B demande l'annulation, la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions législatives dont il fait application, notamment celles des articles L. 411-1, L. 412-1, L. 422-1, L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté mentionne également que M. B a déposé, le 30 octobre 2019, une demande de régularisation en qualité d'étudiant, ainsi que, le 28 octobre 2021, une demande pour soins. L'arrêté rappelle les principaux éléments relatifs à la situation personnelle et administrative de l'intéressé, notamment, d'une part, qu'il est entré en France démuni d'un visa de long séjour, qu'il ne justifie pas d'une nécessité liée au déroulement des études ou du suivi d'une scolarité en France depuis l'âge de seize ans, qu'il ne dispose pas des 615 euros mensuels requis pour la poursuite des études en France, d'autre part, que le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale, mais qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et y voyager sans risque, et, enfin, qu'il est célibataire, sans enfant, a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine et n'a pas de famille proche en France. Ainsi, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour en qualité d'étudiant, la préfète de la Somme s'est fondée sur les motifs tirés de ce que l'intéressé n'est pas entré sur le territoire français sous couvert d'un visa de long séjour, qu'au surplus, il ne justifie pas d'une nécessité liée au déroulement des études ou du suivi d'une scolarité en France depuis l'âge de seize ans, circonstances permettant de déroger à l'exigence de visa de long séjour, qu'il ne justifie pas davantage de circonstances particulières justifiant que l'autorité administrative fasse usage de son pouvoir discrétionnaire pour déroger aux dispositions de l'article L. 412-1 du code précité, et, enfin, de ce que les justificatifs présentés font apparaître que l'intéressé ne dispose pas des 615 euros mensuels de ressources requis par les textes pour la poursuite d'études en France.
5. Il est constant que M. B est entré en France démuni d'un visa de long séjour. Si le requérant soutient qu'il est arrivé sur le territoire français en 2013, alors qu'il était âgé de seize ans, il n'établit, ni même n'allègue, avoir suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune nécessité liée au déroulement des études. Enfin, s'il soutient qu'il dispose des ressources requises pour la poursuite d'études en France, il ne l'établit pas par la seule production d'une attestation du 19 décembre 2019 émanant d'une personne indiquant lui verser, à l'époque, une aide financière de 300 euros par mois. Dans ces circonstances, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
7. Pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour en qualité d'étranger malade, la préfète de la Somme s'est fondée sur l'avis du 25 avril 2022 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a estimé que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et qu'au vu des éléments du dossier, l'intéressé peut voyager sans risque vers son pays d'origine, la République démocratique du Congo.
8. Pour contester l'avis du collège des médecins de l'OFII, le requérant fait valoir qu'il ne pourra pas accéder dans son pays d'origine à des soins appropriés pour traiter la sarcoïdose thoracique de stade II dont il souffre. Toutefois, s'il fait valoir qu'il ne pourra pas avoir accès effectivement à un traitement approprié à son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine dès lors qu'il n'entre dans aucune des catégories de personnes pouvant bénéficier du remboursement des médicaments en République démocratique du Congo, les éléments qu'il produit au soutien de ses allégations ne sont pas suffisamment étayés au regard de sa pathologie et de ses ressources financières. Ainsi, les éléments qu'il produit ne permettent pas d'établir que les soins que requiert son état de santé ne lui seraient pas effectivement accessibles dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Somme a commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En dernier lieu, M. B fait valoir, d'une part, qu'il est présent sur le territoire français depuis le 24 décembre 2013 et qu'il n'a jamais représenté une menace pour l'ordre public, d'autre part, qu'il a obtenu deux diplômes de CAP, un diplôme de BEP, un baccalauréat professionnel, qu'il est inscrit en BTS, qu'il a travaillé et obtenu des promesses d'embauche en France, et, enfin, qu'il dispose de soutiens financiers et amicaux en France, alors qu'il ne dispose plus d'aucune attache en République démocratique du Congo. Toutefois, par les pièces qu'il produit, le requérant n'établit pas l'intensité des relations personnelles en France dont il se prévaut. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire, sans enfant, et n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète de la Somme n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté attaqué a été pris et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.
La rapporteure,
signé
L. Bazin
La présidente,
signé
C. Galle La greffière,
signé
T. Petr
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026