jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202200 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | JANOCKA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juin 2022, la SCEA F, représentée par Me Janocka, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2022 par lequel le préfet de la région Hauts-de-France lui a refusé l'autorisation d'exploiter une surface de 15 ha 57 a 01 ca sur le territoire de la commune de Melicocq, ensemble le rejet du recours gracieux formé contre cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L.331-3-1 du code rural et de la pêche maritime dès lors qu'il lui applique à tort le rang de priorité n°7 et non le n°6 ;
- il est entaché d'une erreur de droit en tant qu'il met en œuvre des critères de départage alors que sa situation relevant d'un rang de priorité supérieur à celui du preneur en place, et il est entaché en tout état de cause d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre des critères de départage.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, le préfet de la région Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du 29 juin 2016 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en Picardie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCEA F a sollicité l'autorisation d'exploiter des parcelles constituant une surface de 15 ha 57 a 01 ca situées sur le territoire de la commune de Melicocq. Par un arrêté du 5 janvier 2022, le préfet de la région Hauts-de-France a rejeté cette demande. La société a formé un recours gracieux contre cet arrêté le 3 mars 2022, notifié le 4 mars 2022. La SCEA F demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 5 janvier 2022 ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L.331-1 du code rural et de la pêche maritime : " Le contrôle des structures des exploitations agricoles s'applique à la mise en valeur des terres agricoles () quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée. L'objectif principal du contrôle des structures est de favoriser l'installation d'agriculteurs (). Ce contrôle a aussi pour objectifs de : 1° Consolider ou maintenir les exploitations afin de permettre à celles-ci d'atteindre ou de conserver une dimension économique viable au regard des critères du schéma directeur régional des exploitations agricoles ; 2° Promouvoir le développement des systèmes de production permettant de combiner performance économique et performance environnementale, () ; 3° Maintenir une agriculture diversifiée, riche en emplois et génératrice de valeur ajoutée, notamment en limitant les agrandissements et les concentrations d'exploitations au bénéfice, direct ou indirect, d'une même personne physique ou morale excessifs au regard des critères précisés par le schéma directeur régional des exploitations agricoles. " Aux termes de l'article L.331-1-1 du même code : " Pour l'application du présent chapitre :1° Est qualifié d'exploitation agricole l'ensemble des unités de production mises en valeur, directement ou indirectement, par la même personne, quels qu'en soient le statut, la forme ou le mode d'organisation juridique, dont les activités sont mentionnées à l'article L. 311-1 ; 2° Est qualifié d'agrandissement d'exploitation ou de réunion d'exploitations au bénéfice d'une personne le fait, pour celle-ci, mettant en valeur une exploitation agricole à titre individuel ou dans le cadre d'une personne morale, d'accroître la superficie de cette exploitation ; la mise à disposition de biens d'un associé exploitant lors de son entrée dans une personne morale est également considérée comme un agrandissement ou une réunion d'exploitations au bénéfice de cette personne morale ; 3° Pour déterminer la superficie totale mise en valeur, il est tenu compte de l'ensemble des superficies exploitées par le demandeur, sous quelque forme que ce soit et toutes productions confondues, en appliquant les équivalences fixées par le schéma directeur régional des exploitations agricoles pour les différents types de production () ".
3. Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 29 juin 2016 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles en Picardie, alors en vigueur : " UTANS : Unité de travail annuel non salariée : évaluation ; chef d'exploitation ou associé d'exploitation à titre principal 1 UTANS ; () chef d'exploitation ou associé exploitant participant à plusieurs exploitations ou sociétés agricoles : 0,5 UTANS ". Aux termes de l'article 3 du même arrêté : " Les autorisations d'exploiter sont délivrées selon un ordre de priorité établi en prenant en compte : la nature de l'opération, au regard des objectifs de contrôle des structures et des orientations définies par le présent schéma ; l'intérêt économique et environnemental de l'opération, selon les critères tels que définis à l'article 5. / () / Les priorités s'entendent des cas ou opérations qui n'induisent pas de démembrement d'une exploitation qui compromettrait la viabilité économique d'une exploitation agricole soit en la ramenant en dessous du seuil de surface fixé à l'article 4, soit en la privant d'une partie essentielle à son fonctionnement. / () 6° Agrandissement et maintien de la surface entre 1,5 à 2 fois (inclus) / UTANS le seuil de contrôle après reprise, le cas échéant / 7° Autre situation. " Aux termes de l'article 4 du même arrêté : " Fixation des seuils de contrôle () Il est de 90 ha après opération () ".
4. La société requérante a formé une demande d' autorisation d'exploitation pour des parcelles d'une superficie de 15 ha 57 a 01 ca situées sur le territoire de la commune de Melicocq et exploitées par l'EARL B. M. C B est l'exploitant de cette société qui met en valeur 109 ha 22 a. L'intéressé exploite également 51 ha 81 a au sein de la SCEA Ferme de l'église, soit une surface totale de 161 ha 03 a. Compte tenu de sa double participation et en application des dispositions du SDREA de Picardie attribuant 0,5 UTANS à un chef d'exploitation participant à plusieurs exploitations, l'arrêté attaqué a placé M. B, preneur en place, au rang de priorité n°7. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'autorisation d'exploiter a été présentée par M. D F et par la SCEA F, qui met en valeur une superficie de 301 ha 74 a. Cette dernière est composée de trois associés, M. A F, Mme E F et M. D F, ce dernier étant gérant et associé d'exploitation à titre principal au sens des dispositions précitées du SDREA. Si M. A F et Mme E F sont également respectivement associés exploitants au sein de la SCEA des Avenis et de la SCEA du Montcet qui mettant en outre en valeur respectivement les superficies de 145 ha 01 a 48 ca et de 173 ha 11 a, ces dernières n'avaient pas, contrairement à ce que soutient le préfet de la région Hauts-de-France, à être prises en compte pour déterminer la superficie totale exploitée par la SCEA F et M. D F après opération, seules les " superficies exploitées par le demandeur, sous quelque forme que ce soit " devant être, aux termes du 3° de l'article L. 331-1-1 du code rural et de la pêche maritime, prises en compte pour déterminer la surface totale mise en valeur. Par suite, la SCEA F est fondée à soutenir que, compte tenu d'une surface totale de 317 hectares après reprise pour deux UTANS, elle devait être placée au rang de priorité n°6 et non au rang de priorité n°7. L'arrêté attaqué a donc méconnu les dispositions du SDREA relatif à la fixation de l'ordre de priorité. Et compte tenu de cette situation, c'est également à tort que le préfet a mis en œuvre des critères de départage mentionnés à l'article 5 du SDREA, qui n'avaient pas lieu d'être mis en œuvre puisque le candidat à la reprise n'avait pas le même rang de priorité que le preneur en place, qui relevait du rang de priorité n° 7. L'arrêté attaqué est donc entaché d'illégalité à ce titre.
5. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le refus d'autorisation d'exploiter opposé à la SCEA F a également été pris au motif que l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place, l'EARL B.
6. Aux termes de l'article L.331-3-1 du code rural et de la pêche maritime : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : () 2° Lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place () ". Ainsi qu'il a été dit au point 3, l'article 3 du SDREA prévoit que : " Les priorités s'entendant des cas ou opérations qui n'induisent pas de démembrement d'une exploitation qui compromettrait la viabilité économique d'une exploitation agricole soit en la ramenant au-dessous de seuil de contrôle [fixé à 90 ha] soit en la privant d'une partie essentielle à son fonctionnement. ", et l'article 1er du SDREA précise également qu'au titre de " la partie essentielle au fonctionnement de l'exploitation ", peut notamment être pris en compte l'accès ou le terrain " sans lequel l'entreprise subirait un impact économique significativement défavorable ".
7. En l'espèce, l'arrêté attaqué a retenu que l'EARL B a déjà subi des pertes de surfaces, que la reprise des parcelles représenterait 10% de la surface mise en valeur par l'exploitation et qu'elle compromettrait à terme sa viabilité économique. A cet égard, le préfet de région produit en défense l'analyse du cabinet d'expertise-comptable KAP expertise, en date du 24 septembre 2021, destiné à évaluer les conséquences financières de l'opération pour l'EARL si elle devait cesser d'exploiter les 15 ha 57 a 01 ca situées sur le territoire de la commune de Melicocq. Ce document évalue la perte des revenus et l'augmentation des charges, si l'entreprise conserve la même dimension, à un montant de 101 972 euros sur quarante-deux ans. En outre, ainsi que l'a également relevé l'arrêté attaqué, il ressort des pièces du dossier, notamment des plans parcellaires fournis en défense, que les parcelles ayant fait l'objet de la demande, ZC 141, ZH 51, ZH 53, ZH 58, ZG 59, ZH 71, ZH 76, ZH 81, ZH 98, ZH 126, ZH 132, ZH 136 et ZI 45, jouxtent d'autres parcelles exploitées par M. B, et il n'est pas sérieusement contesté que l'opération sollicitée entrainerait ainsi le démembrement de trois ilots de culture homogènes mis en valeur par l'EARL B, que l'accès à l'un de ces ilots serait supprimé, et que l'opération compromettrait l'irrigation de l'un des ilots. A cet égard, la circonstance que les parcelles soient accessibles par des chemins ruraux ne permet pas de contredire les éléments pris en compte par le préfet pour estimer que l'opération entrainerait le démembrement de plusieurs ilots de cultures homogènes.
8. Compte tenu de ces éléments, et alors qu'au demeurant la société n'a pas contesté les données produites en défense, le préfet de la région Hauts-de-France a suffisamment caractérisé l'existence d'une atteinte à la viabilité économique et c'est à bon droit qu'il a refusé l'autorisation sollicitée au motif qu'elle compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place. Or, le préfet de région pouvait légalement se fonder sur ce seul motif pour refuser de faire droit à la demande de la société requérante. Par ailleurs, si la société requérante se prévaut de ce que le préfet n'a pas tenu compte de la circonstance qu'elle " participe à la création de huit emplois " cette allégation, au demeurant sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, n'est pas établie par les pièces versées au dossier.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SCEA F doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCEA F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA F et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Richard, premier conseiller,
M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La présidente,
Signé
C. Galle
Le rapporteur,
Signé
E. Fumagalli Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202200
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026